IL — HÉMATOME DU STER N O-M ASTO I D I EN
Au cours de 1 extraction du fœtus, il peut se produire des lésions périostiques ou musculaires qui donnent lieu à des épanchements sanguins. Nous voulons simplement signaler l’un des hématomes qui embarrassent souvent le médecin à cause même de sa rareté, c’est l’hématome du sterno-cléidomastoïdien. 11 survient généralement à la suite de l’extraction du fœtus par le siège lorsque l’on exerce des tractions assez fortes sur l’une des épaules ou bien dans la présentation du sommet lorsque, la tète étant sortie, on essaie par des tractions sur elle à engager les épaules. Il est probable que cet hématome se produit par le même mécanisme que celui indiqué par Fieux pour les paralysies des muscles du bras. Charpentier, Kustner l’attribuent à la torsion exagérée du cou. Sur 5 cas qu’il a observés, Charpentier l’a vu 4 fois à la suite d’application de forceps, dont 3 pour des OIDP. Le volume de la tumeur siégeant sur le trajet du muscle varie suivant l’étendue de la rupture musculaire. Le plus habituellement, il est unilatéral et peut siéger seulement au niveau de la partie sternale du muscle. Dans certains
(') Annales de Gynécologie, janvier 1897.
HÉMATOME DU STERNO-MASTOÏDIEN.
cas, on observe en même temps que l’hématome une paralysie des muscles du bras du même côté. Il est probable que cette paralysie n’est pas due à la compression exercée par l’épanchement sanguin, mais provient plutôt du même traumatisme. Le traitement consiste dans l’immobilisation relative, le massage et l’électrisation.
Torticolis congénital. — L’hématome du sterno-mastoïdien est la cause la plus habituelle du torticolis congénital ; ce torticolis apparaît chez des enfants qui n’ont subi aucun traumatisme postérieur à la naissance ; de plus, il semble remonter aux premiers temps de la vie.
Cette dénomination est en partie inexacte. Il est extrêmement rare que le torticolis soit constaté dès la naissance de l’enfant; le plus souvent il n’apparaît que dans les semaines ou les mois suivants. Il est la conséquence non d’une lésion intra-utérine, mais d’un traumatisme produit au moment de l’accouchement, il est obstétrical et non congénital.
Le torticolis véritablement congénital est donc une exception. 11 s’accompagne toujours d’une atrophie faciale du côté correspondant à l’inclinaison de la tête et constatée en même temps qu’elle à la naissance. Cette asymétrie faciale primitive démontre de façon évidente l’origine intra-utérine de la malformation, conséquence d’un arrêt de développement qui a atteint à la fois la face et le cou.
Le Torticolis obstétrical relève d’un traumatisme subi au moment de l’accouchement. Dans nombre de cas, le traumatisme est très net. Dans la présentation du sommet, il consiste en tractions violentes exercées sur la tête pour obtenir l’engagement et l’extraction des épaules d’un foetus volumineux, soit indirectement à l’aide du forceps avant le dégagement de la tête, soit directement par l’accoucheur lorsque la tète est hors la vulve. L’application de forceps n’est pas par elle-même nocive pour le sterno-cléidomastoïdien, puisque l’extrémité des cuillers n’est jamais appliquée sur le cou; elle n’est nuisible que parles tractions qu’elle permet d’exercer.
Le plus souvent, c’est au cours de l’extraction de la tête dernière dans un accouchement par le siège ou après une version que s’est produit le traumatisme qui semble atteindre plus fréquemment le muscle postérieur. Les tractions exercées sur le sterno-mastoïdien amènent une rupture de ses fibres musculaires et la production d’un hématome plus ou moins considérable qui apparaît les jours suivants. Cet hématome a un siège presque constant : la partie moyenne du muscle à l’union de ses deux chefs. Il persiste pendant plusieurs semaines, s’accompagnant parfois d’une réaction inflammatoire étendue au muscle tout entier. Peu à peu, l’hématome se résorbe, le muscle se répare, mais non sans qu’au niveau de la cicatrice il ne se soit produit une certaine quantité de tissu fibreux dont la rétraction ultérieure entraînera l’inclinaison de la tête.
Tous les hématomes du sterno-mastoïdien ne sont pas suivis de torticolis ; bien des enfants guérissent de leur hématome sans présenter ultérieurement de torticolis. Toutefois, la rétraction musculaire peut apparaître très tardivement, plusieurs mois, un an et même plusieurs années après la disparition de l’hématome.
HÉMATOME DU STERNO-MASTOÏDIEN.
La transformation fibreuse du muscle a été constatée par des autopsies et sur des parcelles de muscles prélevées au cours de ténotomies à ciel ouvert. Elle consiste dans l’envahissement du muscle par des lames épaisses de tissu scléreux qui se sont substituées aux faisceaux musculaires ou les enveloppent d’une gaine inextensible. Lorsque ce tissu scléreux est très abondant, il envahit la presque totalité du muscle et le transforme en une véritable corde fibreuse inextensible.
L’attitude vicieuse du torticolis est bien connue. La tète est inclinée vers l’épaule, tandis que le menton est tourné du côté opposé. Le muscle sternocléido-mastoïdien se dessine sur le côté du cou et forme sous la peau une véritable corde inextensible surtout saillante lorsqu’on essaie de redresser la tête.
Le torticolis congénital n’est pas douloureux spontanément. La douleur n’existe que si on essaie de vaincre la résistance du muscle dans les essais de redressement de la tête.
L’inclinaison de la tête sur l’épaule est d’autant plus accentuée et les mouvements que l’on peut lui communiquer d’autant plus limités que la transformation fibreuse du muscle et sa rétraction sont plus considérables. Généralement, la rétraction fibreuse porte à la fois sur les deux chefs du muscle. Souvent elle est plus marquée sur l’un d’eux, faisant ainsi prédominer suivant les cas soit l’inclinaison, soit la rotation de la tête. 11 est rare que la rétraction soit exclusivement localisée à l’un des faisceaux; le chef sternal ne semble pas plus fréquemment atteint que le chef claviculaire. Le plus souvent la section de son tendon ne suffit pas pour obtenir le redressement.
L’inclinaison de la tète sur l’épaule s’accompagne presque toujours d’un mouvement d’ascension de cette épaule qui exagère encore la difformité.
Les sujets atteints de torticolis présentent toujours une asymétrie faciale par atrophie de la moitié de la face correspondant au muscle rétracté
Ainsi que le fait remarquer Kirmisson, il s’agit ici d’attitude scoliotique et non de scoliose vraie. Il n’y a pas de déformation osseuse de la colonne vertébrale, il suffit de corriger le torticolis pour voir disparaître les courbures anormales du rachis.
Lorsque, chez un nouveau-né, on voit apparaître un hématome du sternomastoïdien, on favorise sa résorption par des pansements humides et du massage. L’enfant sera surveillé avec soin pendant les semaines et les mois qui suivront.
Dès qu’apparaîtront les plus légères tendances au torticolis, on s’efforcera par du massage et des mouvements de redressement de la tête d’obtenir la correction de l’attitude vicieuse.
En présence d’un torticolis existant déjà depuis longtemps, c’est encore au massage et aux mouvements de redressement qu’on aura recours si la réduction semble facile à obtenir. Si ce traitement ne donne pas de résultat, (*)
(*) L’inclinaison latérale de la tête entraîne une attitude scoliotique de la région cervico-dorsale de la colonne vertébrale. On observe une double courbure en S italique. La courbure supérieure présente sa convexité du côté opposé au torticolis, la courbure inférieure est orientée en sens inverse.