ANATOMIE PATHOLOGIQUE PANS LES ACCÈS ÉCLAMPTIQUES
Lorsque le médecin n’assiste pas à l'accès, il est obligé de faire le diagnostic d’après les renseignements qui lui sont donnés par l’entourage et d’après l’état de la malade. Un interrogatoire minutieux joint à un examen méthodique permet d’affirmer le diagnostic, qui sera basé sur les commémoratifs, le début brusque, la morsure de la langue, l’albuminurie et l’état d’hébétude ou de coma qui suit habituellement l’accès d’éclampsie. Le diagnostic ne pourra guère s’égarer, en pareille circonstance, que si la grossesse, ignorée par la famille, est méconnue par le médecin.
Quand la femme est dans le coma, le diagnostic devient plus délicat, si les renseignements sur ce qui s’est passé antérieurement font défaut; le diagnostic doit être alors fait avec les états comateux.
1" Coma de l’épilepsie. — Il est parfois fort difficile; c’est en se basant sur l’existence de l’albuminurie et sur l’élévation de température qu’en l'ail un diagnostic de probabilité, qui ne peut être affirmé qu’ultérieureincnt. Toutefois il est rare que le coma épileptique soit aussi profond, aussi accusé que le coma éclamptique, qu’il soit aussi persistant et soit suivi de troubles aussi accusés de l’intelligence et de la mémoire.
Coma de l’ivresse. — Ce coma peut être reconnu à l’odeur alcoolique de riialeine et des vomissements qui surviennent souvent. De plus, l’albumine fait habituellement défaut.
5“ Coma de la inéningite ou des tumeurs cérébrales. — H est rare qu’en pareille circonstance la femme n’ait pas été alitée depuis un certain temps et n’ait pas présenté des troubles fonctionnels (vomissements, céphalée, paralysie, etc.) en rapport avec la maladie initiale. De plus il est rare que le coma soit complet et qu’il n’y ait pas des symptômes de paralysie plus marqués d’un côté que de l’autre. Le diagnostic avec le coma qui survient au cours d’une hémorrhagie cérébrale est d’autant plus difficile que parfois cette alfectionest une complication de l’éclampsie, dont elle vient assombrir singulièrement le pronostic.
4“ Dans certains cas, le diagnostic est à faire avec un empoisonnement et en particulier avec l’empoisonnement par le phosphore. L’un de nous a vu, a la Maternité de Lariboisière, une femme prolondément comateuse, ayant de l’ictère, des vomissements, une albuminurie intense et chez laquelle, en l’absence de tout renseignement, on put hésiter entre le diagnostic d’empoisonnement par le phosphore et celui d’éclampsie.
Anatomie pathologique. — Les lésions trouvées à l’autopsie des femmes éclamptiques sont variées; elles ont été bien résumées dans la thèse de Doulfe de Saint-Biaise*.
Foie. — La surface est parsemée de taches d’un rouge lie de vin plus ou moins foncé ; ces taches sont de dimensions variables : tantôt elles forment seulement un piqueté hémorrhagique (Blot); tantôt elles constituent une tache énorme, une hémorrhagie en nappe couvrant une partie de la face convexe du foie et pouvant même fuser dans le péritoine. Quelquefois, à l’œil nu, le piqueté hémorrhagique semble manquer, mais on le retrouve toujours au microscope.
* BüulTe (le Saiiit-Blaise. Lésions anatomiques dans l’éclampsie puerpérale, Thèse de Paris, 1891.