‹ Précis d'ophthalmologie chirurgicaleChapitre 59 sur 168 · SJBlflttlS · texte numérisé non relu

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Le tissu propre de la cornée, c'est-à-dire le parenchyme cornéen, est composé de fines fibrilles, formant par leur réunion les faisceaux fibrillaires, d'un ciment soudant les fibrilles et les faisceaux de fibres, d'un système de canaux qui constitue les vaisseaux et espaces lymphatiques, enfin de cellules occupant ces lacunes et canaux lymphatiques ou parcourant ceux-ci. La cornée est tapissée sur ses deux faces d'un revêtement êpithélial, et cette membrane se continue latéralement avec la sclérotique (voy. fig. 37, p 111). Celle-ci présente dans ce point un tissu caverneux circonscrivant de larges espaces lymphatiques qui communiquent avec la chambre antérieure, mise ainsi, indirectement, en continuité avec le système lymphatique cornéen.

Les fibrilles et les faisceaux qu'elles forment, ne peu vent être mis en évidence qu'à l'aide de réactifs et de forts grossissements. Il importe de remarquer que les faisceaux affectent une disposition par couches super-

posées, montrant dans ce sens une cohésion beaucoup plus accusée que dans la direction perpendiculaire. De là, la structure lamellaire particulière de la cornée, s'accusant d'autant plus qu'il s'agit de points plus rapprochés de la face interne de cette membrane.

Le ciment cornêen est constitué par une masse homogène ayant pour effet de souder intimement les fibrilles et les faisceaux fibrillaires, de façon à constituer, dans le sens des faisceaux, une succession de couches parfaitement parallèles. Sur chacune des faces delà cornée, le ciment, par son accumulation, donne lieu à une membrane anhiste.

Le système des voies lymphatiques de la cornée siège dans la masse que forme le ciment réunissant les faisceaux fibrillaires disposés en lamelles, et se trouve en quelque sorte creusé dans ce ciment cornéen. Ce sont de nombreux espaces lenticulaires aplatis, communiquant entre eux par des prolongements ou canaux, qui, de même que ces espaces, suivent plus particulièrement les couches de ciment séparant les faisceaux. Cependant certains canalicules communiquent également avec les espaces et leurs prolongements occupant des lamelles voisines, de telle manière que nombre de prolongements prennent une direction plus ou moins angulaire, la cornée étant. ainsi traversée en tous sens par les canaux lymphatiques. Le ciment voisin des lacunes et de leurs embranchements montre bien une résistance plus grande que sur les points moins proches des espaces lymphatiques, mais sans donner lieu à des parois qu'on puisse isoler.

Quant au contenu de ce système canaliculaire, il se compose de lymphe ou de liquide nourricier, dont la

Masselon. Ophtalmologie. 1 1

pression toujours égale assure l'homogénéité et la transparence parfaite du tissu cornéen. On rencontre en outre dans les espaces lymphatiques des cellules, dont les unes sont fixes et représentent les éléments cellulaires propres de la cornée, et les autres mobiles pour constituer les éléments migrateurs. .

Les cellules propres de la cornée sont formées par des plaques qui garnissent les espaces lymphatiques et qui présentent un noyau enveloppé d'une masse de pro toplasma finement granulé, celle-ci étant entourée à son tour d'une zone limitante homogène.- Cette zone transparente doit être considérée comme une transformation du protoplasma, qui, après avoir envahi toute la cellule, s'y substitue et se confond avec la substance fondamen tale de la cornée. Ces cellules en plaques présentent des prolongements se portant dans les canalicules sous forme d'appendices très déliés ou d'ailettes qui quittent parfois a angle droit la cellule pour gagner les canalicules affectant cette direction. Ces appendices formés, comme la zone enveloppant le protoplasma, d'une masse homogène et transparente, donnent aux cellules les formes les plus variées et les plus bizarres.

Les cellules, ou corpuscules migrateurs, se distinguent des cellules fixes par un volume moindre et qui varie constamment ; en outre, elles offrent un éclat très accusé et présentent la propriété de se mouvoir.

Pour ce qui regarde le rôle et la relation de ces deux ordres de cellules, il résulte des idées émises par Waldeyer 1 que les cellules fixes en plaques forment un revêtement endothélial du système canaliculaire de

i Waldeyer. Cornée et sclérotique, anatomie iri Traité complet d'ophtalmologie par de Weckèr et Landolt. Paris, t. II, 1883.

la cornée. Les prolongements en plaques diaphanes de ces cellules seraient en voie de se transformer en substance propre de la cornée, alors que le protoplasma grumeleux qui enveloppe le noyau révélerait encore par sa contractilité sa provenance des cellules mobiles. Les corpuscules migrateurs, après s'être fixés et avoir subi une transformation graduelle de leur protoplasma en masse diaphane, passent d'abord à l'état de cellules endothéliales pour devenir enfin substance propre de la cornée, de façon à assurer le renouvellement du tissu cornéen.

