DRAINAGE DE L’UTÉRUS
Nous avons vu (page 195) quels étaient les principaux antiseptiques employés pour les injections intra-utérines; outre ceux dont nous avons parlé, le bleu de méthylène a donné de bons résultats à Lugeol et à Fieux chez un certain nombre de femmes chez lesquelles des accidents de septicémie s’étaient produits pendant le post partum. L’emploi des antiseptiques ordinaires et même le curettage n’ayant donné aucun résultat, Lugeol et Fieux (*) ont eu recours au bleu de méthylène qu’ils ont employé en solution au 1/10 000. Une première injection intra-utérine était faite avec le sublimé, puis une seconde avec 150 centimètres cubes de solution de bleu de méthylène. Dès cette intervention la fièvre tombait et les lochies perdaient leur abondance et leur fétidité.
B. Drainage de ï utérus . — Les premiers essais de drainage de l’utérus dans l’infection puerpérale furent laits par Volkmann, Scheede (1877), Fritsch, qui introduisaient dans l’utérus infecté un tube en caoutchouc. Fehling drainait avec un tube en verre. Ces essais ne se vulgarisèrent pas, du moins en dehors de l’Allemagne. Milton (du Caire), parut innover une méthode lorsqu’il recommanda, en 1891, le drainage de l’utérus atteint de métrite aiguë puerpérale, avec un tube bivalve en argent. Cependant en France, depuis quelques années déjà, certains médecins drainaient les utérus puerpéraux infectés, après curettage, avec une mèche de gaze. On en vint bientôt à reprocher à la gaze de tamponner an lieu de drainer et à préconiser l’emploi de tubes en caoutchouc (Terrier, Soc. de chirurgie; Bonnaire, Sem. méd. , 1892).
Les tubes en caoutchouc sont souvent insuffisants. Ils se coudent et s’obturent au niveau de l’isthme utérin; souvent ils permettent l’accumula-
aussi, dans le doute, il est plus prudent d’instituer un traitement local que de se borner à l’expectation.
« Mieux vaut, en effet, pratiquer une injection intra-utérine inutile, ce qui est inoffensif, que de s’exposer à laisser le mal gagner en profondeur et en étendue, et risquer par conséquent de n’intervenir qu’une fois que l’infection se sera généralisée et qu’elle sera peut-être alors au-dessus des ressources de l’art. Jamais, pour mon compte personnel, je n’ai eu à me repentir d’avoir fait une injection intra-utérine qui, à la rigueur, eût pu être différée, mais j’ai eu quelquefois à regretter de n’avoir pas agi assez tôt. »
Pinard ( Semaine médicale , 21 août 1895) n’est pas moins catégorique : ç Chez toute nouvelle accouchée qui présente une Ascension thermique dans les six premiers jours qui suivent l’accouchement, soupçonnez toujours T infection puerpérale utéro-vaginale, et si vous ne trouvez nulle part ailleurs, d’une façon absolument nette, la source de cette élévation de température, diagnostiquez-la. avouez-la et traitez-la.... La température de 58 degrés est l’indication formelle d’une injection intra-utérine ; à la Clinique Baudelocque comme à la Clinique de la rue d’Assas, il est de règle absolue de pratiquer une injection intra-utérine chez toute femme nouvellement accouchée dont la température axillaire accuse 58 degrés ou au-dessus, et cela est d’autant plus nécessaire que la femme est accouchée plus récemment.
« C’est le premier traitement à instituer et souvent il sera suffisant. L’injection intra-utérine doit être, en un mot, le traitement de la première ascension thermique. Faut-il renouveler l’injection intra-utérine? Cela dépend de la marche de la température et du pouls. Si, après six heures, la température est normale, on doit s’abstenir. Si la température est inférieure à la précédente, mais encore supérieure à la normale, le pouls étant resté fréquent, il faut faire une nouvelle irrigation intra-utérine.... Si, après une deuxième injection intra-utérine, on constate une ascension constante du degré thermique et une accélération croissante du pouls, il faut voir alors dans la persistance et la marche de ces symptômes la preuve de l’insuffisance des moyens employés : l’infection n’a pas été arrêtée par le lavage utéro- vaginal. Il faut faire plus et sans perdre de temps. Deux moyens s’offrent alors : l'irrigation continue et le curettage. »
( 1 ) Soc. de méd. et.de chie, de Bordeaux , octobre 1894.