‹ Précis d'obstétriqueChapitre 560 sur 692 · IRRIGATION UTÉRINE CONTINUE · texte numérisé non relu

IRRIGATION UTÉRINE CONTINUE

L’irrigation continue est employée dans deux cas différents : comme traitement prophylactique, par exemple, pour une femme chez laquelle on a pratiqué l’embryotomie sur un fœtus mort et putréfié, puis la délivrance artificielle. Si surtout cette femme a été touchée par des mains dont on ne peut garantir l’asepsie, il est prudent de soumettre la femme à l’irrigation continue pendant deux ou trois jours. S’il ne survient aucun accident fébrile, on cesse l’irrigation, mais on surveille attentivement la femme.

Dans d’autres cas, la femme est infectée, elle a eu un ou plusieurs frissons; il faut continuer l’irrigation tant que la température n’est pas revenue à la normale. Dans nombre de cas où l’irrigation continue est pratiquée assez tôt après le début des accidents fébriles, il suffit de désinfecter ainsi Futérus pour que la température redevienne normale.

Telle a été, pendant un certain temps, la méthode préconisée par Pinard et Varnier; plus tard ils ont conseillé, lorsque au bout de vingt-quatre heures d’irrigation continue la température reste élevée, de recourir à une intervention plus radicale, le curettage.

Pinard reste partisan de l’irrigation continue parce qu’elle suffit parfois à amener l’abaissement définitif de la température et parce qu’elle est utile comme traitement préparatoire du curettage; en effet le frisson après le curettage est d’autant plus rare et la chute définitive du poids et de la température d’autant plus constante que l’irrigation continue a précédé le curettage f1).

L’irrigation continue peut donner lieu, lorsqu’on la commence, aux mêmes accidents que l’injection intra-utérine : s’il survient des accidents syncopaux ou convulsifs, on cesse l’irrigation pour la reprendre quelque temps après. Un accident plus grave, mais très rare, — Flandrin, dans sa thèse (1895), n’a pu en réunir que deux observations, — est la perforation de l’utérus : dans un cas la femme avait du délire; dans le second cas on avait fixé la sonde par des liens aux barreaux du lit; la femme en s’agitant

que son extrémité libre porte sur un plan résistant. L’irrigation doit être continue, il faut pour cela qu’une personne Abeille à ce que le tonnelet soit toujours rempli de liquide antiseptique et à ce que le débit soit régulier. Quant au liquide à employer pour l’irrigation, on se sert d’abord, pendant un quart d’heure à une demi-heure, d’une irrigation de biiodure de mercure à 1 pour 4000. Dès que le canal utéro-vagino-vulvaire a été bien lavé avec cette solution, on la remplace par une solution phéniquée à 1 pour 100. Cette solution est continuée jusqu’au moment où la température est descendue à la normale et s’y maintient pendant quelques heures, ou bien lorsque les urines deviennent noires au moment de leur émission. On lui substitue alors une solution saturée d’acide borique. Si la femme souffre d’être mal couchée, si elle ne dort pas, on a recours aux injections hypodermiques de morphine.

P) Lorsqu’une femme est soumise à l’irrigation continue, dit Pinard, la marche du pouls et de la température peut présenter trois allures différentes :

« 1° On voit, d’heure en heure, la température s’abaisser graduellement et parallèlement pour atteindre la normale après quelques heures et y rester définitivement; c’est la guérison. On cesse l’irrigation.

« 2° On voit la température s’abaisser, quelquefois même au-dessous de la normale. De là, la nécessité de remplacer la solution phéniquée par la solution naphtolée ou boriquée ; mais le pouls reste fréquent : l’infection n’est pas vaincue.

« 5° On voit la température rester stationnaire ou s’élever et le pouls rester aussi fréquent ou le devenir davantage : l’infection gagne. — Dans ces deux derniers cas,, le troisième jour étant écoulé, il faut pratiquer le curettage. »

CURETTAGE UTÉRIN DANS L1NFECTI0N.

perfora son utérus. « Ces deux observations prouvent qu’il faut cesser l’irrigation en cas de délire ou de trop vive agitation de la malade, et qu’il est imprudent de fixer les liens attachés à la sonde, ailleurs qu’au bassin de la femme; car si elle s’agite, dans un moment où la surveillance est relâchée, la sonde accompagne ses mouvements; la perforation n’est à craindre que si ces liens sont attachés à un point fixe, comme les matelas ou les barreaux du lit.»

(Pinard et Wallich.)

D. Curettage.

— Cette méthode , préconisée depuis 1885 par Doléris (*), surtout contre les accidents postabortifs, est souvent employée

dans le traite- Fig. 538. — Bec des curettes (grandeur naturelle).

ment des suites

de couches pathologiques après l’accouchement à terme. Il faut donc en préciser le manuel opératoire et les indications.

