CHAPITRE VI
EMBRYOTOMIE
Envisagée d’une manière générale, l’embryotomie comprend, d’après l’étymologie du mot, toute opération mutilatrice du fœtus. Sauf de très rares exceptions (hydrocéphalie, par exemple), on ne doit recourir à l’embryotomie que lorsque le fœtus est mort pendant la grossesse ou pendant le travail et qu’en outre il y a indication d’intervenir.
L’embryotomie est qualifiée différemment, suivant que l’opération mutilatrice ou réductrice porte sur la tête , sur le cou ou sur le tronc du fœtus.
Nous aurons donc à étudier successivement :
1° L’embryotomie céphalique, qui comprend, à l’heure actuelle, deux opérations principales :
A. La craniotomie , qui consiste dans la simple perforation de la voûte ou de la base du crâne ;
B. La basiotripsie qui broie la tête fœtale au niveau de sa base. Nous ne parlerons qu’accessoirement de deux opérations de broiement : la céphalo -
précis d’obstétrique. 76
CRANIOTOMIE.
triipsie et la cranioclasie , qui sont des procédés opératoires de beaucoup inférieurs à la basiotripsie.
2° L’embryotomie qui est pratiquée dans les cas de présentation de l’épaule et qui se divise en deux variétés, suivant que la section porte sur le cou ( embryotomie cervicale ou décollation ) ou suivant qu’elle porte sur le tronc ( embryotomie rachidienne) .
Dans le langage obstétrical courant, on désigne volontiers l’embryotomie céphalique sous le nom générique de craniotomie et on réserve le nom d’ embryotomie à la section du cou ou du tronc.
5° L’éviscération, qui devient une opération tout à fait exceptionnelle : elle consiste à arracher les viscères abdominaux et thoraciques, pour permettre de pratiquer ensuite soit révolution forcée, soit la version forcée.
Nous ne décrirons pas les nombreux instruments inventés pour broyer la tête ou pour sectionner le cou du fœtus; nous indiquerons seulement les instruments et les méthodes qui nous semblent préférables et qui suffisent à triompher de toutes les difficultés qu’on rencontre dans la pratique (1).
A. — CRANIOTOMIE
Définition. — La craniotomie consiste dans la perforation du crâne; elle est habituellement pratiquée sur la voûte du crâne, la tête étant première; mais elle peut aussi être faite sur la tête dernière ou sur la face.
Instruments. — 11 n’est pour ainsi dire pas d’instrument qui n’ait été employé pour ouvrir la boite crânienne du fœtus; nombre de médecins, n’ayant pas à leur disposition d’instruments spéciaux, ont utilisé ce qu’ils avaient sous la main, couteaux de cuisine, bistouris, ciseaux, etc.
Nous laisserons de côté certains appareils destinés à perforer la voûte du crâne, tels que le trépan dont le modèle F. Guyon est un des plus perfec tionnés, le terebellum qui fait partie du transforateur de Hubert (de Louvain) et qui est constitué par une longue tige, munie à son extrémité d’une olive à pointe aiguë et dont la surface est sillonnée d’un véritable pas de vis. Nous ne décrirons que trois instruments : les ciseaux de Smellie et ceux de Blot, puis le perforateur alésoir du basiotribe Tarnier, qu’il suffit d’avoir seul en trousse pour pratiquer la craniotomie.
Ciseaux de Smellie. — 1° Les ciseaux de Smellie se composent, comme les ciseaux ordinaires, de deux lames articulées, dont le bord tranchant est situé en dehors; sur Lune des faces de l’instrument s’applique un protecteur métallique, qui empêche les ciseaux de blesser les doigts de l’opérateur, ou les parties maternelles; lorsqu’on veut s’en servir, on introduit les
f1) L’étude comparée des différents procédés d’embryotomie a été reprise par P. Bar ( Recherches expérimentales et cliniques pour servir à l'histoire de l'embryotomie céjjhalique. Paris, 1890) et J. Potocki ( Des méthodes d' embryotomie. Des instruments destinés à pratiquer l'embryotomie rachidienne et en qxM'ticulier de 1 embryotome rachidien du professeur Tarnier. Thèse de Paris; 1888) : ces deux auteurs ont expérimenté sur le mannequin les principaux instruments destinés à pratiquer l’embryotomie, et ont montré quels étaient les instruments qui méritaient d’être conservés dans l’arsenal obstétrical.
MANUEL OPÉRATOIRE DE LA CRANIOTOMIE
ciseaux armés du protecteur que l’on enlève, au moment où l’extrémité de l’instrument est en contact avec la partie fœtale. Cet instrument produit une ou plusieurs fentes, suivant qu’on l’ouvre une ou plusieurs fois. Le modèle représenté ligure 514 a été modifié par Pinard, de manière à obtenir un écartement plus grand des deux lames.
Ciseaux de Blot. — 2° Les ciseaux ou perce-crâne de Blot (fîg. 515) sont plus maniables : ils se composent de deux lames métalliques parallèles qui se recouvrent l’une l’autre : lorsque l’instrument est fermé, le rebord mousse de l’une déborde de 1 millimètre de chaque côté le bord tranchant de l’autre. A la partie supérieure de chaque lame existe une arête qui donne à la pointe de l’instrument une forme quadrangulaire. L’instrument s’ouvre en pressant sur l’extrémité de chacune des deux branches; chaque lame devient alors tranchante au dehors; on fait pénétrer la pointe de l’instrument à l’endroit où l’on veut pratiquer la perforation, puis, lorsque la pointe a pénétré, on ouvre l’instrument qui agit alors comme les ciseaux de Smellie; on fait ainsi en divers sens quelques fentes au tissu osseux.
Il est préférable, lorsque l’instrument est ouvert, de le maintenir ainsi et de lui faire exécuter quelques mouvements de vrille; on produit de cette manière une perforation assez étendue pour permettre l’évacuation de la substance cérébrale.
Perforateur alésoir. — 3° Le perforateur alésoir du basiotribe Tarnier (fîg. 519) suffit dans la totalité des cas à pratiquer la craniotomie ; nous en donnerons la description avec celle de l’instrument dont il fait partie (p. 1208).
Manuel opératoire. — Quel que soit l’instrument dont on se serve, il y a plusieurs règles générales qu’il faut observer dans toute craniotomie : la première est que l’instrument ou, mieux, que la pointe de l’instrument soit suffisamment guidée par la main introduite dans les organes génitaux (fig. 516) pour qu’elle ne puisse léser ni les parois vaginales ni l’orifice utérin. Une autre précaution consiste à se rendre bien compte de l’attitude dans laquelle se trouve la tête fœtale, de manière à ne pas traverser de part en part la voûte du crâne. Il faut en outre donner à l’instrument une direction convenable (fig. 516), autant que possible perpendiculaire à la base du crâne.