ABAISSEMENT DU PIED ANTÉRIEUR
— Une intervention plus délicate s’impose quand le siège complet reste élevé au niveau du détroit supérieur ou s’immobilise, s’attarde dans l’excavation après dilatation complète ; il est alors utile d’aller saisir le pied antérieur , de l’amener à la vulve et d’exercer quelques tractions sur ce pied au moment des contractions utérines. Si cette manœuvre, en diminuant le volume de la partie fœtale qui s’engage, en l’abaissant, semble redonner au muscle utérin un nouveau ressort, si les contractions utérines reparaissent plus fortes et plus efficaces, on n’achève point l’extraction : on laisse l’expulsion se faire sous la seule influence des contractions utérines et des efforts de la femme, en intervenant seulement pour le dégagement des bras ou pour l’extraction de la tête.
Est-il préférable de saisir les deux pieds, lorsqu’ils sont accessibles à la main? Non, parce qu’on transforme ainsi la présentation du siège complet en siège décomplété mode des pieds et qu’on n’obtient alors qu’une dilatation insuffisante des parties molles. En abaissant seulement un pied, l’autre membre inférieur reste accolé au siège et forme avec lui une tumeur qui est encore suffisamment volumineuse pour la dilatation des parties molles.
Quel est le pied qu'on doit saisir ? C’est le pied antérieur , parce qu’il permet de mieux tirer; en saisissant le pied postérieur, on court le risque de tirer trop en avant, de telle sorte que la fesse antérieure vient s’arc-bouter entre la symphyse du pubis, ou mieux, contre la partie antérieure du bassin osseux; le fœtus peut se trouver ainsi calé contre le bassin, de telle sorte que les tractions exercées sur le membre inférieur ne font nullement progresser le fœtus.
Lorsque le siège complet est arrêté dans l’excavation, la conduite est absolument la même : on défléchit le membre antérieur ; on voit si le siège progresse, et dans le cas contraire on termine l’extraction en allant aussi lentement que possible et en n’exerçant des tractions qu’au moment d’une contraction alors que la femme pousse.
Il faut rejeter d’une manière absolue la pratique de Depaul, qui donnait en 2 ou 3 fois 2 grammes de seigle ergoté lorsque le siège apparaissait à la vulve, pour réveiller la contraction utérine. Les contractions obtenues à l’aide de ce médicament sont tétaniques. Si l’on obtient plus rapidement l’expulsion du tronc, on provoque souvent un état de contracture de l’orifice utérin qui s’oppose à l’extraction de la tète. L’ergot présente en outre trop d’inconvénients, lorsqu’il est administré avant l’expulsion du placenta, pour qu’on y ait recours.
II. Siège décomplété (mode des fesses) (*). — Le pronostic étant plus sérieux lorsque le fœtus se présente ainsi, il faut tenter la version par manœuvres externes; nous avons vu qu’elle était souvent plus difficile que lorsqu’on la pratique pour un siège complet .
Lorsque la version est impossible ou lorsqu’elle n’a pas été tentée et qu’on se trouve en présence d’une femme en travail, il faut éviter avec soin de
(*) Lire le mémoire de J. Potocki, Sur l’abaissement prophylactique et curatif du pied dans la présentation du siège décomplété, mode des fesses. Ann. de gynéc. et d'obstr., 1895.