La cornée est recouverte d'un épithélium formé d'une première rangée superficielle de cellules plates, reposant sur une couche moyenne de cellules dentelées ; celle-ci recouvre à son tour une dernière couche composée de cellules cylindriques en massue. Il existe donc trois rangées de cellules épithéliales au-dessous desquelles on rencontre une membrane anhiste qui forme la membrane basilaire antérieure ou de Bowman. Cette portion superficielle de la cornée ne pouvant être séparée des parties plus profondément situées, il en résulte que la désignation de membrane ne saurait, à proprement parler, lui être appliquée; Cette prétendue membrane n'est autre chose qu'une couche de ciment, munie de fibrilles, mais dépourvue d'espaces lymphatiques, cette couche se perdant insensiblement dans le tissu cornéen, dont elle se distingue par une réfringence un peu plus accusée.

La cornée est aussi limitée, du coté de la chambre antérieure, par une couche anhiste, d'une minime épaisseur et s'accusant par un reflet brillant. Cette bande* qui réfracte vivement la lumière, tranche sur les parties

voisines de la cornée et constitue une lame élastique, présentant la propriété de s'enrouler quand on la détache de la cornée. Ce détachement ne s'opère d'ailleurs qu'avec difficulté, attendu que cette lame, désignée sous le nom de membrane de Descemet, est constituée par une condensation du ciment. Cette membrane est garnie d'une unique rangée de cellules épithéliales que l'on peut envisager comme l'endothélium de la chambre antérieure, Ces cellules épithéliales sont applaties et présentent un noyau très distinct.

Des vaisseaux sanguins n'existent que sur la limite, les bords et la surface contiguë au bord cornéen; à aucune époque de la vie, il ne s'en rencontre dans le milieu de la substance propre de cette membrane. Pendant la vie foetale, les artères ciliaires antérieures fournissent un réseau sous-épithélial qui, couché immédiatement sous le revêtement épithélial, couvre toute la surface de cette membrane. Les vaisseaux qui le composent s'oblitèrent ultérieurement jusque vers la limite périphérique de la membrane. Dans ce point, l'anneau conjonctival, ils persistent ainsi pendant la vie et forment le réseau à anses vasculaires péricornéennes, constitué par de petits troncs artériels sousconjonctivaux ou épiscléraux qui s'avancent directement vers le bord cornéen pour se diviser dichotomiquement; là, ils forment, tournés vers la cornée, une série d'élégantes arcades pour passer ensuite dans un réseau bien ramifié de petites veines.

Pour ce qui regarde les nerfs de la cornée, de petits troncs nerveux au nombre de quarante h quarante-cinq (Saemisch) pénètrent dans la substance propre de la cornée par le bord de cette membrane. En ce point ils

anatomil: 185 sont encore pourvus de leur moelle,, mais ils ne tardent pas à s'en dépouiller et se répandent à l'état de cylindres d'axe qui se divisent en de très nombreuses fibrilles d'une ténuité extrême pour se rendre dans la substance propre et répithélium antérieur dont chaque cellule recevrait une terminaison nerveuse propre (Kùhne). Chez l'homme, ces troncs nerveux proviennent des nerfs ciliaires antérieurs et en réalité du cercle ciliaire, en sortant directement de la sclérotique dans la . cornée ; mais cette membrane reçoit aussi de la conjonctive des fibres nerveuses grêles et déjà privées de moelle.

Il n'existe pas, à proprement parler, au point de vue de l'histologie, une différence très sensible .en^re ,1a . cornée et la sclérotique ; on peut seulement constater que les fibrilles de la sclérotique prennent, en devenant tissir cornéen, un arrangement plus régulier, en même temps que les espaces lymphatiques montrent une disposition plus symétrique. Les fibrilles qui constituent la sclérotique sont réunies par une minime substance interfibrillaire pour former des faisceaux d'épaisseur variable. Ces faisceaux s'entrelacent dans les directions les plus variées parmi lesquelles celles en sens équatorial et méridional prédominent. Dans la sclérotique humaine, les cellules pigmentaires sont rares ; elles ne se rencontrent d'une façon plus régulière que près de l'entrée du nerf optique et à l'entour de la cornée dans les couches scléroticales profondes.

La couche de ciment qui recouvre antérieurement la cornée cesse avec elle par un bord effilé et aminci, en se décomposant en fibrilles qui se perdent dans la conjonctive, tandis que la couche épithéliale de celle-ci se continue sur la cornée.

La façon dont les parties profondes de la cornée passent dans la sclérotique mérite une attention toute parti culière. Cette région formant l'encoignure de la chambre antérieure, à laquelle viennent en outre concourir l'iris et le corps ciliaire, a reçu de Waldeyer le nom Sangle iridien (voy. fîg. 37, p. 111). Elle est occupée par un tissu caverneux particulier, formé de trabécules élas tiques, arrondies et aplaties.

