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OPHTALMIE PURULENTE DU NOUVEAU-NË

nique; la suppuration, bien que minime, persiste et chaque matin au réveil les yeux sont collés par la sécrétion de la nuit.

La proportion considérable d’enfants qui restent aveugles à la suite de l’ophtalmie, indique assez l’importance du traitement prophylactique de cettr affection ; elle montre en même temps la nécessité de la diagnostiquer rapi dement et de la traiter d’une manière rationnelle.

Diagnostic. — Le diagnostic de l’ophtalmie purulente est habituellement facile : le gonflement des paupières, la sérosité jaunâtre qui s’échappe des paupières lorsqu’on les écarte, la rougeur et le gonflement de la conjonctive permettent de reconnaître cette complication. Il faut cependant savoir que quelquefois à la suite d’un accouchement laborieux, il existe un gonflement des paupières assez accusé pour que l’enfant puisse à peine entr’ouvrir les yeux; en pareil cas l’absence de sérosité, la diminution progressive du gonflement font reconnaître qu’il ne s’agit pas d’une ophtalmie réelle. Il faut savoir également que l’introduction dans les yeux d’un des liquides antiseptiques (nitrate d’argent, acide citrique, sublimé, etc.) destinés à prévenir l’ophtalmie donne une certaine réaction conjonctivale avec suintement léger : la précocité de cette réaction est un bon signe de non-inoculation de la conjonctive. Cependant on observe — ce sont peut-être les plus graves — des cas d’ophtalmie purulente qui existent au moment même de la naissance et qui résultent d’une inoculation de la conjonctive au cours du travail. Dans des cas exceptionnels — à la suite d’une application de forceps par exemple — l’un des yeux peut présenter des signes extérieurs d’une ophtalmie : Dujardin* a rapporté l’observation d’un nouveau-né dont la cornée était nuageuse dans presque toute son étendue, immédiatement après la naissance ; il s’agissait d’une sorte de kératite traumatique due à la compression exercée par le forceps. L’enfant guérit sans qu’on ait eu besoin de faire le traitement de l’ophtalmie purulente.

Étiologie. — Nombre de causes (faiblesse de l’enfant, encombrement, froid, coup d’air, etc.) ont été invoquées à tort comme produisant l’ophtalmie. Ces causes n’ont guère d’importance : U n’y a d’ophtalmie purulente qu’ après infection de la conjonctive par un liquide septique , Cette inoculation peut se produire : 1® pendant le passage de la tête fœtale dans le vagin; 2° après l’expulsion du fœtus. Dans le premier cas, l’ophtalmie est primitive et débute dans les 48 heures qui suivent l’accouchement ou 4 ou 5 jours après. Dans le second cas, elle est secondaire et n’apparaît que vers le 8® ou le 10® jour.

L’infection produite au niveau des organes génitaux résulte le plus habituellement (Zweifel, Léopold, etc.) de l’inoculation de la conjonctive par le gonococcus de Neisser ou microbe de la blennorragie. On l’observe lorsque la femme n’a été soumise ni avant ni pendant l’accouchement aux injections vaginales antiseptiques.

Dans d’autres cas, l’enfant se trouve contaminé par l’eau du bain dans lequel il est plongé peu de temps après sa naissance. Les germes peuvent

* Journ. des Sciences méd. de Lille, 28 novembre 1896.

TRAITE¥E?;T de L’OPHTALMIE purulente du nouveau-né. 1271

être portés par les mains de l’accoucheur, de la sage-femme, de la mère, par les éponges, les linges, etc. Dans ces conditions ce n’est plus le gonocoque de Neisser que l’on trouve dans les sécrétions, mais un bacille que Wecks et Kortulis ont décrit comme spécial à la conjonctivite catarrhale et qui est figuré par un petit bâtonnet assez court.

Au point de vue anatomique, il existe dans l’ophtalmie purulente un épaississement du stroma papillaire de la conjonctive ; cette hyperplasie porte surtout sur les vaisseaux ; à la limite du derme papillaire et de l’épithélium les capillaires sont dilatés et augmentés de nombre. L’épithélium est épaissi et le nombre de ces couches cellulaires augmente. Toutes ces lésions de la conjonctive peuvent disparaître sans laisser de traces.

Traitement. — A. Traitement prophylactique. La prophylaxie de l’ophtalmie purulente du nouveau-né consiste d’abord à pratiquer des injections vaginales antiseptiques pendant la grossesse et au moment de l’accouchement. Ces précautions excellentes ne suffisent pas toujours à empêcher l’ophtalmie. Il faut laver les yeux de l’enfant aussitôt qu’ils sont accessibles, avant même que le cordon ne soit lié, avec un liquide antiseptique (eau phéniquée faible, solution faible de sels de mercure, etc.). Crédé a conseillé d’instiller dans l’œil de tout nouveau-né deux gouttes d’un collyre au nitrate d’argent à 2 pour 100.

Cette méthode, qui a donné de bons résultats, ne doit cependant pas être généralisée ; on la réservera pour les cas dans lesquels la femme présente un écoulement de nature suspecte, surtout lorsqu’on n’a pas eu le temps de désinfecter suffisamment le vagin. 11 est plus simple de recourir au lavage minutieux des paupières et à l’instillation de quelques gouttes de jus de citron ou d’une solution d’acide citrique à 5 pour 100, suivant le conseil qu’a donné Pinard.

Budin, tout en constatant que la solution de nitrate d’argent à 2 pour 100 est très efficace, lui reproche de « déterminer parfois un gonflement considérable des paupières et, dans les jours qui suivent, une suppuration si abondante que nous avons vu des confrères croire à l’existence d’une conjonctivite purulente qu’ils voulaient soigner par de nouvelles cautérisations ». 11 emploie, depuis 1892 ‘, une solution de nitrate d’argent à 1 pour 150 grammes dont il fait pénétrer une ou deux gouttes entre les paupières immédiatement après la naissance. Sur 2004 accouchements®, il n’a observé que deux ophtalmies primitives (dans un cas le traitement prophylactique avait été omis) et sept conjonctivites secondaires survenant 6, 7, 8 jours après l’accouchement.

Une bonne méthode prophylactique consiste à laver largement les yeux de l’enfant avec une solution de sublimé à 1 pour 2000. A. Trousseau a montré que cette solution n’est ni dangereuse ni irritante, à la condition de n’y point incorporer d’alcool. Ce lavage peut être renouvelé tous les matins pendant 5 ou 4 jours. On peut encore, d’après la méthode

* Bull, et mém. de la Soc. de Gyn. de Bordeaux, ocloLre 1892, p 237.

* Progrès médical, 19 janvier 1895.

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