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FIÈVRE TYPHOÏDE ET GROSSESSE

La délivrance n’est signalée par aucun incident grave : les hémorrhagies n’y sont pas fréquentes (Queirel).

Lorsque la femme ne succombe pas immédiatement à l’attaque de choléra, elle peut guérir : l’état puerpéral n’entre guère ici en ligne de compte.

Que convient-il de faire chez une femme enceinte atteinte de choléra? Il est inutile de provoquer l’accouchement; on se contente de combattre le mieux possible les progrès de la terrible maladie. Il n’y a pas de traitement obstétrical particulier.

Galliard a observé 10 femmes atteintes de choléra pendant l’allaitement et a constaté que chez elles le pronostic était beaucoup moins grave que pour les femmes enceintes. Sur ces 10 femmes, 6 ont guéri ; en retranchant de ce nombre de 10 deux femmes qui n’ont eu qu'un choléra de faible intensité, il reste 8 femmes atteintes de choléra pernicieux avec une proportion de guérison de 50 pour 100 (4 sur 8) — Galliard signale comme particularité l’engorgement douloureux des mamelles chez les cholériques.

Fièvre typhoïde. — La femme grosse n’est point à l’abri de la fièvre typhoïde : l’immunité admise autrefois par Rokitansky et Niemeyer est contredite par de nombreuses observations. Il paraît cependant démontré que la fièvre typhoïde est une complication rare chez la femme enceinte : ainsi Duhaut (Thèse, Lyon 1895) relate que sur 1046 cas de fièvre typhoïde observés par divers médecins lyonnais, 7 seulement existaient au cours d’une grossesse.

Elle peut se montrer à toute époque de la grossesse ; il semble cependant que la maladie atteint plutôt la femme dans les premiers mois de la grossesse que dans les derniers. Peut-être qu’à cette époque elle s’expose moins aux dangers de la contagion typhique (Gusserow).

La fièvre typhoïde interrompt le cours de la grossesse environ dans le 1/5 des cas : l’accouchement se produit d’autant plus facilement que la grossesse est plus avancée (Duguyot) ; il peut survenir à toutes les époques de la grossesse. Ce sont généralement l'hyperthermie, l’infection générale et les troubles respiratoires qui provoquent l’expulsion du produit de conception ; une cause qui agit plus directement, c’est l’infection du fœtus. 11 va de soi que l’influence nocive de la fièvre typhoïde est en rapport avec sa gravité: cependant les formes les plus légères de la maladie peuvent amener l’expulsion prématurée de l’œuf.

L’interruption de la grossesse peut survenir à toute époque de la maladie, souvent dans le cours de la troisième semaine et quelquefois au commencement de la convalescence de la fièvre typhoïde.

Les métrorrhagies sont assez fréquentes : elles sont souvent le prélude ou les premiers symptômes du début du travail et s’observent particulièrement dans l’avortement ; elles ne semblent point liées à une endométrite hémorrhagique, mais plutôt aux lésions infectieuses du sang.

Le fœtus peut-il être tué dans la cavité utéi ine par infection typhique? Gharcellay’ a émis il y a longtemps cette hypothèse en s’appuyant sur le

* Charcellay. Arch. gyn. de méd., 1840, t. IX, p. 65,

FIÈVRE TYl'HUÏUE ET GROSSESSE.

•simple examen macroscopique; elle a été vérifiée par Eberth*, qui a obtenu •des cultures pures de bacille typhique avec des fragments de foie, de rate et avec du sang recueilli directement dans le cœur d’un fœtus de cinq mois et demi provenant d’un œuf expulsé en entier. Giglio^ a obtenu les mêmes résultats. Plus récemment H. Freund et E. Lewy^ ont examiné les viscères (l’un fœtus de cinq mois, mort quelques instants après sa naissance. La mère était dans le quatrième septénaire d’une fièvre typhoïde bien nette lorsqu’elle avorta en quelques heures. Sur toutes les cultures (faites avec le suc de la rate, le sang pris au cœur et dans le placenta) se développèrent des colonies de hacüles typhiques. Par contre, l’examen histologique des organes du fœtus, en particulier de l’intestin, ne fit découvrir aucune lésion. D’après Freund et Lewy, cette absence de lésion est habituelle dans les infections intra-utérines, même à bacilles spécifiques qui déterminent seulement des septicémies hématogènes. De même Janiszewsld [Münch. vied.Wochenschr., 1896, n“ 58) a examiné les organes (poumon, rate, reins, intestin, etc.) d’un fœtus expulsé au huitième mois et qui succomba cinq jours après la naissance : tous ces organes, presque sains en apparence, contenaient du bacille typhique à l’état de pureté. — Dans les cas où l’expulsion prématurée n’est pas produite par la maladie intercurrente, le fœtus peut naître vivant et à terme.

La méthode du séro-diagnostic de Widal a été appliquée chez la femme enceinte ;

Mossé a noté la séro-réaction dans le colostrum des femmes infectées par le bacille d’Eberth. — Les mêmes constatations ont été faites dans le lait de nourrices atteintes de fièvre typhoïde (Achard et Bensaude, Thiercelin et Lenoble). Par contre, te sang des nourrissons n’a pas donné la réaction.

La trouve-t-on dans le sérum du fœtus qui naît d’une femme atteinte de fièvre typhoïde? La question est encore controversée : Widal a trouvé la réaction d’une manière un peu atténuée, dans le sang du cœur d’une lapine inoculée. — De même, chez une femme enceinte de huit mois et atteinte de fièvre typhoïde, l’accouchement prématuré se produisit dans le premier septénaire : Chambrelent (Soc. d’obst. et de gyn. de Bordeaux, nov. 1896) put établir le séro-diagnostic non seulement chez la femme, mais chez l’enfant dont le sérum présenta manifestement la réaction agglutinative caractéristique. Cet enfant débile dut être gavé et eut. de l’ictère avec augmentation considérable du volume du foie et du catarrhe broncho-pulmonaire. Chambrelent met ces accidents sur le compte de la contagion de la mère au fœtus.

A côté de ces faits positifs, il existe des examens négatifs : Achard et Bensaude ont vu que, chez le lapin, le placenta arrêtait le pouvoir agglutinant. G. Etienne ‘ n’a pas trouvé la réaction dans le sang d’un embryon de

* Eberth. Voch. der. it/ed.,1889, t. VII, p. 161.

* Giglio. Centralb. f. Gyn., 1890, p. 46.

® Freund et E.Lewy. Berlin, klin. Wochenschr., 24 juin 1895, p. 559.

* Absence de la réaction agglutinante dans le sang d'un fœtus issu d’une mère morte de lièvre typhoïde hyperloxique [Presse médicale, 12 sept. 1896).

PRÉCIS d’obstétrique.

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