Ce tissu trabéculaire élastique reçoit quelques-uns de ses éléments de la racine de l'iris qui, en perdant son pigment, n'entre que pour une part relativement minime dans sa constitution, tandis que les tendons élastiques du muscle ciliaire et son tissu cellulaire y contribuent largement. La membrane de Descemet, en se dissociant vers la périphérie en plaques et fibres élastiques, entre aussi dans la formation de ce réseau trabéculaire. Une certaine quantité de fibres sont encore envoyées par les parties juxtaposées de la cornée. Enfin des fibres de la sclérotique sont aussi en continuation directe avec ce réseau.

Du côté de la chambre antérieure ce tissu trabéculaire donne lieu à d'assez vastes espaces qu'on a confondus avec un canal, le canal de Fontana. En réalité, il n'existe pas autre chose que des mailles plus larges, cloisonnées par des trabécules se perdant dans la membrane de Descemet (ligament pectiné) . Au voisinage de la surface externe de la sclérotique, ce même tissu caverneux constitue des espaces dont la réunion peut donner lieu à un véritable canal, le canal de Schlemm, ou seulement à une rainure, la rainure de Schwalbe.

11 faut donc envisager les espaces de Fontana et le canal de Schlemm comme une série de lacunes contigues,

dirigées les unes vers la chambre antérieure, les autres du côté de la surface de la sclérotique, mais communiquant ensemble par le tissu trabéculaire intermédiaire.

L'épithèle de la membrane de Descemet, ou endothèle de la chambre antérieure, se propage en prenant la forme de plaques,- dans le tissu trabéculaire, et les canaux de Fontana et de Schlemm. Cet endothèle, en pénétrant ainsi dans les espaces lymphatiques de la cornée et de la sclérotique, qui sont la continuation du tissu trabéculaire de l'angle iridien, devient cellules cornéennes et scléroticales. Le canal de Schlemm communique aussi avec les veines scléroticales, en sorte que ce canal met en communication la chambre antérieure avec la circulation veineuse. L'existence d'un système valvulaire s'opposant à ce que le sang veineux ne se trouve refoulé dans le canal de Schlemm et la chambre antérieure, n'a pu être démontrée.

Après ce résumé succinct de l'anatomie de la cornée et de la sclérotique, nous passerons rapidement en revue les affections cornéennes nécessitant un traitement chirurgical ; mais auparavant nous devons dire quelques mots de Yinflammation de la cornée considérée d'une façon générale.

D'après Saemisch, l'inflammation de la cornée peut revêtir trois types différents. Ce sont : l'infiltration, Y abcès et Y ulcère.

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Cette forme est carâfttéïlisée par la pénétration djans le tissu coriieen de cellules lymphoïdes, mais sans qu'il en résulte d'autres altérations que la dissociation des éléments de la cornée rendue indispensable pour faire place aux cellules infiltrées. La conséquence de cette dissociation du tissu eornéen et de la présence des cellules infiltrées est un trouble dans la transparence de la partie envahie, mais ce trouble ne présente pas une rJéJiminaMojn nette. Les cellules lymphoïdes s'infiltrant suivant les voies naturelles qu'elles trouvent toutes préparées, on rencontre souvent, du moins au début, un dessin de stries ou de lignes entrecroisées et superposées tout à fait caractéristique. , rmgdo'I

Ce qui distingue nettement l'infiltration, c'est que, sauf la compression des éléments cornéens, ceux-ci ne subissent aucun changement morbide. 11 est vrai que la nutrition de ces éléments peut souffrir, par suite d'un entassement trop considérable de cellules immigrées, ou de la présence trop prolongée de ces cellules; en résulte alors que la cornée n'arrive pas à recouvrer sa transparence primitive. Mais l'infîltr,ation est aussi

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susceptible de disparaître sans laisser la moindre trace de son passage, et cela qu'elle ait atteint la totalité de la cornée, ou seulement une partie circonscrite, caractère qui la différencie essentiellement de l'abcès et de - l'ujcère c.Qrnéen, [£1 ,,, ;< > p.afulleo ?.eb le, gejlhdô aeb A part l'altération indélébile que peut laisser une infiltration trop abondante et trop prolongée, consécutivement à la compression exagérée des éléments cor-

néens, le trouble de transparence persistant peut encore être la conséquence d'une organisation des cellules infiltrées, d'une sclérose de la cornée, ce que révèle la fréquence d'une vascularisation de ces infiltrations.

L'étendue et le siège de l'infiltration sont variables, et il existe des infiltrations diffuses ou circonscrites, profondes ou superficielles. Plus l'infiltration siège dans les couches profondes et plus elle tend à devenir diffuse et à prendre les caractères d'une infiltration parenchymateuse. L'irritation est surtout marquée lorsque l'infiltration siège dans les couches superficielles, particulièrement riches en nerfs, et qu'elle tend à se circonscrire, de façon à comprimer par un entassement limité sur un point, les filets nerveux. Au contraire l'infiltration même considérable des couches profondes se montre plus ou moins indolore, comme on l'observe dans la kératite parenchymateuse.

Si l'infiltration présente une certaine bénignité, ni son siège ni son étendue ne permettent de prédire dans quelle mesure le mal pourra disparaître sans laisser de traces. Dans tous les cas on devra se souvenir que l'infiltration exclut de sa thérapeutique toute médication irritante.

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