DISPOSITIONS ANATOMIQUES DE L’ŒUF DANS LA GROSSESSE GÉMELLAIRE
Les cordons sont quelquefois reliés à la cloison par un repli amnio-chorial formant une sorte de méso. Ils peuvent être entièrement inclus dans la cloison.
B. Œuf unique. — Tantôt l’œuf est unique. Il semble rationnel d’admettre qu’en pareil cas un seul ovule a été fécondé, mais qu’il contenait deux germes. Le placenta est unique, la circulation des deux fœtus est commune. La mort de l’un d’eux entraîne fatalement celle de l’autre.
Ordinairement il existe deux cordons. Cependant on peut exceptionnellement observer la disposition suivante. Du placenta commun part un cordon
Fig. 340. — Masse placentaire vue par sa face utérine. (D’après nature.)
deux cordons se voient sur chaque côté de la figure. La portion foncée du placenta répond au fœtus né vivant, la portion décolorée qui se trouve à gauche appartenait au fœtus qui était mort.
«nique, lequel se divise bientôt en deux tiges, dont chacune se rend à l’ombilic d’un fœtus.
Les deux fœtus libres dans une cavité unique peuvent par leurs mouvements, par leur déplacement, déterminer un enroulement de cordons qui se tordent en forme de corde, ou provoquer la formation de nœuds très divers. Dans un cas rapporté par Neumann, le cordon du premier enfant formait un nœud simple qui étreignait le cordon du second. Soete a rapporté un cas dans lequel les cordons formaient un nœud double parfaitement régulier. L’un des enfants était mort vraisemblablement par suite de l’arrêt de la circulation dans sa tige funiculaire.
Ribemont-Dessaignes a observé et dessiné d’après nature un nœud très compliqué recueilli dans le service de Tarnier à la Maternité (fig. 341).
Liquide amniotique. — Il est fréquent d’observer pour l’un des œufs,
GROSSESSE GÉMELLAIRE UNI- OU BIVITELLINE.
et quelquefois pour les deux, une exagération notable dans la quantité de liquide amniotique 11 y a hydropisie de l’amnios; cette disposition n’est pas sans entraîner quelques difficultés de diagnostic, ainsi que nous le verrons plus loin.
Il est utile, à dilîérents points de vue, de distinguer dans les grossesses multiples, et en particulier dans les grossesses gémellaires celles qui résultent de la fécondation de deux ovules ou d’un ovule à deux germes : c’est ce qu’a fait Pinard' après avoir rappelé les travaux de Dareste, de Beckel et un mémoire de Bertillon qu’il résume ainsi : « H y a, dit-il, plusieurs sortes de grossesses gémellaires : dans les unes, chaque jumeau a ses enveloppes propres; dans ces cas, les plus fréquents, dès le principe chaque embryon
Fij. 341. — Nœuds de deux cordons dans un cas de grossesse gémellaire observée à la Maternité.
(D’après nature.)
jumdau est enclos dans son chorion, bientôt muni d’un placenta spécial et de son cordon ombilical ; cet état résulte de deux ovules qui se sont développés simultanément, mais isolément; dans les autres, on rencontre dès le principe les deux jumeaux inclus dans le même chorion, ayant alors un placenta plus ou moins commun, même quelquefois le même amnios et alors flottant à nu dans le même liquide. Donc dans l’ovaire de la femme il n’y a pas seulement des ovules simples, arrivant dans l’utérus le plus souvent un à un, quelquefois par deux (grossesse gémellaire), mais aussi des ovules doubles ou à deux germes et développant deux embryons soit libres, soit plus ou moins unis (monstres doubles, adhérents). »
Il ne faut pas confondre les deux jumeaux indépendants avec les deux jumeaux issus de deux ovules libres; ils s’en distinguent anatomiquement pai‘ les enveloppes ovulaires, physiologiquement par le sexe-, en effet, ces jumeaux libres ou soudés, provenant d’un seul ovule, sont toujours du même sexe, plus souvent filles que garçons.
* Article Grossesse. Bict. encycl. des Sciences médicales, 1887, p. 88.
GROSSESSE GEMELLAIRE UNI- OU RIVITELLINE.
P. Bar et son élève Eleuterescu* ont insisté à nouveau sur la nécessité de distinguer les grossesses multiples et en particulier les grossesses gémellaires, suivant qu’elles sont univitellines ou bivitellines, c’est-à-dire suivant qu’elles résultent de la fécondation d’un seul ovule (un jaune chez les oiseaux) ou de deux ovules (deux jaunes).
Voici d’après P. Bar et Eleuterescu les caractères particuliers à chacune des deux variétés de grossesse qui diffèrent au point de vue de la genèse, de l’anatomie du délivre, des caractères que présentent les enfants issus de ces deux genres de grossesses.
A. Grossesse multiple univitelline . — La grossesse multiple univitelline est due soit à une fécondation pathologique, par la pénétration de deux ou plusieurs spermatozoïdes ou d’un spermatozoïde à deux masses nucléaires dans un ovule en apparence normal — soit à la fécondation d’un ovule à deux vésicules germinatives.
Un seul chorion est commun aux deux fœtus qui peuvent être contenus dans le même amnios ou dans deux cavités amniotiques distinctes. Il n’y a qu’une seule masse placentaire dans laquelle les territoires vasculaires se confondent sur de nombreux points par des anastomoses superficielles et profondes. Les communications superficielles semblent être plus nombreuses et plus importantes quand il n’y a qu’une cavité amniotique. Dans ce cas les insertions du cordon sur la surface fœtale du placenta sont plus nombreuses et plus volumineuses que dans les cas où il y a deux amnios.
Les enfants sont toujours du même sexe. En outre ils sont solidaires entre eux; cette solidarité se manifeste :
1“ Par des communications vasculaires : a, funiculaires ou placentaires : dans ce cas, chez les mammifères, la solidarité cesse au moment de la naissance; b, extra-embryonnaires. Les enfants peuvent être alors parfaitement égaux et semblables ou bien être inégaux et dissemblables soit par l’inégalité de poids, soit par la mort précoce de l’un des produits, soit par l’arrêt de développement de l’un des embryons.
2“ Par la soudure des deux lignes primitives et la formation de monstres doubles adhérents : la solidarité persiste alors même dans la vie extra-utérine.
B. Grossesse bivitelline. — La grossesse multiple bivitelline est due a la ponte presque simultanée et à la fécondation de deux ovules.
11 existe deux chorions ; la circulation des deux fœtus est absolument distincte, qu’il y ait deux masses placentaires séparées ou qu’elles soient accolées.
Quant aux fœtus bivitellins, ils peuvent être du même sexe, mâle ou femelle, ou bien être de sexes différents ; la proportion suivant laquelle se rencontre l’une et l’autre de ces combinaisons est de 50 pour 100.
Les enfants sont absolument indépendants l’un de l’autre ; les différences qu’ils présentent tiennent à des lésions organiques qui ont atteint un des enfants et ont apporté une entrave à son développement; ces maladies sont accidentelles, sans relation aucune avec la grossesse multiple.
* Contribution à l’étude des grossesses multiples univitellines et bivitellines. Th. Paris, 1896.