TROUBLES MENTAUX PENDANT LA GROSSESSE
La paraplégie s’observe rarement au cours de la grossesse : elle est le plus babitucllement temporaire.
Won Renz range parmi les paralysies de la grossesse non seulement les paralysies qui cessent en même temps que la grossesse ou peu de temps après, mais aussi celles qui surviennent pendant la grossesse et persistent après. Il a observé quatre cas de paralysies puerpérales d’origine nettement spéciale. Signalons deux faits de polynévrite puerpérale générale survenue au cours de la grossesse : dans un cas, dû à Joffroy, Desnos et Pinard, la névrite survint au cours du quatrième mois : elle envahit les quatre membres; l’accouchement provoqué diminuâtes accidents; dans le second cas, Whitticld constata les mêmes accidents dans les derniers mois de la grossesse, il est encore difficile de déterminer la nature de ces névrites qui sont probablement d’origine infectieuse.
Troubles mentaux pendant la grossesse^ — Ils sont très variés et comprennent les changements plus ou moins accusés du caractère jusqu’aux véritables manifestations délirantes.
11 faut distinguer les troubles mentaux observés pendant la grossesse de ceux qu’on voit chez les accouchées et les nourrices et des délires d’origine toxique qu’on observe particulièrement à la suite de l’éclampsie.
Les cas de folie véritable chez les femmes enceintes sont rares puisqu’ils ne constituent guère que 15 pour 100 des folies puerpérales.
Les idées délirantes peuvent se montrer dès le début de la grossesse, voire même au moment de la conception; assez souvent ce n’est qu’à partir du septième mois qu’apparaissent les accidents.
Quant aux causes qui produisent ces troubles mentaux, la plus importante est l’hérédité; il est admis par tous les aliénistes (Marcé, Bail) que presque toutes les femmes qui présentent ces manifestations délirantes ont des ascendants ou des collatéraux ayant présenté des troubles mentaux; chez une femme ainsi prédisposée il suffit de la moindre cause occasionnelle (émotion vive, frayeur) pour que les accidents éclatent; on peut incriminer aussi l’anémie gravidique ou au contraire les congestions encéphaliques qu’on observe au cours de la grossesse.
Les troubles mentaux sont des plus variables : assez souvent on constate la forme dépressive. Les femmes présentent des idées mélancoliques; elles sont découragées, ont des hallucinations avec idées de suicide et même d’infanticide (A. Voisin).
Plus rarement les femmes sont agitées, loquaces, ayant une excitation physique et intellectuelle très accusée. — Dubrisay a signalé la forme extatique. — La folie paralytique est rare.
Dans certains cas, le délire est partiel : les femmes qui en sont atteintes raisonnent bien, mais ont des impulsions; elles cherchent à voler ou bien encore ont des envies irrésistibles de tuer leurs premiers enfants.
Le pronostic de la folie des femmes enceintes est moins grave que celle qui survient en dehors de la grossesse : il l’est d’autant moins que le début de la maladie est plus rapproché de la conception. Lepage a vu cependant un
* Voir PiNAno, art. Grossesse du Dict. encyclopéd.
rUliClS u’OBSTÉTRtQOE.
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cas dans lequel les troubles mentaux ont débuté dès le troisième mois de la grossesse — avec des phénomènes fébriles et de l’hyperthermie qui aurait pu faire penser à des troubles délirants au début d’une fièvre typhoïde : cette femme accoucha à terme et devint une aliénée chronique. Sur 19 cas Mar et
a noté :
Guérisons après l’accouchement 7
Guérisons pendant la grossesse 2
Aggravation après l’accouchement 1
Passages à l’état chronique 9
L'hérédité est la principale cause des troubles mentaux qui surviennent pendant la grossesse qui n’est que la cause prédisposante
Le traitement de ces troubles mentaux ne présente rien de particulier : comme en dehors de la gravidité, il faut recourir à l’isolement, à l’hydrothérapie, aux toniques et aux calmants.
L’influence de la grossesse sur la folie préexistante est très variable : tantôt nulle, tantôt favorable, elle est le plus souvent nuisible. — 11 semble que la grossesse ne réveille pas toujours les manifestations délirantes chez les femmes qui en ont présenté antérieurement. Quant à l’influence de la folie sur la grossesse, elle semble nulle ou à peu près. Cependant, dans 5 cas sur H, Marcé a constaté que les enfants étaient mort-nés ou succombaient peu d’heures après la naissance : il y a lieu de se demander si, dans de pareils cas, la syphilis nejouait pas un rôle dans la production des accidents maternels.
SYPHILIS
La syphilis est fort importante à connaître dans ses rapports avec la grossesse; c’est une cause fréquente des maladies de l’œuf et en particulier d’altérations du placenta entraînant la mort du fœtus.
Nous devons étudier séparément l’influence de la syphilis maternelle et de la syphilis paternelle, le plus souvent la première résulte de la seconde. Il va de soi que lorsque le père et la mère sont tous deux syphilitiques, l’influence nocive de la syphilis sur le fœtus est encore plus accusée.
Il faut étudier séparément : A. l’iniluence de la grossesse sur la syphilis; B. l’inüuence de la syphilis sur la grossesse.
Syphilis maternelle. — A. Influence de la grossesse sur la syphilis. — La syphilis de la femme enceinte est plus grave dans ses manifestations locales et générales.
Celles que l’on observe le plus souvent sont l’accident primitif et les lésions secondaires; les accidents tertiaires, en raison même de l’âge auquel les femmes deviennent enceintes, sont rares.
