INDICATIONS DE L’ACCOUCHEMENT PRÉMATURÉ ARTIFICIEL
avec succès ; mais ce fut surtout à partir du travail de Reisinger (1820) que toutes les résistances disparurent. Peu à peu il fut adopté et pratiqué dans les différents pays d’Europe, sauf en France où l’opposition fut opiniâtre : conseillé à la fin du siècle dernier par Lauverjat, À. Petit, Roussel de Yauzesme, la provocation de l’accouchement fut repoussée jusqu’au commencement du xixe siècle. Raudelocque et ses élèves, laissant de côté la question religieuse, mais s’appuyant sur quelques faits malheureux, condamnèrent l’accouchement artificiel, et leur hostilité très vive eut la plus fâcheuse influence. En 1827, l’Académie de médecine repoussa avec énergie et d’une manière menaçante « la proposition de l’accouchement provoqué faite par un praticien de la ville à l’occasion d’un accouchement prématuré heureux » (Jacquemier).
Cet anathème académique n’empêcha point Rurckhardt (1830) de soutenir à Strasbourg une thèse dans laquelle il défendait cette intervention, que Stolz pratiqua pour la première fois en 1831. D’autres défenseurs vinrent, tels que Dézeimeris, Dubois, Velpeau, etc., qui firent entrer cette opération dans la pratique ; actuellement, grâce aux progrès de l’antisepsie qui la rend tout à fait inoffensive, grâce aux perfectionnements réalisés dans la technique et dans l’instrumentation par Tarnier, Champetier de Ribes, Pinard, etc., c’est une opération qui donne d’excellents résultats au point de vue maternel ; toutefois les indications en sont difficiles à poser, comme nous l’avons vu à propos des rétrécissements du bassin.
Une aujre raison a contribué à rendre plus fréquente la provocation de l’accouchement, : grâce à la couveuse, au gavage, on peut élever plus facilement les enfants prématurés , nés vers la fin du sixième mois ou au commencement du septième. Cependant il ne faut pas avoir une confiance aveugle dans ces moyens et confondre la viabilité réelle avec la viabilité légale qui commence à la fin du sixième mois. Pinard fait observer que si l’on peut exceptionnellement élever des enfants aussi jeunes, ce n’est pas la règle ; « et, en provoquant l’expulsion du produit de conception avant le septième mois, il faut bien qu’on sache qu’on provoquera bien plus souvent un avortement qu’un accouchement ».
Indications. — Les indications de l’accouchement prématuré artificiel se précisent au fur et à mesure des progrès de l’obstétrique; mieux on connaît l’anatomie pathologique des bassins rétrécis, le mécanisme de l’accouchement dans ces bassins, mieux on connaît la pathologie de la grossesse, et plus on peut discuter sur des bases solides l’opportunité d’une telle intervention.
D’une manière générale, l’accouchement peut être provoqué chez certaines femmes ayant le bassin rétréci et chez des femmes atteintes de maladies produites ou aggravées par la grossesse et menaçant sérieusement leur existence ou celle de leur enfant.
Dans les rétrécissements du bassin , il faut se baser sur différents éléments: l’âge de la grossesse, le degré d’angustie pelvienne qu’on apprécie par le toucher mensurateur, le rapport qui existe entre le volume de la tête fœtale et les dimensions du bassin, qu’on cherche à évaluer à l’aide du