CONTRE-INDICATIONS A L’ALLAITEMENT MATERNEL
La tuberculose pulmonaire est une contre-indication formelle à l’allaitement. Aussi l’auscultation pulmonaire doit être pratiquée avec le plus grand soin et à diverses reprises pendant la grossesse et au moment de l’accouchement : s’il existe des signes manifestes de bacillose pulmonaire, il n’y a aucun doute sur la nécessité de ne pas allaiter. Ce n’est point tant la crainte de la contamination par le lait qui impose cette conduite que parce qu’il est d’observation que l’allaitement favorise l’évolution assez rapide d’une tuberculose au début; aussi est-il sage de déconseiller l’allaitement si chez la jeune mère existe le moindre soupçon de tuberculose ancienne ou récente, si l’on constate des déformations thoraciques liées aune pleurésie ancienne, s’il y a eu quelques cas bien nets de tuberculose du côté des ascendants ou du côté des collatéraux.
Le danger en pareil cas est double : si la mère présente une prédisposition quelconque à la tuberculose, les fatigues de l’allaitement suffiront à la mettre en état de susceptibilité morbide; et la tuberculose germera volontiers sur ce terrain affaibli; si la mère se tuberculise au cours de l’allaitement et si le diagnostic n’est pas rapidement fait, l’enfant pourra être assez vite bacillisé par contact.
Dans la pratique, il est souvent bien difficile de prendre une détermination et de s’opposer au désir d’une jeune femme qui veut allaiter, bien qu’elle soit suspecte de par son état général et par ses antécédents personnels ou héréditaires; on peut penser que, dans l’avenir, à défaut de l’auscultation qui ne permet pas toujours d’être affirmatif, les injections de tuberculine ou de sérum artificiel pourront permettre au médecin de donner en pareil cas un avis vraiment rationnel.
Les affections du cœur ont été longtemps considérées comme une contreindication également formelle à l’allaitement; on tend à revenir de cet ostracisme. Nombre d’accoucheurs pensent que, si l’affection du cœur est bien compensée, si elle ne nécessite que des précautions hygiéniques, sans traitement pharmaceutique, la femme peut allaiter. Il faut ici, comme pour la plupart des affections médicales, tenir moins compte de la nature de l’affection que de son degré de gravité et de son retentissement sur l’état général. Dans le chapitre de la pathologie chez la femme enceinte cardiaque, nous verrons ce qu’il faut faire au point de vue de l’allaitement.
La femme qui présente de V albuminurie au cours de sa grossesse peut-elle nourrir ? La question est controversée : Pinard est partisan de l’ allaitement en pareil cas, parce que cette albuminurie est transitoire, et disparait rapidement, sinon complètement, après l’accouchement. Depuis longtemps il conseille l’allaitement aux femmes ayant présenté de l’albuminurie au cours de leur grossesse; un de ses élèves, Gamulin, a recueilli à Baudelocque 158 observations de femmes albuminuriques ayant nourri leurs enfants; ceux-ci se sont développés et ont augmenté de poids dans les mêmes proportions que les autres nourrissons, tout au moins dans les premières semaines de l’allaitement. Quant aux femmes, elles n’en ont éprouvé aucun inconvénient ni du côté de leur affection rénale, ni du côté de l’état général.
ALLAITEMENT MATERNEL
Budin et Chavane ont de même constaté que la plupart des femmes albuminuriques pouvaient allaiter sans inconvénient.
L’une des objections faites à l’allaitement par les albuminuriques, c’est que le lait ingéré diminuait la quantité de lait excrété, en agissant comme diurétique; différents observateurs, Vildermann, etc., ont constaté qu’au contraire le lait administré à la dose de 1000 à 1200 grammes par jour avait une action galactogène. Sans doute, lorsque l’albuminurie est transitoire et manifestement liée à l’état de grossesse, fa femme peut allaiter alors même que l’albuminurie a été intense et accompagnée d’autres accidents de l’auto-intoxication (céphalée, œdèmes, accès éclamptiques, etc.) ; cependant, lorsque, à plusieurs grossesses successives, il existe une albuminurie plus ou moins rebelle au régime lacté, il est préférable de déconseiller l’allaitement, à cause de l’état général de la mère.
Est-il possible de savoir à l’avance si une femme sera bonne nourrice? La question est simple chez les femmes qui ont déjà nourri avec succès et qui seront d’autant meilleures nourrices qu’elles auront fait déjà plusieurs allaitements. Elle est un peu plus délicate pour les femmes qui doivent nourrir pour la première fois. Le jugement doit résulter de l’examen local et général. Si les seins sont volumineux, ou plutôt si les glandes mammaires sont bien développées, si les mamelons sont bien conformés, saillants, ni trop gros, ni trop petits, si les fonctions digestives s’accomplissent bien, il est vraisemblable que la femme sera bonne nourrice; dans les conditions inverses, il faut faire quelques réserves au point de vue du succès de L allaitement, mais se rappeler qu’avec de la persévérance et une bonne direction il n’est guère de femme qui ne puisse être une nourrice suffisante, même dans les grandes villes.
Il est d’observation que les femmes à mamelles arrondies, dont le volume est surtout constitué par du tissu cellulaire, sont moins bonnes nourrices que les femmes dont les mamelles sont en forme de poire.
Trousseau attachait quelque importance à Yétcit habituel de la menstruation et pensait que chez les femmes dont les règles sont peu abondantes, irrégulières, la sécrétion lactée était moindre que chez les autres.
D’après Donné, il existerait un rapport entre les qualités, l’abondance du colostrum qu’on fait sourdre du sein pendant la grossesse et les qualités, l’abondance du lait après F accouchement : lorsque, au cours de la grossesse, on peut à peine faire sourdre une goutte de colostrum, le lait sera peu abondant et de médiocre qualité; si le colostrum est assez abondant, mais peu coloré, aqueux, le lait sera lui-même peu nutritif, même s’il est abondant. Lorsque, au contraire, le colostrum est sécrété en assez grande quantité, lorsqu’il forme une matière présentant une coloration jaunâtre plus ou moins prononcée, la femme fera une bonne nourrice, ayant un lait abondant et nourrissant. Ces rapports, formulés par Donné, sont loin d’être constants; aussi ne faut-il y attacher que peu d’importance. Cependant, lorsque le colostrum est excrété dès le quatrième mois de la grossesse, lorsque ce liquide est assez abondant dans les derniers mois, ce sont là signes qui