A. TRANSFUSION MEDIATE
L'appareil de Collin (fig. l63, coupe schématique), se compose : 1° d'une cuvette; 2° d'un corps de pompe; 3° d'une chambre de distribution ; 4° d'un tube flexible de caoutchouc pur avec canule terminale; 5° d'un trocart.
La cuvette, dont la capacité est d'environ 300 grammes
THANSKUSION DU SANU
(lo sang", a la forme d'un eiitoniioircva.se, à parois rciitranU's et arrondies ; la prolbiideur en est de 10 1/2 centimètres, le diamètre le plus large de 15 centimètres. Elle est en métal mince, nickelé ; c'est elle que saisit la main gauche de l'opérateur, de telle sorte que le sang qu'elle contient n'est exposé à aucune des oscillations qui pourraient en provoquer ou en activer la coagulation.
Le corps de pompe est un tube de verre régulièrement calibré, de 8 centimètres de long, muni à ses extrémités de
Fio. 163. — Transfusion du sang. Appareil de Collin. Coupe schématique.
i. cuvette deslinée à recevoir le sang; 2. cliambre de dislribiition ; 3. rompe aspirante et foulante; .\. tube conducteur ; o, canule; G, trocart.
deux armatures métalliques qui ne sontj amais en contact avec le sang. Sa capacité estexactement de 10 centimètres cubes. Le piston, également fort simple, plein, à frottement doux, présente au sang une surface parfaitement régulière.
Chambre de dislribution. — Le sang est aspiré de la cuvette dans la pompe, et refoulé de la pompe dans le tube, sans subir le contact d'aucune soupape, cause de coagulation. La chambre de distribution est constituée par un espace cylindrique, situé dans la continuation de l'axe de la cuvette et communiquant, par trois ouvertures égales,
512 TEANSFUSION DU SANG
avec la cuvette, avec la pompe, avec le tube de transfusion ; elle contient une bille sphérique, régulière, en aluminium, dont la densité a été calculée 'et reconnue pour être inférieure à la densité du sang.
Cette boule flotte sur le sang de la chambre. Au moment de Vaspiratïon du piston, le sang en descendant dans le corps de pompe la déplace, mais elle reprend aussitôt sa position première; pendant la foulée elle empêche le sang de rentrer dans la cuvette ; le sang ne peut que suivre la voie du tube de transfusion.
Ce mécanisme rend impossible la propulsion de l'air dans la veine du patient, la boule d'aluminium venant par son poids obstruer l'ouverture inférieure de la chambre, aussitôt qu'elle se vide du sang. Un canal terminé par deux orifices latéraux conduit le liquide de la chambre de distri» bution dans le tube injecteur.
Le tube flexible se fixe à frottement sur le prolongement inférieur de la chambre de distribution sans obstruer ses orifices latéraux. A son extrémité est fixée à demeure une canule métallique de 1 1/2 millimètre de diamètre environ.
La camde-trocart est de dimensions suffisantes pour recevoir dans son canal la canule du tube flexible injecteur.
Opération : 1° Le malade est couché, le bras choisi pour l'injection près du bord libre du lit. Une bande simple serrée au-dessus du coude arrête le sang veineux; la bande d'Esmarch roulée sur la main et l'avant-bras fait refluer le sang veineux qui vient distendre les veines du pli du bras. Soulevant la peau avec les doigts ou une pince, au-dessus de la veine choisie pour l'injection, l'opérateur divise d'un coup de ciseaux le pli cutané formé et découvre le vaisseau. Il y plonge alors le trocart muni de sa canule, et tirant la flamme laisse sortir quelques gouttes de sang pour chasser l'air. Les liens sont enlevés doucement. Un aide ferme du doigt l'orifice externe de la canule, qu'il maintient immobile.
2^° La personne qui doit fournir le sang est préparée pour
TRANSFUSION Dl' SANG 513
la saii^iu'e, oUo se tiont tout pr("'.s du patient. La veine est ouverte, le sanj^ tombe dans la cuvette. Un premier coup de piston as[)iratoui' l'amène dans le corps de pompe. Douceuient refoulr, le ii(iuide passe dans le tube flexible et dans sa canule, chassant devant lui l'air qui y l'tait contenu.
