EXTRACTION DU CRISTALLIN DANS LE STAPHYLOME
Dans le cas où on a affaire à une vaste perforation ne laissant qu'un étroit anneau de cornée intact, il faudra tout de suite songer au déplacement presque inévitable qu'aura subi le cristallin et au surcroît d'entrave à la filtration qui devra nécessairement en résulter. En conséquence, il sera indiqué de procéder à l'évacuation du cristallin par une section à lambeau, ou transversale exécutée dans l'iris occupant la perforation. Si on a renoncé à tout espoir de restituer quelque vision au malade et qu'on veuille simplement conserver la forme de l'œil, on pratiquera, en outre, l'ablation de la portion d'iris herniée ; mais lorsque la persistance d'une petite étendue périphérique delà cornée permettra de songer à la possibilité d'établir plus tard une pupille artificielle, après l'obtention d'une cicatrice plate, on se tiendra à la simple évacuation du cristallin. Bien entendu, ces opérations devront être pratiquées avec toutes les précautions que commande la méthode antiseptique.
4° ABLATION DU STAPHYLOME
Lorsqu'il s'agit d'un staphylome partiel déjà ancien, il ne faut pas s'attendre à une action directe des procédés ordinaires sur le volume du staphylomu L'iridectomie et la sclérotomie seront uniquement pratiquées dans le but de détendre préalablement la pression intra-oculaire, puis on aura recours à des opérations exécutées directement sur la distension staphylomateuse. Ainsi on pourra faire l'ablation du staphylome avec le trépan,
ou, comme Bader le pratique, en exciser une portion plus ou moins étendue et réunir la plaie cornéenne à l'aide de sutures, qui seront parfaitement supportées à la condition d'être tout d'abord désinfectées. Le tatouage, toute tendance staphylomateuse ayant disparu, viendra compléter l'opération en faisant disparaître la tache cicatricielle.
Le traitement du staphylome cicatriciel total réclame l'ablation complète des parties, ectatiques. Tandis qu'on laissait autrefois la large plaie qui résulte de cette ablation se cicatriser à ciel ouvert, on ferme constamment aujourd'hui la perte de substance en procédant comme nous l'indiquerons plus loin.
L'ablation du staphylome ne doit être pratiquée qu'autant que la distension staphylomateuse ne dépasse pas le bord cornéen et ne s'étend pas au segment antérieur de l'œil. Dans ce dernier cas, on s'exposerait, si on ouvrait largement l'œil, comme le réclame l'enlèvement d'un staphylome total, à de fortes hémorrhagies accompagnées de la perte du corps vitré et du détachement de la choroïde. Les distensions vasculaires que présentent ces yeux désorganisés par un accroissement très accusé de la pression intra-oculaire doivent engager à recourir à l'énucléation, ou mieux à l'exentération du globe de l'œil (voy. plus loin) qui aura l'avantage de fournir un moignon occupant en partie le creux de l'orbite et se prêtant plus heureusement à l'application d'un œil artificiel que ne le fait la concavité laissée par la capsule de Ténon après l'énucléation.
KÉRATOGONE
ARTICLE VI- - KÉRATOCONE
Le kératocône, ou déformation conique de la cornée, est la conséquence d'un défaut d'harmonie entre la résistance de la cornée et la pression intra-oculaire. Si on considère qu'à aucune période de l'affection on ne peut saisir une élévation sensible de la tension, ni dans aucun cas une excavation glaucomateuse delà papille, on sera amené à accuser surtout la cornée d'un manque de résistance, que rien n'autorise à regarder comme la conséquence d'un état inflammatoire. Cette affection, qui atteint principalement les jeunes gens, se développe ordinairement sur les deux yeux, et l'hérédité semble jouer sur son apparition un certain rôle.
Lorsque le kératocône a pris une certaine extension, la déformation cornéenne peut être reconnue à la simple inspection, surtout en examinant l'œil de profil. On constate que la pointe du cône, mousse, arrondie, occupe à peu près le centre de la cornée. A l'aide du miroir ophtalmoscopique plan, on reconnaît aussitôt la présence d'une ombre occupant le centre de la cornée et qui se déplace au moindre changement d'incidence des rayons. Ce caractère est d'une sensibilité extrême et permet de reconnaître les plus faibles distensions coniques de la cornée.
Si l'on pratique l'examen kératoscopique avec le disque de Placido, on ne constatera, outre l'aplatissement des cercles résultant d'un astigmatisme assez fréquent, qu'un rapetissement de l'image ; mais si on fait usage de notre astigmomètre, la déformation conique se
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révélera par une incurvation, à convexité intérieure, des côtés du carré, qui dans le cas d'astigmatisme surajouté, prendra la forme d'un rectangle, à côtés incurvés,
dès qu'on aura placé les bords de l'instrument dans la direction des méridiens principaux (fi g. 45).
y En explorant le fond de
l'œil à l'image renversée, - Examen kératoscopique 011 observe un rapetisse-
dans le kératocône.
ment de 1 image d autant plus accusé que le kératocône est plus développé et qu'on pratique l'examen à travers la partie la plus distendue de la cornée; mais si, par des déplacements latéraux de la loupe, on fait passer les rayons tantôt par les parties périphériques, tantôt par le sommet du cône, en même temps qu'on observe l'image de la papille, on verra celle-ci se rapetisser progressivement et s'agrandir de nouveau en passant par des ondulations tout à fait caractéristiques.
Lorsqu'on pratique l'éclairage oblique sur des yeux présentant un haut degré de distension conique, il est fréquent d'observer au sommet du cône une légère opa cité, dont la cause est vraisemblablement un simple dérangement des éléments anatomiques de la cornée.
Au début, les malades se plaignent uniquement d'un trouble visuel, ils deviennent myopes ; mais en même temps l'acuité visuelle faiblit par suite de l'irrégularité de refraction engendrée par la déformation cornéenne. A un plus haut degré de développement du mal, et sans qu'on obtienne une amélioration quelque peu sensible avec de forts verres concaves comme le ferait penser
KÈRATOCONE. TRAITEMENT 227
l'extrême myopie constatée à l'ophtalmoscope , on observe que l'amblyopie sjaccuse de plus en plus ; les objets montrent des contours irréguliers et paraissent doubles ou triples.
Le kératocône se développe, en général, insensiblement et peut, à tous les degrés de son évolution, devenir stationnaire. Il est rare que, après s'être arrêté un temps un peu prolongé, le mal reprenne de nouveau sa marche £n avant. D'autres fois la distension cornéenne ne devient fixe que lorsqu'elle a pris un développement considérable ; mais en aucun cas on n'a observé une rupture spontanée d'un kératocône.
TRAITEMENT
La conduite à tenir dans un cas de kératocône doit être essentiellement variable suivant que l'affection est stationnaire ou qu'elle progresse, et suivant que les moyens optiques, dont nous disposons actuellement, permettent, ou non, une amélioration sensible de la vue. C'est dans le dernier cas seulement qu'il pourra être indiqué d'agir par une opération sur la cornée même. Si par des verres appropriés nous obtenons une vision satisfaisante, dans un cas où cependant l'affection n'a pas cessé de progresser, nous devons nous adresser uniquement aux moyens propres à diminuer la pression intra-oculaire, à la sclérotomie et aux myotiques. Une iridectomie ne pourrait être pratiquée que si on s'était préalablement assuré que l'élargissement de la pupille favorisera une meilleure vision, ainsi que nous l'indiquerons plus loin.
CORNEE ET SCLEROTIQUE