MANIÈRE DE FAIRE TÉTER L’ENFANT
permettent, dans une certaine mesure, d’augufer que la femme sera bonne nourrice.
Direction de ï allaitement maternel. — Le médecin est souvent consulté sur nombre de questions relatives à l’allaitement du nouveau-né ; il doit s’attendre à ce que les avis qu’il formulera soient discutés par la jeune mère et son entourage. Nous allons exposer les principales règles de l’allaitement maternel; mais il faut savoir adapter ces règles aux nombreuses modalités de la clinique et tenir compte des observations qui seront soumises par la jeune maman, surtout si elle est intelligente et bonne observatrice.
Combien de temps après la naissance V enfant doit-il être mis au sein ? C’est une question qui se pose immédiatement après raccouchement : la réponse varie un peu suivant les circonstances, suivant l’heure de la journée ou de la nuit à laquelle se fait l’accouchement, suivant que la femme est plus ou moins fatiguée, suivant que le travail a été plus ou moins pénible, suivant qu’il s’agit d’une primipare ou d’une multipare.
Ainsi on peut mettre l’enfant au sein deux ou trois heures après la naissance, si la mère est une multipare accouchée rapidement en deux ou trois heures sans grande souffrance. Par contre, on sera amené à laisser reposer pendant 12, 16,20, 24 heures, la primipare dont le travail a été pénible, long, qu’il a fallu délivrer à l’aide du forceps, etc. 11 est d’ailleurs d’observation courante que, probablement par suite du traumatisme même de l’accouchement, les enfants de primipares sont plus somnolents que les autres, qu’ils réclament de moins bonne heure le sein; c’est même là une des difficultés que l’on rencontre pour l’allaitement par les femmes primipares; car cet état persiste souvent pendant plusieurs jours.
Le nouveau-né peut rester pendant six, huit, dix heures et même plus sans prendre aucun liquide ; la plupart du temps il sommeille, lorsqu’il est chaudement couvert dans son lit, pendant les heures qui suivent sa naissance.
Il est mauvais de donner à boire au nouveau-né de l’eau sucrée additionnée ou non de fleurs d’oranger ; cette ingestion prématurée de liquide provoque assez souvent des nausées, quelquefois même des vomissements; d’autre part, lorsque l’enfant est ainsi désaltéré, il prend le sein avec moins d’entrain, ce qui peut avoir des inconvénients chez les primipares, dont les bouts de sein ne sont pas bien saillants.
Il est préférable de ne donner à boire au nouveau-né que dans le cas où la mère a besoin de vingt-quatre ou. de trente-six heures de repos complet. On veille à ce que l’eau qui est ainsi administrée, soit bouillie ; on peut ajouter à cette eau du lait de vache dans la proportion de la moitié ou du tiers.
Manière de faire téter l’enfant. — Pour mettre l’enfant au sein, on le place parallèlement au corps de la femme, qui se penche du côté où elle veut donner le sein. Le mamelon a été préalablement nettoyé avec un peu de coton imbibé d'eau bouillie ou d'eau boriquée ; Lepage a l’habitude de faire précéder la première tétée d’un savonnage léger du mamelon et de la région péri-mamelonnaire et d’un lavage avec la liqueur de van Swieten dédoublée. Si l’enfant est vigoureux, il ouvre instinctivement la bouche et tâche de saisir le mamelon qu’on lui présente. La plupart du temps, le nou-
NOMBRE DES TÉTÉES.
veau-né se met ainsi d’emblée au sein et exécute de forts mouvements de succion; sous l'influence de ces premiers pincements, la femme fait une légère grimace, due à la douleur locale et à une douleur produite par la contraction réflexe du muscle utérin.
Si l’enfant a saisi le mamelon à pleine bouche, si surtout le sein est volumineux, l’orifice antérieur des narines peut être obstrué par les parties molles; l’enfant, ne pouvant plus respirer, lâche le sein. Pour éviter ce petit inconvénient, il suffit que la mère ou la personne qui l’assiste déprime avec les doigts les parties molles; l’enfant peut ainsi respirer librement tout entêtant.
Quelquefois l’enfant est inhabile; il ouvre Ja bouche, mais ne sait ni prendre le mamelon, ni exercer les mouvements de succion. Il faut user de patience : on saisit le mamelon à sa base entre l’index et le pouce, on le rend aussi saillant que possible, et, lorsqu’il est ainsi en état d’érection, on tâche de le faire pénétrer dans la bouche de l’enfant, qu’on tient ouverte en abaissant le maxill lire inférieur.
Il est parfois utile, lorsque l’enfant tient ainsi le mamelon, mais qu’il n’exerce que de faibles mouvements de succion, de presser sur la mamelle de manière à faire sourdre ou jaillir quelques gouttes de colostrum : instinctivement, l’enfant fait alors quelques mouvements réflexes de succion.
Nombre des tétées. — Pendant les deux ou trois premiers jours qui suivent la naissance, l’enfant est mis au sein d’une manière un peu irrégulière ; ce sont surtout les. cris qui semblent indiquer qu’il éprouve le besoin de boire. On le présente donc au sein toutes les trois ou quatre heures, espaçant même les tétées, s'il dort; mais, assez rapidement, il est préférable d’indiquer à la mère une règle qui lui serve de guide; sans quoi, interprétant mal les cris du bébé, elle lui donnera le sein â des intervalles trop rapprochés ou trop éloignés.
Deux ou trois jours après la naissance, 1 enfant doit être mis régulièrement au sein toutes les deux heures : le mamelon s’étire, se forme, et l’enfant n’a plus de difficultés à le prendre lorsque la montée laiteuse se produit, bien qu’à ce moment, par suite de la distension du sein, le mamelon soit peu saillant. De plus, la meilleure manière d’amener la montée laiteuse est de faire exercer par l’enfant des mouvements de succion réguliers. D'une manière générale, deux heures suffisent pour que la digestion précédente soit complète et pour que le besoin de la faim se fasse sentir à nouveau chez l’enfant. 11 est donc utile que toutes les deux heures, pendant la journée, l’enfant soit mis au sein; la nuit, il est préférable pour la mère et l’enfant de le laisser pendant cinq heures environ sans téter; la mère goûte un sommeil réparateur eHninterrompu ; l’estomac de l’enfant se repose.
Avec de la persévérance il est facile de régler de cette manière l’hygiène alimentaire du nouveau-né; au bout d’un temps variable, l’enfant est habitué aux tétées faites à la même heure. Ce système est préférable à celui qui consiste à ne donner le sein à l’enfant que lorsqu’il pleure : on se heurte alors à un double écueil; on rapproche beaucoup trop les tétées ou on laisse entre elles un trop long intervalle. Dans le premier cas, la mère se fatigue vite ; le lait est moins abondant et surtout moins nutritif. Lorsque les tétées sont