Le chancre est plus volumineux que chez les femmes non gravides ;*il est hypertrophié, présente une vascularisation plus intense, mais n’est pas très induré par suite des phénomènes de ramollissement que présentent tous les tissus normaux et pathologiques. Lepage a observé plusieurs chancres de la lèvre supérieure qui étaient remarquables par leur volume et par l’engorgement ganglionnaire concomitant. Le chancre dure plus longtemps qu’en
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dehors de là grossesse : il persiste pendant dix à douze semaines environ.
Les syphilides, cutanées ou muqueuses, sont également volumineuses; d’après Fournier, ce sont les syphilides papulo-érosives qu’on observe le plus habituellement à la vulve : « elles se développent chez les femmes enceintes avec une exubérance singulière, prennent rapidement la forme bourgeonnante, végétante, hypertrophique, et arrivent souvent à constituer de véritables tumeurs qui envahissent et déforment toute la vulve. De plus, elles sont toujours plus rebelles que d’habitude et se résorbent plus lentement, plus difficilement. Les syphilides ulcéreuses sont assez fréquentes chez les femmes grosses : livides, violacées, creuses, et rendues plus creuses encore par la turgescence vasculaire des parties, elles persistent en général plus ou moins longtemps et tendent souvent à progresser.
Lepage a observé d’une manière très manifeste, en 1888, cette influence mauvaise de la grossesse sur les manifestations syphilitiques chez une jeune fille enceinte, atteinte de syphilis vaccinale. D’autres sujets non gravides, contaminés en même temps qu’elle, présentaient des lésions beaucoup moins accusées.
Les symptômes généraux de la syphilis sont aggravés du fait de la grossesse : ils consistent en troubles divers de la nutrition, névralgies, céphalalgie, insomnies et phénomènes d’anémie très accusés.
B. Influence de la syphilis sur la grossesse. — Elle est indiscutable, mais très variée dans ses effets suivant l’âge et la virulence de la syphilis, suivant qu’il y a eu ou non un traitement régulièrement suivi, suivant que ce traitement a été plus ou moins rigoureux.
11 faut donc distinguer trois cas :
1®'' Cas. La femme était syphilitique avant la conception. — Il est commun dans ce cas de voir plusieurs avortements se succéder si le traitement approprié n’en interrompt pas la série ; au fur et à mesure que la syphilis s’atténue, les fœtus arrivent à une période plus avancée de la grossesse et succombent de plus en plus tardivement. Ils peuvent même naître vivants et ne mourir que dans les jours qui suivent l’accouchement; enfin ils peuvent survivre et ne présenter que des accidents plus ou moins tardifs.
Ainsi, chez une femme syphilitique, on peut observer les différentes terminaisons suivantes de la grossesse :
I® Avortements (souvent à répétition) ou plutôt mort du fœtus avant le terme de la viabilité;
2“ Accouchements prématurés, ou plutôt expulsion d’un enfant mort dans les trois derniers mois de la grossesse.
3® Accouchements à terme. L’enfant peut présenter dès sa naissance des manifestations syphilitiques secondaires : s’il est traité énergiquement, il peut survivre; dans un certain nombre de cas, il succombe.
L’enfant peut ne pas présenter de signes extérieurs de syphilis héréditaire; mais il succombe un certain temps après l’accouchement, et la moit est généralement due à la syphilis viscérale.
Dans un certain nombre de cas, l’enfant naît vivant à terme, et ne présente aucune manifestation de syphilis. Ces cas sont tout à fait exception
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nels dans la syphilis maternelle non traitée; ils ne s’observent guère que dans des syphilis très bénignes, de date très ancienne. Ils sont au contraire la règle dans les cas de syphilis traitée méthodiquement.
Une statistique de Fournier fait bien ressortir l’effrayante mortalité fœtale résultant de la syphilis maternelle ; sur 208 grossesses provenant de 100 femmes syphilitiques :
148 enfants sont morts;
00 — ont vécu.
Au bout de combien de temps la syphilis maternelle non traitée perd-elle son influence désastreuse sur le produit de conception? Rien n’est plus variable : ce qui résulte de l’observation, c’est que cette influence diminue au fur et à mesure que la syphilis est de date plus ancienne.
2® Cas. La femme devient syphilitique en même temps qu'elle devient enceinte. — La mort du produit de conception et son expulsion prématurée sont assez fréquentes; ces accidents sont presque de règle, si la syphilis n’est pas traitée.
Le traitement, toujours nécessaire, peut empêcher le fœtus de naître syphilitique ou plutôt de présenter des manifestations spécifiques. Toutefois il ne faut pas oublier que dans ces cas, si la syphilis est grave, le traitement ne préserve pas toujours le fœtus.
5® Cas. La syphilis est contractée au cours de la gi^ossesse. — Il va de soi que plus l’époque à laquelle la femme contracte la syphilis est rapprochée du début de la grossesse, plus le fœtus a de chances d’être infecté et de succomber ou de naître avec des manifestations syphilitiques.
Si> au contraire, la femme n’est contaminée que dans les 2 ou 5 derniers mois de la grossesse, le fœtus paraît habituellement sain à la naissance et ne présente que tardivement des manifestations spécifiques; dans la grande majorité des cas, même, l’enfant reste indemne, tandis que les fœtus qui seront conçus ultérieurement seront atteints par le virus syphilitique.
La syphilis maternelle retentit donc d’une manière éclatante sur l’état du fœtus et sur la marche de la grossesse ; nous verrons, à propos de la pathologie du fœtus et du placenta, les lésions causées par la syphilis.
La statistique de Le Pileur est particulièrement instructive, puisqu’on réunissant 150 lemmes syphilitiques, dont les unes ont eu des enfants avant et après la syphilis, dont les autres ont été contaminées avant toute conception, on obtient la statistique suivante :