DIVERSES FORMES DU STRABISME
A part le genre, le plus souvent convergent ou divergent, qu'affecte le strabisme, nous devons dire quelques mots de diverses dénominations dont on se sert habituellement pour désigner certaines particularités propres à cette affection.
Par opposition à ce que l'on observe dans le strabisme résultant d'un degré plus ou moins accusé de paralysie musculaire, la forme simple de strabisme est désignée sous le nom de strabisme concomitant, par la raison que, dans ce cas, la déviation primitive est égale à la déviation secondaire.
La déviation primitive se rapporte à l'œil strabique, tandis que la déviation secondaire est celle qui survient sur l'œil sain, et que l'on peut observer sous le verre dépoli qui sert à masquer cet œil, lorsqu'on oblige l'œil strabique à entrer en fixation. Le caractère concomitant d'un strabisme ne peut pas toujours être mis en évidence. Pour que la démonstration en soit possible, il est nécessaire que l'œil dévié ait conservé une vision suffisante pour que, si l'on fait fixer un point au malade, la préférence soit donnée à la macula et non à une partie excentrique de la rétine, comme on l'observe lorsque le strabisme est apparu de très bonne heure et a entraîné un haut degré d'amblyopie par défaut d'usage.
Le strabisme est dit monolatèral lorsque c'est constamment le même œil qui est exclu de la vision directe. L'œil qui n'intervient pas dans la fixation présente, dans tous les cas, un affaiblissement visuel d'autant plus accusé que le strabisme est apparu plus tôt.
Par contre, le strabisme est alternant, si le strabique fixe tantôt avec un œil, tantôt avec l'autre, les deux yeux offrant alors une égale acuité visuelle.
Si la vision binoculaire n'a lieu à aucun moment, l'un des yeux étant constamment exclu de la fixation, quelle que soit la direction donnée au regard, le strabisme est permanent.
Mais le strabisme est désigné sous le nom de périodique, lorsque par intervalle la vision binoculaire se rétablit.
Le strabisme latent est une forme qui n'apparaît que dans le cas où, par un artifice, on vient à interrompre la vision binoculaire ; l'œil ainsi exclu se déviant le plus souvent en dehors sous l'influence d'une insuffisance des muscles droits internes, telle qu'on l'observe surtout chez nombre de myopes . La nécessité de voir simple fait que le sujet, en dépit d'un travail musculaire exagéré et plus ou moins pénible (asthénopie musculaire), entre-croise ses lignes visuelles sur le point fixé ; mais dès que l'on interpose devant un œil un verre dépoli, on constate que cet œil se dévie d'une quantité variable. Cette déviation peut être mesurée par la recherche du prisme qui la contre-balance.
STRABISME. ÈTIOLOGIE 331
Le procédé le plus simple pour la mensuration de l'insuffisance des muscles droits internes nous est fourni par l'emploi du prisme de Berlin, consistant en un simple prisme (de 16°) enchâssé dans un anneau mobile et pouvant exécuter un mouvement de rotation. Lorsque le prisme placé devant un œil a sa base en bas, c'està-dire se trouve dans sa position initiale, le manche de l'instrument devant être tenu horizontalement, l'action prismatique ne s'exerce que dans le sens vertical, et si le sujet fixe un point noir sur une feuille de papier blanc, il le voit, du côté du prisme, transporté en haut. Dans le cas où il existe un strabisme latent, celui-ci se dévoilera par une déviation latérale du point vu à travers le prisme. En recherchant quel prisme est nécessaire pour ramener ce point exactement au-dessus de celui qui est vu par l'autre œil (sans interposition de prisme) on aura une indication sur l'étendue du strabisme ainsi révélé et sur la force du prisme capable de corriger la déviation, celle-ci correspondant à la moitié du prisme. C'est ce que permet d'obtenir le prisme de Berlin, dont la base par la rotation de l'anneau peut être transportée obliquement, de manière à fournir un effet prismatique latéral dont la mesure nous est donnée par une échelle placée le long de l'anneau.
ÈTIOLOGIE
D'une façon générale, on peut dire que le strabisme est la conséquence de l'amétropie, un équilibre parfait entre l'adaptation de l'œil aux diverses distances et le jeu des muscles n'existant que chez l'emmétrope. Ainsi l'hypermétrope fixant un objet aura besoin pour obtenir
une image nette de faire une dépense d'accommodation qui, dans le cas d'emmétropie, concorderait avec un entre-croisement des lignes visuelles sur un point plus rapproché, de là la tendance au strabisme convergent chez l'hypermétrope ; inversement le myope devra, dans des conditions analogues, mettre en jeu une force accommodative, parfois nulle, mais dans tous les cas moindre que l'emmétrope, qui à déploiement égal d'accomodation n'entre-croiserait ses lignes visuelles qu'en un point plus éloigné, d'où une propension à la divergence chez les myopes.
Tandis que dans les cas de myopie la fréquence du strabisme s'accroît avec le degré de la myopie, on observe que ce sont surtout les hypermétropes à un degré peu élevé, ou moyen, qui sont plus enclins au strabisme. Lorsqu'il s'agit, en effet, d'une forte hypermétropie, souvent le sujet ne trouve même plus dans un surcroît de convergence le moyen d'obtenir une accommodation suffisante pour une vision nette, et un strabisme ne se développe pas. Notons encore que nombre d'hypermétropes, dont l'anomalie de réfraction est faible, ou même d'un degré moyen, trouvent dans un puissant muscle ciliaire le moyen d'échapper au strabisme.
Ce qui peut encore s'opposer au développement d'un strabisme, c'est la diplopie à laquelle le sujet est soumis au début ; mais que, par suite d'une affection quelconque d'un œil, la vision se trouve notablement atteinte de ce côté, on verra cet œil, qui ne sera plus retenu par le besoin de voir simple, se dévier à un degré variable. 11 est vrai que les hypermétropes apprennent promptement à faire abstraction de l'image formée