TRAITEMENT DE L'OPHTALMIE PURULENTE DU NOUVEAU-NÉ
(le Valude, faire pénétrer au niveau de la conjonctive un peu d’iodoforme porphyrisé.
Le traitement prophylactique ne consiste pas seulement à empêcher l’oph talmie purulente, il doit encore lutter contre la propagation de l'infection. Le nouveau-né atteint d’ophtalmie unilatérale est en effet un danger pour lui-même, la contamination de l’autre œil se produit facilement dans ces conditions, alors même qu’on a la précaution de tenir l’enfant couché sur le côté malade. 11 faut pour l’éviter faire un pansement occlusif de l’œil sain ou de l’œil malade. En outre, dans les Maternités, l’enfant atteint d’ophtalmie purulente doit être rigoureusement isolé et soigné par un personnel spécial.
B. Traitement curatif. Lorsque l’ophtalmie existe, le traitement consiste à faire des irrigations répétées avec une solution antiseptique chaude : solution phéniquée à 3 pour 1000, par exemple. Lorsque l’ophtalmie est légère, ou en voie de guérison, on peut se contenter de lavages répétés avec une solution saturée d’acide borique.
Nombre d’accoucheurs ont recours aux cautérisations de la conjonctive faites 2 fois par jour, avec un pinceau imbibé de solution de nitrate d’argent à 1 ou 2 pour 100. Aussitôt après cette application, on touche les surfaces cautérisées avec un autre pinceau imbibé d’eau salée saturée. Ce second badigeonnage neutralise en partie l’action trop irritante du nitrate d’argent.
Toute personne, qui soigne un enfant atteint d’ophtalmie ne doit écarter les ])aupières qu’avec précaution pour éviter la projection du pus qui peut jaillir jusque sur la figure de l’opérateur, 11 faut en outre procéder, après chaque pansement, à une désinfection minutieuse des mains.
A la période de début, tant que la sécrétion est transparente, Valude conseille avec Homer d'éviter les cautérisations : on se borne aux irrigations antiseptiques avec une solution d’acide borique ou de naphtol a à 1/5000 qui diminue le gonflement.
Dans la période de suppuration, les cautérisations sont nécessaires et doivent être prescrites rigoureusement : deux fois dans les vingt-quatre heures, les paupières sont retournées et la muqueuse touchée avec un pinceau volumineux trempé dans une solution de nitrate d’argent à 3 pour 100 ; au lieu de cette solution, on peut employer le crayon solide mitigé, par parties égales, de nitrate d’argent et de nitrate de potasse. Pour faire les cautérisations on enlève soigneusement tout le pus épanché dans la profondeur des culs-de-sac; puis on retourne les deux paupières à fond ensemble ou l’une après l’autre. Dans l’intervalle des cautérisations, on pratique des irrigations assez fréquentes pour empêcher la stagnation du pus ; ces irrigations sont faites avec le naphtol ou avec l’acide borique, ou mieux encore avec le liquide suivant conseillé par Tarnier :
Eau distillée stérilisée tOOO grammes.
Extrait théba'ique dix centigrammes.
On prépare soi-même ce liquide en mettant dans un litre d’eau
TRAITEMENT DE L’OmiTALMIE PURULENTE DU NOUVEAU-NÉ. 1273
bouillie chaude dix gouttes d’une solution concentrée dont voici la formule :
Eau stérilisée . .
Glycérine. . . .
Extrait thébaïque,
aa 2 grammes, un gramme.
Ces irrigations doivent être faites avec de l’eau à une température de 40“ à 45® centigrades. Sicherer (de Munich) préfère au nitrate d’argent la solution d’oxycyanure de mercure (à 1 pour 500) : suivant l’intensité des lésions, on fait avec cette solution un, deux ou trois lavages abondants des yeux : la conjonctive étant ainsi bien nettoyée, on met en permanence sur les yeux de petits sachets de glace. D’après Sicherer on est sûr de préserver la cornée en faisant les lavages tout à fait au début de la maladie. Au fur et à mesure que l’inflammation conjonctivale devient moins intense, on diminue le titre de la solution et on espace davantage les irrigations. Nous laissons de côté le traitement des complications, ulcérations de la cornée, etc., qui relève du domaine de l’ophtalmologie.
Le traitement à l’aide des cautérisations par le nitrate d’argent est efficace et conseillé par tous les oculistes avec quelques variantes, mais il n’est pas toiqours facile ; ainsi on éprouve quelquefois une réelle difficulté à retourner les paupières, à cautériser et même simplement à laver les culs-de-sac conjonctivaux. Aussi plusieurs chirurgiens (Lagrange, Brun, Terson, etc.), ontils imaginé des instruments (écarteurs ou élévateurs des paupières), creux à l’intérieur et permettant, une fois placés, de laver la conjonctive.
C’est dans ce but que Kalt a cherché et trouvé un moyen sûr et facile de mettre les solutions médicamciUcuses au contact de toute la surface conjonctivale, de balayer toutes les si'-ci étions contenues dans le cul-de-sac supérieur, et d’assurer la pénétration de l’agent actif dans les couches superficielles de la muqueuse par une pression modérée, mais prolongée : il a imaginé un petit entonnoir-laveur qu’il a présenté à l’Académie de médecine (séance du 7 août 1894).
Cet entonnoir-laveur (fig. 566) consiste en un tube d’ébonite de la grosseur d’un porte-plume, terminé d’un côté par un pavillon à angle droit de 11 millimètres de diamètre. L’autre bout du laveur est relié par un tube de caoutchouc à un bock à irrigation de la capacité de 2 litres. Ce bock ayant été préalablement rempli de liquide, le niveau de ce liquide devra dépasser de 30 centimètres le niveau de l’œil de l’enfant. Avant de placer le laveur on laisse s’en écouler un peu de liquide pour remplir le tube.
L’enfant est tenu sur les genoux d’un aide, la tête soutenue avec la main gauche, au-dessus d’un vase à bord large. La face est tournée en haut, la tête légèrement plus basse que les pieds.
Pour introduire l’entonnoir, on le tient de la main droite comme une plume à écrire. Le pavillon est introduit d’abord dans le cul-de-sàc inférieur, qu’il déprime ; avec le pouce ou l’index de la main gauche, l’opérateur relève légèrement la paupière supérieure et la laisse retomber au-devant du pavillon. L’instrument est placé et tient par la simple contraction des