COLIQUE HÉPATIQUE ET GROSSESSE
Pendant la grossesse on peut confondre la colique hépatique, surtout la forme pseudo-gastralgique avec la gastralgie qui naît soit immédiatement après l’ingestion d’un aliment, soit quand l’aliment ingéré est d’une nature irritante pour la muqueuse.
Le diagnostic avec la colique néphrétique , avec une crise à1 appendicite , ne présente rien de particulier chez la femme enceinte. Une erreur plus importante à éviter est de prendre pour un début de travail , à terme ou prématuré, les douleurs vives, avec exacerbations, dont se plaint la femme; il suffit pour ne pas se tromper de mettre la main sur l’utérus au moment où la femme accuse une douleur vive et de s’assurer qu’il n’y a pas de contraction utérine; le toucher permet en outre de constater qu’il n’existe aucune modification du col. Enfin les douleurs ont un siège plus élevé que celles dues à la contraction utérine et elles sont continues au lieu d’être intermittentes.
On pourrait croire à une péritonite , surtout pendant les suites de couches , en raison de la douleur abdominale, du ballonnement du ventre, des vomissements, du hoquet : « On trouvera des éléments du diagnostic différentiel dans le pouls , qui dans la colique hépatique est plutôt lent et vibrant, tandis que dans la péritonite il est fréquent, petit, serré; dans l’absence ou le faible degré d’élévation thermique; dans la douleur, moins exquise, moins superficielle, exclusivement limitée ou plus accusée h la zone sus-ombilicale et surtout cystique, tandis que dans la péritonite elle est ou généralisée ou prédominante dans la zone sous-ombilicale, du côté de l’utérus ou des annexes. » (P. Le Gendre.)
Le pronostic de la colique hépatique survenant dans l’état puerpéral est généralement très bénin; malgré l’intensité des phénomènes douloureux, la grossesse suit son cours. Ce n’est que dans les cas où survient de l’ictère, en même temps que des symptômes de cholécystite et d’angiocholite, que la vie de la femme peut être en danger.
Le traitement immédiat consiste à calmer la douleur à l’aide d’une injection sous-cutanée de morphine et d’une potion de chloral. Galliard (Presse médicale , 24 fév. 1894) conseille en outre l’application d’une vessie de glace et de préférence six ventouses scarifiées au niveau de l’hypochondre droit; lorsque le sang ne coule plus, on lave les petites plaies avec de l’eau boriquée tiède et on pratique une onction à l’aide du mélange suivant :
Huile de jusquiame 50 grammes.
Laudanum de Sydenham XXX gouttes.
Chloroforme anesthésique 10 grammes.
On recouvre d’ouate la région hépatique ; ces onctions calmantes peuvent être renouvelées toutes les heures. — Pour combattre l’état fébrile et empêcher l’angiocholite calculeuse, Galliard a recours au salicylate de soude qu’il donne dans le lavement suivant :
Eau distillée 100 grammes.
Salicylate de soude 6 —
Laudanum de Sydenham XX gouttes.
On donne au préalable un lavement évacuateur simple.
ICTÈRE ET GROSSESSE
Le traitement hygiénique est important pour éviter l’apparition des crises hépatiques chez des femmes prédisposées; d’après P. Le Gendre, le régime comprend une alimentation carnée modérée, l’abstention du jaune d’œnf, du boudin, des cervelles, de tomates, d’oseille, l’usage réservé du sucre et des farineux, l’usage modéré de la graisse, l’abondance des légumes verts et des fruits. Le Gendre conseille en outre : \° une heure avant les deux principaux repas, un paquet de lgr,50 de bicarbonate de soude dans un verre d’eau; 2° au milieu des repas, 2 perles d’éther et 2 perles de térébenthine ou d’éther amylvalérianique. Plus tard, on prescrira un traitement hygiénique (marche, exercice au grand air, etc.). Ni la grossesse, ni l’allaitement (Tarnier) ne contre-indiqnent le traitement thermal à Vichy (Willemin).
Ictère. — On distingue trois variétés d’ictère pouvant survenir chez la femme enceinte : 1° l’ictère simple; 2° l’ictère grave; 5° l ictère épidémique.
1° Ictère simple. — Il peut survenir à toute époque de la grossesse, mais il n’est pas très fréquent. En dehors des causes ordinaires (catarrhe gastroduodénal, obstruction des voies biliaires, etc.), l’ictère qui se développe chez la femme enceinte provient de la congestion du foie (Tarnier, Peter) ou de Panto-intoxication gravidique. Le pronostic de l’ictère simple est généralement bénin pour la femme, mais peut être dangereux pour le fœtus en amenant sa mort ou son expulsion prématurée. Quelquefois l’ictère simple se transforme en ictère grave. Le traitement de l'ictère simple consiste, en dehors du régime lacté et des purgatifs (calomel de préférence), à faire de l’antisepsie intestinale; c’est ainsi qu’on peut donner le benzonaphtol par exemple, à la dose de 2gl',50 par jour en cinq cachets.
2° Ictère grave. — La grossesse y prédispose, puisque, sur 31 cas d’ictère grave, Frerich a trouvé 22 femmes dont 1 1 étaient enceintes.
L’ictère est rarement grave d’emblée; il succède habituellement à I ictère simple; nous n’avons pas à rappeler sa symptomatologie ni son anatomie pathologique ; dans un certain nombre de cas, on trouve les lésions de l’atrophie jaune aiguë; d’autres fois il existe en outre les lésions du mal de Bright chronique (Virchow, Braun). L ictère grave peut se compliquer d’accès éclamptiques ou n’être au contraire qu’une complication de l’éclampsie.
Le pronostic est presque toujours fatal pour la mère et pour l’enfant.
Le traitement médical de l’ictère grave ne diffère guère du traitement de l’ictère simple; la question délicate est de savoir si l’état général est assez inquiétant pour légitimer l’interruption de la grossesse. Bemelin (Congrès cïobst. et de gyn. de Bordeaux ) est d’avis qu’il ne faut pas trop temporiser et qu’il faut agir avant que la période des accidents nerveux ait commencé.
3° Ictère épidémique. — Un certain nombre d’épidémies d’ictère ont été relatées, dans lesquelles les femmes enceintes étaient particulièrement atteintes; la maladie revêtait chez la plupart d’entre elles un caractère de gravité tout particulier ; ces femmes avortaient ou accouchaient prématurément, et présentaient, les jours suivants, des symptômes d’ictère grave auxquels elles succombaient le plus souvent.
Pneumonie. — Les rapports de la pneumonie avec la grossesse ont été surtout étudiés depuis Grisolle (1841) ; grâce aux recherches des microbio-