DES ANTISEPTIQUES
Dans un premier groupe, les accouchées avaient subi, aussitôt après la délivrance, une injection intca-utérine de 2 litres de liquide antiseptique, puis pendant les suites de couches on leur avait fait trois injections vaginales de I à 2 litres.
Dans un second groupe ou les expériences ont d'ailleurs été moins nombreuses, les accouchées avaient été seulement soumises à des injections vaginales, sans injections intra-utérines.
De ces expériences Tarnier conclut1 que pour s'opposer à la pullula tion des microbes chez la femme vivante, les antiseptiques peuvent être rangés dans l'ordre suivant :
1° Bichlorurc de mercure. . à 0,20 pour 1 000 (8 tubes sont restés stériles sur 10) 2° Microcidine ...... à 4 — (7 — — 10)
53 Sulfate de cuivre . . . à 5 — (0 — 10)
4° Acide phénique .... à 25 (6 10)
,"> Biiodure de mercure . . à 0,20 — (5 — 10)
6° Permanganate de potasse, à 0,25 — (2 10)
Ces recherches, ajoute Tarnier, « tendent également à prouver que l'antisepsie presque parfaite ne peut s'obtenir qu'en pratiquant au moins une injection intra-utérine après la délivrance, et que si on se contente d'injections vaginales, l'antisepsie est plus aléatoire. »
La valeur et l'importance des recherches de Tarnier et Vignal n'échapperont à personne, non plus que leur puissant intérêt pratique.
Faut-il cependant admettre sans restriction leur conclusion dernière? Est-on condamné à ne faire qu'une antiseptie aléatoire si l'on ne pratique pas chez toute femme cpii vient d'être délivrée une injection intra-utérine? La pratique répond heureusement que les injections vaginales bien faites suffisent après un accouchement normal pour assurer à l'accouchée des suites de couches physiologiques.
Le staphylocoque et le streptocoque sont détruits par les injections vaginales auxquelles ne résisteraient d'après Tarnier et Vignal que des micro-organismes mal définis.
Or, nous le verrons, les injections intra-utérines demandent pour n'être pas dangereuses une main exercée : n'y a-t-il pas disproportion entre le résultat obtenu et le risque que l'on fait courir aux femmes en les soumettant toutes systématiquement aux injections intra-utérines?
Toutes les expériences de Tarnier et Vignal que nous avons analysées iont été laites non seulement sur le streptocoque et le staphylocoque, mais encore sur le vibrion septique; ce microbe étant anaérobie, il a fallu modifier les expériences, et les faire porter non seulement sur les bacilles, mais aussi sur les spores.
1 Loi-, cit., p. 150.
m DE L'ANTISEPSIE OBSTÉTRICALE.
Il en résulte que vis-à-vis du vibrion septique, les antiseptiques doivent être rangés dans Tordre suivant :
1° Bichlorure du mercure à 0,20 pour 1000 (2 minutes)
2° Microcidine j 4 ■ çj ^
f)° Biiodure de mercure à 0,25 (8 )
4° Acide plu-nique à 0,20 — (10 — )
5° Sulfate de cuivre à 5 (12 )
G" Permanganate de potasse à 0,25 (16 — )
-Mais il no faut pas prendre à la lettre le résultat de ces expériences : ainsi le bichlorure de mercure, qui est le plus puissant agent microbicide du vibrion septique, ne Test pas en clinique, parce qu'il ne peu! pas être employé en injection intra-utérine sans que celle-ci soit suivie d'un lavage qui en amoindrit les effets; de telle sorte qu'en pratique l'acide pliénique à 20 pour 1 000, employé en injection intra-utérine ( sans lavage consé? cutif), tuerait le vibrion septique en J 0 minutes et le bichlorure de mercure à 0,20 pour 1000 (avec lavage consécutif) ne le tuerait qu'en 40 minute-.
Après avoir exposé ces recherches comparatives sur la valeur microbicide des antiseptiques, nous devons étudier sommairement chacun d'eux et indiquer l'usage qu'on en doit faire en obstétrique.
Parmi les sels de mercure, les deux plus employés dans la pratique obstétricale sont le bichlorure (sublimé corrosif) et le biiodure de mercure.
Sublimé corrosif. — Employé empiriquement en médecine depuis plusieurs siècles, le sublimé fut utilisé par Chaussier au début du siècle pour la conservation des pièces anatomiques; les expériences de A. Petit, de Dougall, de Davaine, de Billroth, montrèrent que cette substance est un puissant microbicide.
Tarnier l'employa pour la première fois en 1880, à la Maternité, pour la désinfection des mains; il se servait de la solution alcoolique de sublimé, de la liqueur de Van Swieten; il l'utilisa peu après pour les toilettes des organes génitaux externes, puis en injections vaginales. L'usage du sublimé se répandit alors très rapidement non seulement dans les Maternités, mais encore dans les services de chirurgie.
Le sublimé est un corps solide qui cristallise en masses blanches, friables; il possède une saveur acre, styptique, désagréable. Il est peu soluble dans l'eau; lorsqu'on prépare une solution de sublime avec de l'eau ordinaire qui contient presque toujours en dissolution des sels calcaires, ceux-ci réagissent sur le bichlorure et il se forme un précipité d'oxyde mercurique insoluble. Pour éviter cet inconvénient il faut se servir d'eau distillée ou, plus pratiquement, ajouter à l'eau une substance qui rende la solution plus stable.