‹ Précis d'obstétriqueChapitre 267 sur 692 · VARIOLE · texte numérisé non relu

VARIOLE

apprécier l’influence de la variole sur la grossesse, il faut distinguer les différentes formes de la maladie :

1° Varioloïde. — Elle est généralement bénigne, mais donne lieu cependant quelquefois à l’avortement (4 fois sur 57, d’après Meyer).

2° Variole discrète. — L’avortement ou l’accouchement prématuré s’observent dans la moitié des cas; la femme guérit presque toujours.

5° Variole confluente. — L’interruption de la grossesse est ici la règle, et l’expulsion du produit de conception semble d’autant plus inévitable que la grossesse est plus avancée; il en est de même de la variole hémorragique.

L’expulsion du fœtus a lieu à une époque variable (Barthélemy) : tantôt à la période d’invasion, tantôt et surtout à la période d’éruption, tantôt dans le cours ou à la lin de la suppuration. Il semble que la variole présente un pronostic moins grave pendant la grossesse qu’il ne l’était autrefois; c’est ainsi que, dans une épidémie récente observée dans le service de Roger, Couréménos (Thèse de Paris , 1901) n’a noté que 12 fois sur 52 cas la cessation de la grossesse.

Les causes qui amènent cette expulsion sont multiples. L’hyperthermie semble ne jouer qu’un rôle secondaire; la métrorragie est plutôt un signe qu’une cause de l’avortement. D’après Barthélemy, la variole agirait en modifiant les conditions de nutrition du fœtus, en causant la maladie et quelquefois la mort de ce dernier, par suite de l’intoxication variolique et de l’hyperthermie.

La grossesse n’a que peu d’influence sur la marche et sur la forme de la maladie; quelquefois elle pourrait transformer une variole presque bénigne en variole hémorragique promptement mortelle (Raymond) ; mais ce n’est point la règle (*).

Lorsque le fœtus n’est pas expulsé, il peut continuer à vivre et naître vivant à terme sans présenter aucune trace de la maladie : il serait alors particulièrement réfractaire à la variole.

f1) H. Richardière (Union méd., fév. 1893) a observé 15 femmes enceintes atteintes de variole, à l'hôpital d’Àubervilliers. Sur ces 15 malades, 7 ont guéri sans que la grossesse ait été interrompue dans son cours régulier ; parmi ces femmes 4 étaient au sixième mois de la grossesse, 2 étaient enceintes de quatre mois, 1 était enceinte de deux mois. — Au point de vue de la gravité de la variole dont furent atteintes ces femmes, 2 eurent une varioloïde bénigne, évoluant dans des conditions favorables; 5 une variole avec fièvre de suppuration. Parmi ces dernières, trois varioles furent caractérisées par une éruption abondante sur la peau du visage et sur les muqueuses : chez toutes ces femmes, la muqueuse de la vulve a été le siège d’une éruption de pustules particulièrement abondante. Une seule femme a présenté comme complication viscérale une péricardite avec bruit de frottement.

Trois fois la variole a causé l’avortement au moment de la fièvre de suppuration : dans deux cas, il s’agissait de varioles confluentes qui se sont terminées par la mort de ces femmes, dont l une était enceinte de six semaines, l’autre de six mois. Chez ces deux malades l’expulsion du fœtus a eu lieu seulement quelques heures avant la mort de la mère. La troisième malade, qui guérit, était enceinte de deux mois : elle avorta huit jours après le début de l’éruption.

Deux femmes, enceintes et à terme, ont accouché pendant la variole et ont guéri toutes deux • la première accoucha avant l’éruption, le lendemain même de l’apparition des premiers symptômes généraux. L’enfant de cette femme fut atteint de variole onze jours après sa naissance et guérit. Une autre malade accoucha sept jours après le début de U éruption; l’enfant était mort.

Enfin une malade enceinte de quatre mois présenta une variole hémorragique : elle succomba peu d’heures après son entrée à l’hôpital. L’utérus renfermait un fœtus mort non expulsé. — Cette variole primitivement hémorragique a été la seule observée par Richardière sur 200 cas de variole soignés par lui dans le même service.

Page 1