3" Quand le sauy sort ])ur et sans bulles d"air, la canule du tube llexible est rapidement enfoncée dans la canule Irocart placée d'avance dans la veine du patient. L'injection se fait lentement, sans secousse, la cuvette maintenue complètement immobile. Chaque coup de piston envoie lu g'rauinies de sang dans les veines du patient.
4" Lorsque la quantité de sang transfusé parait suffisante, l'opérateur retire la canule interne, puis l'externe, et appli- ((ue sur le cûtide le huit de cbiflFre de la saignée.
a. IRANSFUSIOS IMMEDIAT li
aj L'appareil de Collin pour la transfusion de bras à bras se compose essentiellement :
P D'un corps de pompe en verre de la contenance de 10 grammes. Ce corps de pompe est muni de deux tubes liexibles, terminés par une canule métallique, dont l'une est introduite dans la veine de la personne qui fournit le sang, pendant que la seconde est veqxxe dans la canule-trocart jtlacée comme nous l'avons dit plus haut dans la veine du récepteur.
2" Un robinet à double elTet, permet d'ouvrir et de fermer alternativement la communication du corps de pompe avec ces deux tubes. Quand la tige motrice du robinet est dans la direction de l'un des tubes, celui-ci est ouvert, pendant que le second est fermé. La pompe est donc alternativement aspirante et foulante.
Le mode d'action de l'appareil se comprend aisément. Le corps de pompe rempli de sang par aspiration, il suffit de tourner le robinet et de pousser le piston, pour refouler le liquide dans le tube injecteur. L'air étant comi)lètoment chassé de rap[)areil, on introduit la canule du tube injecteur dans la canule-trocart pri'alablement placée dans la
veine du patient. La transfusion s'exécute comme avec l'instrument décrit plus haut.
Au point de vue théorique, l'appareil du docteur Roussel, de Genève, nous paraît remplir d'une façon plus sûre les conditions de la transfusion immédiate.
bj Appareil de Roussel (fig. 164, coupe schématique). Il est comparable à une sangsue, qui porterait à la tête une trompe accessoire pour aspirer de l'eau avant et pendant la succion du sang, et dont la queue fourchue lancerait alternativement de l'eau ou du sang pur par deux ouvertures latérales.
Le transfuseur s'applique sur la veine qui fournit le sang, au moyen d'une ventouse en caoutchouc, dans laquelle ne pénètrent ni l'eau ni le sang. Elle sert de point d'attache et forme un manchon hermétique autour de la bouche de l'appareil.
Cette ventouse (1), est mise en action par un ballon aspirateur spécial (6). Un cylindre rigide (2) traverse la ventouse. Son bout inférieur entoure la veine qui doit être saignée; son bout supérieur est d'abord ouvert et laisse voir très distinctement la veine désignée.
Le cylindre, figurant la gorge de la sangsue, se ferme par la mise en place du porte-lancette, dent cachée de l'animal. La lancette (3) est montée sur un curseur, régulateur de sa pénétration ; un ressort la relève après la piqûre. La tète (4) de la lancette porte deux yeux, régulateurs de la direction de la lame relativement à la ligne de la veine. La lancette joue, à l'intérieur de l'appareil, par un coup sec frappé sur sa tète, puis elle remonte se cacher dans le haut du cylindre.
Cette saignée cachée a été beaucoup critiquée à'avance, mais toujours admise après l'étude de l'appareil. La direction et la profondeur de la piqûre se font au gré du chirurgien.
Le tube, figurant la trompe accessoire de la sangsue, aboutit dans la gorge du cylindre ; il porte, de l'autre bout, une cloche qui doit plonger dans un vase plein d'eau. C'est le tube aspirateur d'eau. Dans la gorge du cylindre
TRANSKU8I0N DU SANG 515
s'ouvre encore l'estomai; do l'aniiual, représente- par un ballon ovale, à deux soupapes, [)ompo aspirante et foulante nécessaire à la transfusion.
Enfin la queue fourchue de l'animal est une bifurcation
tu f, a •-
portant deux canules (10 et 11), de calibre différent, comuiandées par un robinet en 2' (9), qui ouvre alternativement passage au liquide par l'une ou l'autre canule.