Manuel opératoire. — La technique du curettage utérin ne diffère guère suivant les opérateurs, ainsi qu’on en peut juger en lisant la thèse de Marmasse (:) où est exposée avec détails la pratique suivie à la Maternité de Beaujon Les curett'es réduites par Ribemont-Dessaignes. de moitié.

Yoici quel est le manuel opératoire conseillé par Pinard et Wallich (5); les instruments sont les suivants : 1° une première curette ayant la longueur de la sonde Tarnier, c’est-à-dire 28 centimètres, à surface large et courbure spéciale (fig. 538 et 559) et à bords mousses; 2° une deuxième curette ayant la même longueur, mais à surface plus petite et à bords demi-tranchants; elle est destinée aux cornes et aux bords de l’utérus, et sert aussi dans les curettages après avortement; 3° une sonde plate de Tarnier; 4° une pince de Museux à deux mors; 5° une pince

(1) Archives d'obstétrique , de gynécologie, mai- et juin 188(5, février et mars 1897.

(2) Du curettage dans les accidents des suites de couches. Thèse de Paris, 1895.

(3) Semaine médicale , 21 août 1895.

MANUEL OPERATOIRE DU CURETTAGE UTERIN.

à longs mors, courbe; 6° une pince à longs mors, droite; 7° une sonde vésicale; 8° un rasoir; 9° une paire de ciseaux.

La femme est placée en travers du lit, le siège débordant; deux aides fléchissent, écartent les cuisses de la malade, en prenant un de ses genoux dans leur aisselle, de façon à avoir une prise solide sur l’opérée, tout en conservant la liberté de leurs mains pour aider l’opérateur.

Deux doigts de la main gauche introduits doucement dans le vagin vont atteindre le col et sentir l orifice utérin; ils devront rester dans cette situation jusqu’à la fin de l’opération. On guide alors sur ces deux doigts une pince de Museux à deux mors qui va saisir solidement la lèvre antérieure du col. 11 faut saisir le col utérin à une certaine hauteur; car il est friable et cédera aux moindres tractions; c’est pour cela que la pince de Museux est préférable aux pinces érignes à une seule dent. Le col saisi, on tire lentement sur la pince de façon à faire descendre l’utérus, et le col paraît bientôt à la vulve avec les deux doigts qui n’ont pas quitté son orifice. La pince est, à ce moment, confiée à un aide qui la prend par un de ses anneaux et la maintient horizontalement, sans tirer. On introduit dans la cavité utérine la sonde de Tarnier, on pratique une injection utérine et, avant de retirer la sonde, on mesure l’étendue de la cavité utérine.

La sonde retirée, on introduit la première curette large et à bords mousses jusqu’au fond de la cavité utérine et on racle alors toute la face antérieure sans sortir la curette. Ce n’est que lorsque toute la face antérieure est ainsi curettée que l’on retire l’instrument pour évacuer le produit du raclage. Puis, la curette est réintroduite pour procéder, de la même façon, au raclage de la face postérieure. Cela fait, on remplace la large curette par la petite, pour aller abraser la muqueuse au niveau des deux cornes et reviser méthodiquement les faces, le fond et les bords de l’organe. Lorsque l’instrument ne ramène plus, à quelque endroit qu'on le fasse agir, que des caillots, on procède alors au curettage du col. Celui-ci terminé, on reprend la sonde de Tarnier et on lait une injection pour entraîner tous les débris du curettage. S il se produit au cours du curettage une hémorragie un peu sérieuse, il faut la combattre par les injections chaudes; si elles ne suffisent pas à arrêter l’écoulement sanguin, on se hâte de terminer l’opération et de pratiquer le tamponnement intra-utérin. On charge ensuite une pince à longs mors d’une mèche d’ouate imbibée d’une solution phéniquée à 5 pour 100 ou de teinture d’iode; on promène cette mèche dans la cavité utérine, elle s’exprime à son contact; on recommence avec une autre mèche deux ou trois fois de suite. 11 ne reste plus qu’à faire le pansement intra-utérin à la gaze iodoformée ou stérilisée. Cette gaze doit être coupée en une lanière peu épaisse, afin de pouvoir être introduite facilement. On saisit l’extrémité de la lanière avec une pince à mors lisses et on introduit la pince ainsi chargée jusqu’au fond de l’utérus. On répète cette manœuvre deux ou trois fois, jusqu’à ce qu’on éprouve une légère difficulté à pénétrer : on doit s’arrêter à ce moment et ne pas forcer. Le reste de la lanière est laissé dans le vagin, une compresse d’ouate antiseptique est placée sur la vulve, et la femme est replacée dans son lit. Les jours suivants, au bout de vingt-quatre ou

Page 1