III. — Abrasion conjonctivale
L'abrasion conjonctivale, désignée aussi sous les noms de péridectomie, syndectoynie, ou circoncision, a été introduite dans la chirurgie oculaire courante par Furnari 1 .
Cette opération consiste à détacher tout autour de la cornée une bande de tissu conjonctival et sous-conjonctival, dans le but de modifier la nutrition de la cornée et d'obtenir son éclaircissement, particulièrement dans les cas de pannus granuleux ou de sclérose consécutive à la kératite parenchymateuse. Les taches cicatricielles de la cornée ne pouvant guère être modifiées par cette opération, il sera très important de pouvoir les distinguer des opacités scléreuses. On se guidera par le diagnostic différentiel sur les caractères que nous avons
1 Furnari. De la tonsure conjonctivale et de son efficacité contre les lésions panni formes de la cornés. Paris, 1862.
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antérieurement donnés (voy. p. 211). Ici la kératoscopie prend une importance toute particulière en nous révélant les cas de sclérose par l'absence d'astigmatisme.
Furnari pratique l'abrasion conjonctivale en enlevant tout autour de la cornée, et clans une étendue de 3 millimètres, une bande de muqueuse dans laquelle il comprend tout le tissu sous-conjonctival jusqu'à la sclérotique, dénudée elle-même autant que possible. A cette excision, il ajoute une cautérisation pratiquée de la manière suivante : « Dès que l'écoulement sanguin a bien diminué, dit-il, on frotte légèrement contre un crayon d'azotate d'argent un petit pinceau préalablement mouillé avec un peu de salive ; on trace de petites traînées superficielles sur la cornée en dirigeant le pinceau circulairement sur l'anneau de conjonction de la cornée avec la sclérotique; le pinceau rempli de sang et de caustique décomposé devient inutile, aussi doit-on le remplacer par un autre chargé d'une solution un peu plus forte que celle qu'on a employée précédemment, et l'on passe le pinceau sur toute la surface scléroticale dénudée. »
Ce procédé, qui ne pourrait guère être employé dans toute sa rigueur que dans des cas de pannus très accusés, est susceptible d'être simplifié de façon à ce que l'on n'ait pas à craindre une réaction trop vive. Yoici comment de Wecker pratique l'abrasion conjonctivale :
A l'aide d'une pince, on saisit au-dessus de la cornée, à un demi-centimètre de celle-ci, la conjonctive et le tissu sous-conjonctival; faisant alors glisser rapidement les ciseaux sous la muqueuse, on circonscrit une bandette d'un demi-centimètre de largeur tout autour
Màsselon. Ophtalmologie. 18
de la cornée. Un coup de ciseaux donné au -dessus du diamètre vertical de cette membrane incise la conjonctive jusque vers son bord cornéen, puis on s'efforce de détacher très soigneusement, par de petits coups de ciseaux successifs, et aussi exactement que possible, la conjonctive du bord de la cornée, en enlevant, à mesure que ce détachement a lieu, le tissu sous-conjonctival qui retfent la bandette au globe oculaire. En procédant ainsi d'une manière méthodique, il est possible de détacher en un seul ruban toute la conjonctive péricornéenne.
L'effet de l'abrasion conjonctivale peut être sensiblement augmenté, si l'on fait suivre l'opération du raclage sclérotical pratiqué à l'aide d'un scarificateur, et si Ton combine à ce moyen l'emploi de fomentations chaudes dans le but d'entretenir pendant plusieurs jours un certain état de purulence.
En procédant de cette façon on sera assuré que les suites de l'opération seront constamment des plus simples. A peine surviendra-t-il dans quelques cas un certain bourgeonnement des parties dénudées qui se dissipera à la longue spontanément, ou que l'on pourra faire disparaître par l'excision. On ne devra s'attendre à une action appréciable de l'abrasion conjonctivale, qui peut aussi n'être exécutée que partiellement lorsqu'il s'agit d'une infiltration limitée à une partie de la cornée, qu'après qu'une cicatrice nacrée, rappelant l'émail, se sera formée.