ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA PHLEGMATIA ALBA DOLENS
la fièvre puerpérale. Mauriceau (*) a considéré la phlegmatia comme « un reflux des humeurs qui devaient être évacuées par les vidanges ». Puzos, Levret et d’autres en firent le résultat d’un engorgement laiteux.
Robert White (1784) pense que la phlegmatia est consécutive à Y obstruction des voies lymphatiques; d’autres la rattachent, après Mauriceau, à une névrite, à une inflammation du tissu cellulaire.
C’est David Davis (1823), qui le premier attribue la phlegmatia (2) à une inflammation primitive des veines, la coagulation du sang et la formation du caillot étant secondaires; cette opinion fut admise et développée par Cruveilhier (1834), pour qui la phlébite provient d’une irritation, d’une inflammation des parois veineuses par « le sang chargé de principes irritants ».
La théorie de la phlébite primitive fut combattue par Bouchut (1844) et surtout par Virchow (1854), pour qui la thrombose était le phénomène initial, la phlébite résultant de l’irritation de la surface interne de la veine par le caillot. Cette théorie de la phlébite secondaire a été peu à peu ruinée par la constatation anatomo-pathologique de Vulpian, Ranvier, Troisier, puis par les recherches bactériologiques de Widal et Vaquez.
Peu à peu naît la notion de l’origine infectieuse de la phlegmatia, grâce aux travaux d’IIervieux, de Doléris (1880) qui constate la présence de microbes dans le caillot de la phlegmatia; Hutinel (1883), Siredey (1884), pensent que la phlegmatia est d’origine infectieuse; cette hypothèse se confirme de plus en plus par la clinique, si bien qu’en 1887 Lepage (Traité d1 antisepsie) écrivait, en reproduisant l’enseignement de Pinard : « Nombre d’accidents tardifs (certaines formes de phlegmatia alba dolens, phlegmon du ligament large, pyo-salpyngites, embolies, abcès métastatiques, pleurésies purulentes, etc.) proviennent de l’infection. Le rôle de l’antisepsie consiste à la prévenir en veillant à l’asepsie de l’accouchement et des suites de couches. »
Enfin, en 1889, Widal démontre par des examens positifs que la phlegmatia est bien d’origine infectieuse, que c’est une forme atténuée de la septicémie puerpérale et qu’elle est produite par le streptocoque ; c’est ce microbe qui, charrié par le sang, se dépose sur l’endothélium de la veine et enflamme sa paroi. Le caillot se forme consécutivement à cette inflammation. Quelquefois la propagation de l’inflammation se fait par la tunique externe des veines et par les vasa vasorum.
Anatomie pathologique. — La lésion principale et constante dans la phlegmatia alba dolens est Y altération des parois veineuses au point où s’est déposé le streptocoque charrié par le sang et, de préférence, près d’un nid valvulaire. L’endothélium se tuméfie, devient granuleux, puis tombe,
p) « J’ay veû, dit Mauriceau, plusieurs femmes, après estre accouchées assez heureusement, avoir les jambes et les cuisses toutes œdémateuses et extraordinairement grosses, quelquefois depuis l’aine jusqu’à l’extrémité du pied; parfois d’un seul costé et d’autrefois de tous les deux. Cet accident survient souvent en suite d’une douleur sciatique causée par un reflux qui se fait sur ces parties, des humeurs qui devraient être évacuées par les vidanges, dont le gros nerf de la cuisse s’abreuve quelquefois tellement qu’il en peut rester à la femme une claudication dans la suite. »
(2) Pour Guthrie (1826) la phlegmatia des accouchées débute au niveau de l’utérus; pour Robert Lee (1829), au niveau des sinus utérins eux-mêmes