III. — Exentération du globe oculaire
Bien que cette triste complication soit extrêmement rare, chacun sait cependant qu'une méningite peut se développer à la suite de l'énucléation la plus correctement exécutée, et cela en dépit des soins les plus attentifs que commande l'antisepticisme. L'absence de tout foyer de suppuration intra-oculaire ne nous met pas à l'abri d'une pareille éventualité. Il est donc parfaitement légitime de rechercher un mode d'opération qui puisse être substitué à l'énucléation sans en présenter les dangers si rares qu'ils soient; c'est dans ce but que Alf. Graefe1, à l'instar de ce que pratiquait déjà Guérin
*• Alf. Graefe. Mémoire présenté à la réunion des naturalistes allemands à Magdebourg, en septembre 1884, et traduit par le Dr Rogman in Ann. dCocul.^ t. XGIII, p. 250.
(de Lyon), il y a plus d'un siècle l, a recommandé récemment l'exentération du globe oculaire, consistant dans l'ablation du segment antérieur de l'œil, pratiqué à une petite distance en arrière de la cornée, avec évidement de la coque oculaire. Mais tandis que Alf. Graefe vide tout le contenu de l'œil avec une curette, de façon à ne conserver que la sclérotique, Guérin remplissait de charpie la cavité de l'œil et obtenait la destruction des membranes internes par suppuration.
Le point important de cette méthode opératoire est qu'on respecte la capsule de Ténon et les voies de communication qui relient l'orbite à la cavité crânienne. Il est certain que les dangers d'une complication méningitique doivent être ainsi singulièrement amoindris. Voici comment procède Alf. Graefe :
On détache la conjonctive oculaire à 1 ou 2 millimètres du bord de la cornée et on enlève cette dernière avec l'étroitanneauscléral qui l'entoure. Au moyen d'une large cuillère à bords mousses, on parvient aisément à vider l'œil, de manière à ne laisser dans l'orbite que la coque formée par la sclérotique. Pendant qu'on exécute cette manœuvre, on ne cesse d'asperger le champ opératoire, déjà soigneusement désinfecté auparavant, avec une solution glacée de sublimé à i p. 5000 ou 3000 qu'on dirige spécialement sur l'œil qui se vide. L'hémorragie est d'ordinaire faible ; après qu' elle a cessé, on saupoudre d'iodoforme la surface interne de la sclérotique. On joint les bords de la conjonctive par un mince fil de catgut, devant le creux que forme l'œil, on met encore de l'iodoforme et on applique un panse-
i Guérin. Traité sur les maladies des yeux, p. 421. Lyon, 1769.
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ment au sublimé. Le segment antérieur de l'œil est en levé d'abord au moyen d'un étroit couteau à cataracte, dont on se sert comme au premier temps de l'extraction, puis à coups de ciseaux.
Après cicatrisation, la coque fibreuse de l'œil forme un petit moignon qui se prête parfaitement à l'application d'un œil artificiel. Bien que la plaie puisse se guérir par première intention, il se développe assez souvent une réaction plus ou moins vive qui persiste plusieurs jours, avec tuméfaction des paupières et chémosis conjonctival. La guérison est donc en général sensiblement moins rapide qu'après l'ablation complète de l'œil.
Jusqu'à quel point une semblable opération pourrat-elle prévenir une transmission sympathique, c'est ce qu'on ne saurait dire actuellement; mais dans le cas où pareille complication serait imminente, nous pensons que personne n'oserait prendre la responsabilité desubstituer à l'énucléation l'exentération du globe oculaire.