‹ Précis d'obstétrique. Ptie. 1Chapitre 77 sur 173 · INTOXICATION PAR LE SUBLIMÉ · texte numérisé non relu

INTOXICATION PAR LE SUBLIMÉ

nue solution renfermant 20 centigrammes de sublimé par litre, que par une, solution renfermant.25 centigrammes, 50 centigrammes et même i gramme par litre : mais si les solutions mercurielles ne contiennent que 10 ou 15 centigrammes, leur puissance microbicide diminue beaucoup. C'est donc de la solution à 20 centigrammes pour 1000 grammes qu'il faut se servir.

Il est intéressant de remarquer que c'est à cette dose que Tarnicr s'était arrêté de par l'observation clinique, avant d'avoir fait ses expériences.

De l'intoxication par le sublimé. — Il importe de n'user que de solutions assez fortes pour constituer un bon antiseptique, mais assez faibles pour n'être pas toxiques; c'est un des inconvénients du sublimé de déterminer des accidents qui, le plus habituellement légers, peuvent être mortels.

Le premier fait d'empoisonnement par le sublimé employé comme antiseptique a été publié en 1885 par Stadfelt (de Copenhague); d'antres faits ont suivi qui ont été réunis dans la thèse de Brun (1886), dans un mémoire de Kaufmann (de Breslau) (1888) ; dans un travail sur ce sujet, Garrigues (de New-York) (1889) a réuni 22 observations de femmes en i couches dont la mort a pu être causée par l'emploi du sublimé.

En réalité, sur ces 22 femmes il n'y en a guère que 16 chez lesquelles le sublimé ait été la cause des accidents mortels : dans 14 cas, la femme avait été soumise aux injections intra-utérines et vaginales; dans 2 cas des injections vaginales avaient été seules faites. Budin (dans son rapport à l'Académie), Sébillotte (1891), élève de Tarnicr, ont à nouveau repris cette question.

Tarnier estime que les accidents d'intoxication par le sublimé sont plus fréquents qu'on ne le croit et qu'on ne les reconnaît pas toujours parce (pie les symptômes n'en sont pas caractéristiques; il divise les phénomènes d'intoxication en légers et graves.

1° Intoxication légère. — Ce sont des accidents analogues à ceux qu'on observe au cours d'un traitement mercuriel antisyphilitique et qui consistent en des phénomènes de diarrhée avec coliques intestinales, de gingivite avec salivation abondante et fétidité de l'haleine;; il existe au niveau du bord libre des gencives un liséré livide assez caractéristique. Ces phénomènes, d'ordinaire bénins, disparaissent généralement dès qu'on cesse l'emploi de l'agent toxique.

En applications locales sur les téguments, le sublimé produit d'abord une sorte de tannage de la peau, puis bientôt de l'érythèmc avec démangeaisons assez fortes.

Si l'action est plus prolongée, la plaque érythérnateusc se couvre d'élevures rougeàtres, de papules qui donnent à l'éruption l'aspect de I l'urticaire; en outre il peut se développer des vésicules, remplies de

DE L'ANTISEPSIE OBSTÉTRICALE.

sérosité, comme dans la miliaire; ces vésicules ne tardent pas à se dessé* cher. C'est surtout au niveau des organes génitaux externes, des fesses^ à la face interne des cuisses que cette éruption apparaît, c'est-à-dir| dans les régions qui sont en contact avec la solution mercurielle.

Quelquefois il se produit une forme d'éruption différente : elle est formée par des taches rouges, lenticulaires, à contours nets, faisant ou non saillie sur la peau: ces lâches, d'un rouge vif, s'effacent à la pression; isolées elles ressemblent à des taches de rougeole ou d'urticaire; le plus habituellement elles sont confluentes et forment par leur réunion une éruption ressemblant à celle de la scarlatine.

Cette éruption débute généralement par la vulve, la face interne des cuisses, les régions inguinales; puis, par poussées successives, elle atteint l'hypogastre, la poitrine et descend sur les jambes. La face, les mains et les pieds lestent habituellement indemnes.

La malade accuse une sécheresse mordicante de la peau et des démangeaisons vives; quelquefois elle éprouve du malaise, de la céphalalgie, de la sécheresse de la gorge et présente un peu de lièvre.

Dans un certain nombre de cas, l'éruption se généralise d'emblée ei présente de suite un aspect rouge framboisé qui lui donne l'aspect d'une éruption scarlatincuse.

2° Intoxication (/rave. — Les symptômes de début les plus marqués sont des troubles de l'appareil digestif; la diarrhée est de règle.

Les garde-robes sont répétées, profuses, et s'accompagnent d'un ténesme intense du rectum; d'abord liquides, elles sont muqueuses, puis prennent une teinte grisâtre, et deviennent sanguinolentes; elles sont fétides et renferment des débris de muqueuse sphacélée et des lambeaux de fausses membranes. Le ventre est douloureux, ballonné.

La stomatite est généralement assez marquée; les gencives sont rougeâtres, tuméfiées, saignantes; les dents sont déchaussées. La muqueuse buccale, et en particulier celle qui recouvre les joues, est enflammée : il existe souvent dans la profondeur de la bouche, au niveau des grosses molaires, des plaques blanchâtres pseudo-membraneuses; limitées aux gencives, elles peuvent s'étendre sur toute la bouche et atteindre même les amygdales, la langue, le pharynx.

Lorsque la fausse membrane qui recouvre les parties malade se détache, elle laisse à nu une ulcération saignante, assez étendue, à bords sinueux et irréguliers.

La malade ressent une brûlure vive dans la bouche, elle ne parle et ne mange qu'avec beaucoup de difficulté, ha salive s'écoule au dehors, l'haleine est fétide

Page 1