IV. — Exentération de l'orbite
L'exentération, ou évidement du contenu orbitaire, doit être pratiquée, chaque fois que des tumeurs malignes ont envahi l'orbite et pris adhérence avec les parois de celle-ci.
Il sera tout d'abord nécessaire de fendre avec des ciseaux droits la Commissure palpébrale externe jusqu'au rebord orbitaire. Dans le cas où la conjonctive aurait été épargnée par le néoplasme, on la dégagerait soigneusement à l'aide de ciseaux mousses jusqu'au voisinage delà cornée. S'il pouvait y avoir un doute à cet égard, surtout lorsqu'on a affaire à un épithélioma, on
n'hésiterait pas à sacrifier la muqueuse. Les paupières bien dégagées et largement renversées avec des écarteurs pleins, on saisit solidement à l'aide de pinces de Museux la tumeur englobant l'œil, de façon à attirer le tout fortement en dehors. En même temps on se fait un chemin dans l'angle inféro-externe de l'orbite à l'aide d'un instrument mousse, d'une solide spatule, ou même en se servant du doigt; puis par des coups de ciseaux dirigés le long des parois orbitaires on dégage peu à peu la tumeur, que l'on sépare des parties saines
Lorsque le néoplasme fait corps avec le périoste qui participe à la dégénérescence, la tumeur devra être enlevée en y comprenant cette membrane, que l'on détachera du squelette orbitaire. Dans ce but le périoste sera d'abord incisé tout autour de l'entrée de l'orbite, en le ménageant dans une étendue d'un bon centimètre vers les commissures palpébrales ; puis on commencera à le détacher de la surface osseuse avec le bistouri qui a à servi faire l'incision. Ce détachement ne peut ainsi être opéré que jusqu'à une petite distance du rebord orbitaire ; il faudra promptement déposer tout instrument tranchant et continuer le dégagement en se servant simplement du doigt ou d'une spatule à bords arrondis et parfaitement mousses.
C'est surtout en arrivant au voisinage du fond de la paroi orbitaire supérieure que l'on devra procéder avec la plus grande prudence ; il sera préférable de n'achever dans ce point le détachement du périoste qu'après avoir exactement dégagé celui-ci des parois inférieure et externe et sectionné le nerf ainsi que les parties avoisinant le trou optique, ce qui permettra de luxer la tumeur vers le côté interne de l'orbite. En procédant
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de cette façon, c'est-à-dire en pratiquant l'ablation de la tumeur enveloppée dans le périoste que l'on arrache delà surface osseuse, la perte de sang est amoindrie.
Après avoir, par quelques points de suture, réuni d'une façon très exacte la commissure palpébrale externe, et le sang ayant été bien arrêté, en se servant au besoin d'eau glacée, on appliquera le pansement dont toutes les pièces devront être imprégnées de la solution de sublimé (20 centigr. p. 500) ou borico-salicylée (contenant p. 100, 4 grammes d'acide borique et 1 gramme d'acide salicylique). Les parois de l'orbite ayant été recouvertes avec un petit morceau de gaze phéniquée, on remplira toute la cavité orbitaire avec de la ouate salicylée, bien trempée dans la solution antiseptique ; enfin quelques tours de bande compléteront le pansement. Celui-ci sera renouvelé au moins deux fois par jour, et à chaque pansement on aura soin de laver exactement la cavité de l'orbite avec de l'eau carbolisée ou la solution de sublimé, en s'aidant pour cela d'une petite seringue ou mieux d'un irrigateur. Grâce à ce pansement anti-septique exactement pratiqué, on peut obtenir une guérison très rapide, ne déterminant qu'une minime formation de pus.
On a aussi conseillé, dans les cas d'extension très accusée du néoplasme, de pratiquer en outre le raclage de la surface osseuse avec des cuillères tranchantes, de faire des applications du thermocautère, ou de se servir de petites compresses imprégnées de chlorure de zinc ; mais on s'expose alors inévitablement à une nécrose plus ou moins étendue, tandis que l'on peut encore échapper à cette complication en se tenant à la simple ablation du périoste.