CHAPITRE III
DU FORCEPS
Le forceps est un instrument destiné à saisir la tête du fœtus dans la filière pelvi-génitale et à l’entraîner au dehors.
Historique . — C’est un instrument de date relativement récente; au xvue siècle, un nommé Pierre Chamberlen (1601-1683), dont la famille avait émigré en Angleterre peu de temps avant la Saint-Barthélemy, fit construire une sorte de pince destinée à l’extraction du fœtus; mais il se garda de faire connaître sa découverte. L’un de ses fils, Hugh Chamberlen, essaya en vain, en 1670, de vendre à Paris le procédé inventé par son père; il n’y parvint pas. En 1693, à Amsterdam, il finit par vendre son secret de famille à R. Roonhuysen, à la condition de ne point le divulguer.
Ce n’est qu’en 1733 que le forceps des Chamberlen fut connu par la description qu’en donna Chapman. Dans l’intervalle (1721), un professeur de chirurgie de Gand, Jean Falfyn, envoyait à l’Académie des sciences de Paris la description d’un instrument auquel il donnait le nom de mains de fer :
DU FORCEPS
c’étaient deux cuillers larges et pleines, un peu recourbées à leur extrémité, jointes simplement au moyen d’un ruban ou d’un crochet mobile ; cet instrument grossier, sans entablement ni articulation, fut rapidement délaissé lorsqu’on connut le forceps des Chamberlen qui était constitué par deux cuillers de grandes dimensions, fenêtrées, dont les branches s’articulaient par un entablement; ces cuillers présentaient une courbure suivant leurs
faces, leur permettant de bien s’appliquer sur la sphère céphalique, mais elles étaient droites quant à leur direction.
L’instrument des Chamberlen était un forceps droit (fig. 454).
Levret (1748) eut l’idée de donner aux bords de l’instrument une courbure lui permettant de mieux s’adapter à la courbure de la filière pelvi-génitale ; cette modification avait surtout pour but d’éviter les lésions du périnée. Smcllie adopta la découverte de Levret et montra qu’on
des Chamberlen. (D’après Aveling.) pouvait appliquer le lor-
ceps ainsi modifié an détroit supérieur ; de plus il substitua à l’articulation à mortaise celle par emboîtement réciproque.
Depuis Levret, nombre d’accoucheurs ont modifié le forceps, tant en France qu’à l’étranger; les uns ne cherchèrent qu’à rendre le forceps plus portatif (forceps démontable de Pajot) ou plus facilement arti-
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culable (forceps de Simpson, forceps de Barnes); ches parallèles de Pouiiet. d’autres cherchèrent à éviter une trop forte compression de la partie fœtale en imaginant un forceps à branches parallèles, ainsi que l’ont fait Thenance (de Lyon), Valette, Chassagny, Poullet (fig. 455), etc.
Jusque vers 1877, le forceps le plus communément employé en France fut celui de Levret avec ses longues cuillers; un certain nombre d’opérateurs se servaient, pour les applications de forceps les plus fréquentes, celles qui se font alors que la tête est au détroit inférieur, du petit forceps de Pajot (fig. 456).
En 1877, S. Tarnier(1) publia un mémoire où il fit ressortir les inconvé-
(4) Description de deux nouveaux forceps. Paris, 1878. Libr. Lauweryens.
I)U FORCEPS
nients du forceps classique qui sont: 1° de ne pas permettre de tirer suivant l’axe du bassin; 2° de ne pas laisser à la tête foetale une mobilité suffisante pour qu’elle puisse suivre librement la courbure du bassin ; 5° de n’être pas pourvu d’un appareil — d’une aiguille — qui montre à l’ accoucheur dans quel sens il faut diriger les tractions (voy. p. 1084).
Utilisant les perfectionnements imaginés, avant lui, par L.-J. Hubert (de Louvain), Moralès, Chassagny (de Lyon), Tarnier décrivit un nouveau modèle de forceps dans lequel les tractions s’exerçaient suivant l’axe des cuillers et d’une façon indépendante des manches; après différents tâtonnements, il fit construire un modèle qui est, à l’heure actuelle, employé par la majorité des accoucheurs français et par un certain nombre d’accoucheurs étrangers.
Après avoir donné la description du forceps de Levret et du forceps de Tarnier (dernier modèle), nous étudierons rapidement les notions essentielles de mécanique qui ont trait à l’emploi du forceps en général ; cette étude théorique pourrait être très étendue; nous n’en indiquerons que les points principaux, ceux qu’il suffit de connaître pour la pratique : 1° Les différences qui existent entre le forceps Levret et celui de Tarnier ;
2° Comment la tête fœtale doit être saisie par le forceps , comment et avec quelle force les tractions doivent être dirigées;
5° Les conditions nécessaires pour une application de forceps et les indications de cette opération ;
4° Les règles générales de l’application de forceps;
5° Les règles particulières pour chaque attitude de la tête;
6° Le pronostic de cette opération et sa valeur comparée à d’autres opérations (version par manœuvres internes, symphyséotomie).
Description du forceps de Levret. — Le forceps croisé de Levret (fig. 457) se compose de deux branches qui se croisent et s’articulent à peu près à leur partie moyenne.
Chaque branche comprend trois parties principales : la cuiller, Y articulation, le manche.
A. Cuiller. — La cuiller est destinée à s’appliquer sur la tête fœtale. Elle a la forme d’une raquette très allongée ; l’extrémité est large et arrondie ; le talon est rétréci et se continue avec le pédicule. Elle présente deux courbures : l’une, courbure céphalique (ou ancienne courbure on courbure suivant les faces ) dont la face interne concave doit s’appliquer exactement sur l’extrémité céphalique ; l’autre courbure, suivant les bords , est appelée courbure pelvienne (ou courbure de Levret ou nouvelle courbure), parce qu’elle s’accommode à la courbure de la filière pelvi-génitale. — Lorsque le
Fig. 436.
Forceps à branches croisées de Pajot.