‹ Précis d'obstétriqueChapitre 222 sur 692 · SUBSTANCES QUI PASSENT DANS LE LAIT · texte numérisé non relu

SUBSTANCES QUI PASSENT DANS LE LAIT

Oui, le sulfate de quinine, bien que passant dans le lait, ne s’y retrouve pas d’une manière suffisante pour agir défavorablement sur la santé des nourrissons, tout au moins à la suite de l’administration de doses très considérables. « Ce serait, ajoute-t-il, un grand tort de renoncer dans la pratique à employer chez les nourrices un médicament aussi actif et aussi utile que le sulfate de quinine, et de céder à des craintes absolument imaginaires, qui ne sont basées sur aucune observation précise. « Il est préférable de donner la quinine aux repas; car elle n’est éliminée abondamment par la glande mammaire que si elle est prise à jeun.

Les opiacés sont généralement sans action sur le lait; ainsi, d’après Fehling, les nourrissons n’auraient jamais été influencés par des doses d’opium ou de chloral assez fortes administrées aux nourrices. Baumgartner aurait cependant retrouvé dans le lait les éléments de l’opium administré à. la mère.

Le chloroforme donné pendant la lactation ne semble pas avoir d’influence sur le nourrisson ; toutefois il est sage d’exprimer le lait des seins avant de donner la première tétée.

Quinquaud a observé des accidents intestinaux et nerveux chez des enfants dont les mères usaient du tabac.

Quant à l’action des médicaments sur le lait, elle est peu connue; la digitaline, la caféine, le jaborandi, et surtout le fer, augmenteraient la quantité du lait; la cocaïne et le camphre diminuent la sécrétion lactée; d’après Rohrig, on peut dire que la quantité du lait augmente ou diminue en même temps que la tension dans les vaisseaux.

C. Microbes. — Nous avons vu (p. 495) que le lait d’une femme saine contient des microbes, le plus souvent des staphylocoques blancs, inoffensifs, qui viennent du dehors.

Lorsque la femme est malade, atteinte d’une affection à microbe pathogène, ce microbe peut passer dans le lait ; nous verrons dans quelles conditions et dans quelle proportion se fait ce passage à propos de chacune de ces maladies.

Rappelons seulement que, dès 1884, Chambrelent a vu passer dans le lait le microbe du choléra des poules. Des expériences de Basenon (1895), de Basch et Veleminsky (1898), il résulte que ce n’est qu’exceptionnellement, par suite d’une dégénérescence des parois vasculaires, que les micro-organismes peuvent passer dans le lait. Aussi, dans nombre de maladies, même dans les processus septicémiques, dans lesquelles le sang est envahi par les microbes, le lait reste stérile jusqu’à la période ultime de la maladie.

ALLAITEMENT MATERNEL

Sans reproduire ici les nombreux arguments invoqués en faveur de Fallaitement maternel (*), disons que ce mode d’allaitement doit être la règle,

(') Joliannessen fait remarquer que le lait du commerce — mélange de lait de provenances

ALLAITEMENT MATERNEL

tandis que l’allaitement par une nourrice mercenaire doit être l’exception.

Ses avantages . — L’allaitement fait partie du grand acte physiologique de la parturit'ion. Mère et nouveau-né (l) y trouvent généralement profit : la mère se rétablit plus vite; finvolution utérine est plus rapide et plus complète; les organes génitaux se trouvent dans un repos relatif par suite de la cessation de la fonction menstruelle, qui est habituellement suspendue pendant la durée de l’allaitement.

11 est fréquent de voir des jeunes biles qui présentent des troubles divers qu’on peut rattacher à la chloro-anémie; après le mariage, leur santé générale s’améliore un peu : les règles apparaissent avec plus de régularité, deviennent moins douloureuses. Une grossesse survient pendant laquelle, malgré les malaises inhérents à cet état particulier, la santé générale est bonne; si cette femme allaite, il est probable que les fonctions digestives vont s'exercer avec plus d’activité; pour fournir les matériaux nécessaires à la nutrition de son nourrisson, la mère va se suralimenter et son état général n’en deviendra que meilleur.

Ceci est la règle que Pinard a formulée en disant : Toute femme saine doit allaiter son enfant. U y a intérêt pour les deux à cet allaitement, sans compter l’intérêt considérable qu’il y a à ne pas priver du sein maternel l’enfant de la femme que l’on prendrait comme nourrice mercenaire. Il va de soi qu’avant de laisser la jeune mère allaiter elle aura été examinée avec soin, surtout au point de vue pulmonaire.

Dans certaines circonstances, le médecin consulté a quelques hésitations pour conseiller l’allaitement -, son avis pourra être entraîné par quelque raison comme les suivantes: Lorsqu’une femme a un utérus fibromateux, il y a intérêt à ce qu elle allaite : la régression utérine se fait mieux et les fibromes ont plutôt tendance à diminuer. De même l’allaitement s’impose lorsque la femme est syphilitique ou lorsque le père a présenté, peu de temps avant la fécondation, des manifestations spécifiques (voy. chap. Syphilis et grossesse) : il y a un intérêt de premier ordre pour le nouveau-né à prendre du lait de femme; or, comme un enfant issu de syphilitiques peut être dangereux pour toute autre femme qu’il tette en dehors de sa mère, il importe que ce soit cette dernière qui soit sa nourrice.

Contre-indications à l’allaitement maternel. — Si tous les médecins sont d’accord sur l’utilité de l’allaitement maternel, ils le sont moins au point de vue des contre-indications de cet allaitement : les uns, entraînés par leurs tendances philanthropiques, ne reconnaissent guère d’autre contreindication que la tuberculose confirmée ou latente; d’autres tiennent compte davantage des nécessités sociales et accèdent un peu trop facilement au désir de la jeune accouchée ou de sa famille qui redoute les fatigues de l’allaiteirient. Il y a ici, au point de vue de la conduite à tenir, une question de mesure.

différentes — a une composition chimique plus fixe que le lait de femme soumis à de grandes variations. En donnant ainsi au nourrisson un aliment de composition toujours identique, on s’éloigne des conditions physiologiques de l’allaitement au sein.

(*) Voir le livre de Boissard et Barbézieux sur Mères et nourrissons. Paris, G. Steinheil, ISO'i.

Page 1