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DE LA GROSSESSE TRIPLE

Fréquence. — Les auteurs donnent des chiffres un peu différents pour exprimer la fréquence absolue de la grossesse triple et sa fréquence relative propre à chaque pays.

On trouverait 1 grossesse triple sur 7 910 accouchements d’api'ès Voit; 1 sur 6 209 d’après P. Dubois, dont la statistique porte sur 484 550 accoucbements observés en France, en Angleterre et en Allemagne; 1 sur 6 505 d’après Puech. La Russie, d’après ce dernier auteur, est représentée par 1 sur 4054, l’Irlande par 1 sur 4 995, le Wurtemberg par 1 sur 5 464, la France par 1 sur 8 256.

D’après G. Mirabeau*, le principal facteur dans l’étiologie des grossesses triples paraît être la fécondité des femmes; la plupart des grossesses triples s’observent chez les multipares et en particulier dans les familles fécondes. L’hérédité se fait sentir du côté de l’homme aussi bien que de la femme, et lorsque cette influence existe chez les conjoints, elle accumule ses effets.

Disposition des œufs. — Placenta. Dans plus de la moitié des cas, 27 fois sur 50 cas (Puech), il n’y avait qu’un placenta. Les 25 autres arrièrefaix se composaient 15 fois de 2 placentas et 8 fois seulement de 5 placentas distincts. Dans un cas observé par Ribemont-Dcssaignes (fig. 550), il y avait deux placentas. A la masse placentaire la plus volumineuse se trouvail annexé un cotylédon accessoire.

Quand il n’y a qu’un seul placenta, il peut n’exister qu’une seule poclie sans cloison, ou au contraire une cloison comme dans certaines grossesses gémellaires, ou même deux cloisons, de sorte que chaque fœtus est logé dans un œuf distinct.

Avec deux placentas on trouve toujours au moins deux poches. Les deux placentas sont en pareil cas inégaux de volume. Un fœtus répond au petit placenta. Le placenta le plus volumineux est destiné aux deux autres fœtus;

• Deutsche med. Zeil., n° 45, 1895.

DIAGNOSTIC DE LA GROSSESSE TRIPLE

les derniers sont, comme pour la grossesse gémellaire, dans une loge unique ou dans une loge cloisonnée.

A trois placentas séparés répondent toujours trois œufs distincts.

Fœtus. — Les fœtus, rarement à terme, petits en général, sont le plus souvent de sexe différent. Le sexe mâle prédomine toujours. Ces deux propositions découlent des chiffres suivants donnés par Veit.

1 689 accouchements trigémellaires ont fourni •

( 501 fois. ... S J

921 enfants de sexe différent |

j 420 fois. . . .

768 enfants du même sexe | ^

Diagnostic. — Le palper et l’auscultation sont les deux seuls procédés d’exploration qui permettent, le premier surtout, de faire le diagnostic de grossesse triple.

Le développement considérable du ventre dès te cinquième mois, signalé par Dunal, l’œdème des membres inférieurs, l’œdème sus-pubien, conséquence des phénomènes de compression vasculaire, se rencontrent également dans la grossesse gémellaire, dans l’hydramnios. Ces phénomènes ne sont pas d’ailleurs constants.

Le palper abdominal, souvent très difficile à pratiquer à cause de la tension extrême des parois utérine et abdominale, est pourtant le meilleur moyen d’investigation. Il a permis à Pinard ‘ de faire pour la première fois le diagnostic de la grossesse triple pendant la grossesse chez une femme entrée en 1873 à l’hôpital des Cliniques. Cette femme était arrivée au cinquième mois de la grossesse et accoucha sept semaines après.

En 1881, Ribemont-Dessaignes % alors chef de clinique, observa une femme enceinte de sept mois environ et dont l’utérus avait acquis des proportions considérables par suite d’hydramnios. Malgré ces conditions défavorables Ribemont-Dessaignes trouva, en pratiquant le palper, une tête au détroit supérieur, une autre tête au-dessus de la fosse iliaque gauche, et une troisième tête près de la région xiphoidienne ; il put faire ainsi le diagnostic de grossesse triple. Le toucher pratiqué ensuite et combiné avec le palper confirma l’indépendance de deux extrémités fœtales perçues dans la région inférieure de l’abdomen. L’auscultation ne lui permit pas, non plus qu’à Depaul, d’entendre plus d’un foyer d’auscultation. Quelques jours après l’entrée de cette femme dans le service, l’accouchement eut lieu. Il y avait trois œufs distincts. Le premier seul contenait une quantité modérée de liquide. Les deux autres étaient fortement hydropiques.

Le 30 octobre 1888, Pinard a de nouveau fait le diagnostic d’une grossesse triple chez une femme entrée à la maternité de Lariboisière : la tension d j l’utérus était modérée et la minceur de la paroi utérine permit de con-

* Traité du palper abdominal, 2" édition, Paris 1889, p. 189.

* Id. , 2' édition. Pans 1889, p. 191.

ïRÉcis d’obstétrique.

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stater d’une manière bien nette l’existence de six pôles fœtaux. Des trois foyers d’auscultation, l’un siégeait entre l’épine iliaque gauche et l’ombilic ; les deux autres, moins nettement séparables, étaient perçus en haut et à droite, au-dessus de l’ombilic; ils se déplaçaient du reste assez fréquemment. La femme entra en travail le 12 novembre et mourut subitement au cours de la dilatation : les trois enfants furent extraits vivants par Mlle Carrier, sage-femme de garde. Pinard et Varnier ont publié* cette observation en y ajoutant la description et les dessins des coupes de l’utérus congelé contenant deux placentas.

Le palper, pratiqué avec méthode, empêche de porter à tort le diagnostic de grossesse triple. Pinard a eu, en 1892, dans son service, une femme

Fig 3b0. — Dessin d’après nature représentant le délivre d’une grossesse triple.

A la masse placentaire principale aboutissent deux cordons; un seul se rend à l'autre masse placentaire. Il existe à la partie supérieure de la figure un cotylédon accessoire.

chez laquelle le volume de l’utérus était considérable : après des examens multiples, il affirma le diagnostic de grossesse double, mais élimina la grossesse triple, tout en faisant remarquer qu’il y avait quelque chose d’anormal. Cette femme mourut subitement pendant l’accouchement, après l’expulsion d’un premier fœtus; à l’autopsie, on trouva que le fond de l’utérus était occupé par un énorme fibrome ayant presque le volume de celui des deux jumeaux qui avait été expulsé.

L’auscultation a pu permettre à Rausset (de Bordeaux) et à Dunal (de Montpellier) de distinguer trois foyers d’auscultation, à pulsations non isochrones, et de diagnostiquer ainsi une grossesse triple.

Nægele fils a passé pour avoir fait lui aussi le diagnostic avec le stéthoscope ; mais il ne fit en réalité que le diagnostic de grossesse gémellaire,.

* Études d'anatomie obstétricale, Paris, G. Stcinlicil. éd. 1892.

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