Opération. — 1" Le blessé est couché, la face, la poitrine et le bras découverts. La veine la plus apparente
du bras {au besoin de la jambe) est préparée, découverte par la section d'un pli de là peau, piquée avec une érigne, incisée en V avec la pointe de fins ciseaux et refermée momentanément.
2" Le transfuseur, bien vérifié dans toutes ses parties, baigne dans une cuvette d'eau à 30°, additionnée de 50 centigrammes de bicarbonate de soude par litre.
3° La personne qui fournira le sang est assise, le bras étendu sur le bord du lit ; elle porte le bandage de la saignée qui fait gonfler la veine.
4° Le chirurgien vérifie la position de l'humérale ; il apprécie en la pinçant l'épaisseur de la peau, la profondeur de la veine et son calibre, sa largeur ; selon ces données, il règle avec le curseur, la longueur de saillie de la lancette hors du cylindre, et trace avec une épingle, une plume ou un crayon, un petit point sur le lieu exact qu'il veut saigner, ■Prenant d'une main la ventouse, de l'autre le ballon rond qu'il comprime, il applique le cylindre tout autour du point à saigner et fait adhérer la ventouse en abandonnant le ballon. Il ferme le cylindre par l'introduction du porte-lancette qu'il tourne à son gré, pour donner à la lame la direction voulue sur la veine; les yeux métalliques de la tête de la lancette indiquent cette direction qui demeure immuable.
5° Quittant la ventouse, le chirurgien plonge dans l'eau la cloche du tube d'aspiration, et prenant de la main gauche le ballon ovale, pompe du transfuseur, il le comprime et le relâche alternativement , sous les doigts réunis . L'eau monte dans le tube, remplit le cylindre, baigne la peau, remplit la pompe, le tube et la canule, chassant devant elle l'air intérieur, dont on voit briller les dernières bulles, en mettant'la canule dans le vase d'eau.
6° L'air expulsé, le chirurgien introduit de 2 centimètres la canule ruisselante d'eau dans la veine du blessé, sous le lambeau en V quel'érigne soulève; puis il tourne le robinet de la bifurcation, qui ferme la canule et ouvre le tube latéral.
7'' Revenant à la ventouse, le ci^jpurgien ferme le tube d'eau et frappe la, tète de la lancefte d'î-m cou|)seç et rapide,
Du bout lies doiirts réunis continuant la mana'uvrc de la pompe, l'opérateur voit sortir par la bifurcation tinale de l'eau pure, puis de Teau roupie, puis du sang pur. I)e même que l'eau avait chassé l'air, le sang jaillissant de la veine chasse l'eau, et quand il se présente pur à la bifurcation, il suffit d'en changer la direction pour le conduire dans la vuine du blessé.
C'est alors que commence la transfusion, par l'alternative pression et relâchement du ballon-pompe, lentement et régulièrement, six à huit fois par minute, en comptant haut le nombre des battements. Chacun d'eux donne 10 grammes de sang, soit 60 à 80 grammes par minute, soit 1 gramme par battements du cieur du blessé. Vingt à vingt-cinq coups de pompe, soit 250 grammes en trois minutes, est la dose nécessaire et suflisante pour une bonne transfusion.
8° L'opération terminée, le chirurgien retire la canule de la veine et bande le bras du blessé (8 de chiffre, au besoin suture de la peau). La ventouse se détache du bras par la simple pression du ballon rond ; bandage de la saignée. La veine du blessé ne doit être ni coupée ni liée ; elle doit rester perméable après l'opération afin que le sang, remontant de la main, aide à la circulation du sang transfusé.
L'appareil est de suite plongé et manœuvré dans là cuvette d'eau, pour laver le sang avant sa coagulation.
Le même appareil peut servir pour injecter dans la circulation le sang plus ou moins étendu d'une solution médicamenteuse, en laissant ouvert pendant la transfusion le tube aspirateur plongé dans le liquide. C'est la transfusion infusoire de Roussel. On peut également l'utiliser pour faire passer dans l'économie un courant constant de faible intensité, transfusion électrisée. Le pôle négatif est une aiguille enfoncée dans les muscles respirateurs. Le fil du pôle positif est enroulé et lié autour de la tige de cuivre de la lancette, dont le curseur est enlevé,