CANCER DU COL DE L’UTÉRUS GRAVIDE
et évoluer dans un utérus dont le coi est cancéreux ou devient cancéreux après la fécondation, il est moins facile d’admettre qu’un utérus dont le corps est atteint par la dégénérescence cancéreuse puisse contenir un œuf dont le développement soit régulier. Aussi, comme Ta fait P. Bar dans sa thèse d'agrégation (*), nous n’envisagerons que le cancer du col dans ses rapports avec la grossesse et la parturition.
Disons tout d’abord que, quelle que soit sa forme clinique (ulcéreuse, végétante ou infiltrante), la dégénérescence cancéreuse a une tendance à gagner les tissus voisins; ainsi que Font montré Ruge et Yei t, si le cancer a débuté par la portion vaginale du col, il tend à envahir le vagin, le tissu cellulaire pelvien, la vessie; si c’est, au contraire, au niveau du canal cervical que le néoplasme a commencé à apparaître, il s’étendra plutôt du côté du corps de l’utérus.
Influence de la grossesse sur le cancer utérin. — Il est exceptionnel, en effet, que la marche du cancer utérin ne soit pas accélérée par la grossesse : ce qui tient au ramollissement des tissus qui se laissent plus facilement infiltrer, à la transformation embryonnaire des éléments cancéreux et k l’afflux sanguin plus considérable au niveau des parties malades. Bien rarement les lésions restent stationnaires; c’est à tort qu’on a avancé qu’elles rétrogradaient et pouvaient même disparaître. C’est surtout quand le cancer débute pendant la grossesse qu’il suit une marche rapide (Cohnstein).
Cette influence nocive de la grossesse sur le cancer se traduit localement par une augmentation des lésions et par l’exagération des symptômes : douleurs, écoulements sanieux, hémorragies, etc.; en même temps la propagation du néoplasme aux organes voisins est plus rapide. L’état général devient mauvais et si les lésions s’étendent avec rapidité, la cachexie peut faire de tels progrès que la malade succombe, avant tout début de travail. Dans la pluralité des cas l’affection cancéreuse reste assez localisée pour que la femme mène sa grossesse jusqu’à terme.
Influence du cancer utérin sur la grossesse. — Cette influence du cancer du col de V utérus sur la grossesse est variable ; dans les deux tiers des cas, en effet, l’accouchement se fait à terme (Cohnstein, Bar).
Lorsque l’avortement ou l’accouchement prématuré ont lieu, ils peuvent être dus soit au mauvais état général de la femme minée par le cancer ou par les hémorragies continues, soit à la propagation du néoplasme à la paroi du corps de l’utérus et aux lésions de la caduque, soit à des infections secondaires dont la porte d’entrée est la lésion cancéreuse. — Le siège du néoplasme présente à cet égard un certain intérêt ; l’accouchement à terme a lieu plus souvent dans les cas où la portion vaginale du col est seule envahie, que dans ceux où tout le canal cervical est atteint.
La vie du fœtus est menacée par ce fait que l’expulsion de l’œuf peut avoir lieu à une époque très éloignée du terme; il est plus difficile de déterminer si la seule présence d’une tumeur cancéreuse au niveau du col de l’utérus peut suffire à entraîner la mort du fœtus ou du moins à diminuer
t1) P. Bak, Du cancer utérin pendant la grossesse. Paris, 1886.
CANCER DU COL DE L’UTERUS GRAVIDE.
sa vitalité. D’après Porak, les enfants nés de femmes ainsi malades s’élèvent mal, restent débiles; des faits contraires ont été observés.
Accouchement. — Au moment de Y accouchement, les lésions cancéreuses subissent, au cas où l’expulsion par les voies naturelles est possible, un traumatisme qui accélère la marche de l’affection. Il se produit, de même que pour les fibromes, un certain degré de ramollissement qui facilite la dilatation. C’est ce qui permet, dans un certain nombre de cas, l’accouchement spontané et même assez rapide; parmi les conditions qui favorisent l’accouchement spontané, il faut noter la limitation du néoplasme en particulier à la lèvre postérieure du col (Cohnstein), la friabilité des tissus malades augmentée par le ramollissement dû à la grossesse. L’accouchement rapide n’est pas toujours d’un pronostic heureux dans le cancer de l’utérus ; il peut être, en effet, le résultat de déchirures, qui se limitent parfois aux tissus malades, mais qui peuvent s’étendre aux tissus sains.
Dans la pluralité des cas T accouchement traîne en longueur, l’utérus se contracte d’abord d’une façon normale, et même énergique; mais peu à peu il se fatigue et ne lutte plus que d’une manière inefficace contre l’infiltration cancéreuse du col. Tantôt l’accouchement seulement prolongé se termine spontanément sans complication; tantôt la dilatation, qui reste longtemps stationnaire, ne se complète que grâce aux déchirures du col. Ces lésions présentent les plus grandes variétés au point de vue de leur siège, de leur direction, de leur profondeur. Généralement ce sont les tissus envahis par le néoplasme qui cèdent : si la dilatation des parties saines est déjà portée à son maximum, l’accouchement ne tarde pas à se faire; dans d’autres cas, c’est au niveau de l’union des tissus sains et des tissus malades que se fait la déchirure. D’une manière générale ces déchirures ont un pronostic d’autant moins grave qu’elles sont réparties sur des points différents ; lorsqu’il n’existe qu’une seule déchirure, elle peut remonter assez haut au niveau du segment inférieur.
Lorsque le cancer a envahi les organes voisins, la solution de continuité peut intéresser ces organes et l’on a ainsi constaté des déchirures de la vessie, du rectum, etc
Les déchirures du col de l’utérus cancéreux s’accompagnent parfois d'hémorragies plus ou moins abondantes qui peuvent devenir mortelles ; généralement l’écoulement sanguin reste modéré tant que la partie fœtale appuie sur ces parties, faisant, en quelque sorte, de l’hémostase par compression. Ce n’est qu’après l’accouchement qu’on voit l’écoulement devenir plus abondant et déterminer les phénomènes généraux liés à toute hémorragie grave.
Parfois l’envahissement des organes du petit bassin par le cancer est tel que la dilatation ne peut se faire et qu’il se produit au niveau du segment inférieur ou même plus haut une déchirure intéressant plus ou moins complètement la paroi utérine; il y a une véritable rupture de l’utérus. Enfin il arrive que les femmes meurent d’épuisement, soit vers la fin de la grossesse, soit au cours du travail, sans être accouchées.
Ce qui vient encore, dans certains cas, aggraver le pronostic maternel, c’est que, sous l’influence de la prolongation du travail, le fœtus souffre, succombe et subit la putréfaction intra-utérine. Cette complication est non seulement précis d’obstétrique. 59