I . — Ténotomie
C'est en 1838 que Stromeyer fit connaître, à la suite d'expériences sur le cadavre, comment par la section des muscles de l'œil la guérison du strabisme pouvait
OPÉRATIONS. TÉNOTOMIE 335
être obtenue Bientôt après Dieffenbach 2 et Jules Guérin3 firent presque en même temps les premières strabotomies sur le vivant. C'est à Bonnet que revient le mérite d'avoir montré la voie qui devait conduire à une exécution rationnelle de la strabotomie, en faisant connaître la double insertion scléroticale et capsulaire des muscles de l'œil4; mais de Graefe, le premier, sut mettre à profit les travaux de Bonnet (de Lyon) en montrant que la ténotomie seule devait être appliquée à la cure du strabisme, tandis qu'il fallait à tout prix renoncer aux myotomies et respecter l'insertion que prennent les muscles par l'intermédiaire de la capsule de Tenon.
L'action curative de la ténotomie dans le strabisme repose sur ce principe que le raccourcissement d'un muscle exerce, sur les mouvements de l'œil, une influence semblable à celle qui résulterait du rapprochement de l'insertion de ce muscle vers le centre de la cornée, et qu'en conséquence le reculement de l'insertion d'un muscle contre-balance l'action exagérée produite par son raccourcissement. Pour obtenir la correction de la déviation dans un cas de strabisme, on devra s'efforcer de proportionner l'étendue du reculement à l'excès d'action du muscle raccourci. C'est en cela que consiste le dosage de la strabotomie.
Le reculement d'un muscle entraîne une réduction
1 Stromeyer. Beitràge zur opérât. Orthopaedik, etc. Hanover,
2 Dieffenbach. Medicinische Jahrbùcher, Band XXIV, p. 351, octobre 1839.
3 Jules Guéri n. Nouveau procédé de section sous-conjonctivale des muscles de l'œil dans le traitement du strabisme. Paris, 1840.
4 Bonnet. Traité des sections tendineuses et musculaires. Paris et Lyon, 1841.
d'action, une insuffisance, qui devra être tenue, par une ténotomie prudente, dans une mesure telle qu'elle n'excède guère l'excès de puissance du muscle rétracté, Le muscle antagoniste reprenant alors la quantité d'action que lui avait soustraite le muscle raccourci, le champ d'excursion de l'œil, au lieu de se trouver déplacé du côté du muscle dévié, acquerra une situation sensiblement normale.
En se tenant à la simple ténotomie, ainsi que tout opérateur prudent doit le faire, il ne faut pas s'attendre, dans une section du droit interne, à une correction dépassant 15 à 18 degrés. Pour la ténotomie du droit externe l'effet sera encore moindre et n'excédera pas 10 à 12 degrés. Mais on a la ressource, dans le cas de strabismes plus accusés, de pratiquer la ténotomie sur les deux yeux, ou, si l'on veut n'agir que sur un seul œil, de combiner cette opération avec l'avancement musculaire ou capsulaire de l'antagoniste. L'emploi des sutures dans ces diverses opérations, reculements ou avancements, permettra toujours de régler, dans l'étendue que l'on désire, l'effet opératoire. Les sutures seules nous fournissent un moyen sûr d'arriver dans chaque cas à un dosage exact.