LECTURE D'UN BILAN
Pour être instructive, la lecture d'un bilan devra toujours être faite à Vaide de la balance qui a servi à Vétablir, celle-ci, seule, pouvant indiquer la raison d*être des soldes. On comprendra alors les opérations et on les interprétera à leur juste valeur. Sinon, on pourra tirer du bilan des déductions souvent fausses et porter un jugement absolument contraire à celui qui devrait exister sur des faits cependant précis et déterminés.
En outre, le compte Résultats devra également toujours accompagner le bilan, car seul il permettra de se rendre un compte exact de tous les bénéfices réalisés «t de toutes les pertes subies pendant une période déterminée.
Il est nécessaire qu'un bilan soit clair, c'est-à-dire que , le nom d'un compte étant donné, ce nom définisse d'une façon précise, les opérations portées à ce compte : ainsi les comptes Caisse, Clients, indiquent d'une façon parfaite la composition de ces comptes. Il n'en est pas toujours ainsi, car on trouve trop fréquemment des comptes intitulés : Comptes divers, Comptes d'ordre, etc., qui souvent, ne donnent aucun renseignement sur les éléments qui les composent.
Il est utile dans chaque maison d'uniformiser les bilans, c'est-à-dire de les présenter de la même façon à la fin de chaque exercice. La comparaison en sera, dès lors, facilitée, et permettra de se faire une opinion précise sur la valeur de cette maison. En comparant, en efifet, plusieurs bilans successifs, on peut se rendre compte, rapidement, de la prospérité ou de la décadence d'une entreprise. La loi, en France, ne détermine aucune forme à donner aux bilans, contrairement à ce qui se passe en Russie.
Un bilan doit aussi être exact, c'est-à-dire que les soldes qui y figurent doivent être les mêmes que les soldes des différents comptes de la balance et, par conséquent, correspondre avec ceux du grand livre général, ce qui ne se produit pas toujours.
Bilan récapitulatif à la fin du mois de juin 1921
ACTIF
PASSIF 1
ÎË \ r^yer d'avance . 2 . 000
Capital
ê[Malériel, mobilier 6.800
2 \ Fournisseurs . 8.118 50
2 jl'l Banquier . . 66.493
Q / Loyeràpay^r. 1.000
2 [Caisse. ... 15 2:^5
-il Bordeaux. . 2.285 t) Bourgogne . 10.510
^{Clients
"S; Pertes des 2 mois. .
Résultats récapitulatifs à la fin du mois de juin 1921.
DEBIT
Alîranchissements
et léicphone. . . 125
Assurances. ... 60
Bureau 180
Déplacements divers . . 55
Entretien du cheval . . 200
Loyer l.œo
Prélèvements. . . 1.000
Pertes et Profits
accidentels . . . 150
Pertes sur raarctiandises 45
TraitemcHts . . . 2.400
Transports et octrois. . 295
CREDIT
Escomptes et rabais. 24180
Intérêts et agios . . 16
Ventes Bordeaux. . 1.693 20
Ventes Bourgogne . 1.611 50
Pertes nettes,
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Dans un bilan, on distingue l'actif réel et l'actif fictif; le passif réel et le passif fictif.
On appelle actif réel, Tensemble de toutes les valeurs réellement possédées par la maison de commerce.
Dans le bilan établi précédemment et reproduit cidessus, Tactif réel comprendra :
Les valeurs immobilisées 8.800
Les valeurs disponibles 8L728
Les valeurs engagées 12.795
Les comptes des tiers 3.848
Soit un total de 107.171
L'actif fictif, au contraire, se trouvera constitué par les pertes. Celles-ci se montent à 1.947 50
Le passif réel comprendra toutes les dettes dues aux tiers, dont le montant est de 9.118,50. Cette somme de 9.118,50 doit être remboursée à une échéance plus ou moins éloignée.
Le passif fictif représente ce que l'entreprise doit à son fondateur, c'est le capital qui y est engagé et auquel on ajoute toutes les réserves. Celles-ci ne sont remboursées, en général, qu'au moment de la liquidation.
La valeur d'une entreprise est égale à la valeur de l'actif réel, diminué du passif réel.
Actif réel 107.171 »
Passif réel 9.118 50
La valeur de cette entreprise est égale à 98.052 50
Nous trouverons encore cette valeur de la façon suivante :
Le capital versé est de lOO.OOO »
Les pertes ou actif fictif de 1.947 50
Valeur réelle ; . . 98.052 50
11 faudrait, en outre, dans l'appréciation de la valeur d'une entreprise, tenir compte d'autres éléments. Il serait nécessaire de passer en revue tous les comptes de l'actif et de déterminer leur véritable valeur, comme nous allons l'indiquer ci-après :
Valeurs immobilisées. — Ces valeurs sont de deux sortes : les unes, sujettes à être amorties (matériel, mobilier, constructions, etc.), doivent disparaître dans un
temps plus ou moins éloigné; les autres ne subissent aucune modification si la cause qui les a produites ne subit elle-même aucun changement; ce sont les cautionnements, loyers d'avance, etc.
Dans le premier cas, il est nécessaire de connaître, pour les valeurs sujettes à usure, si les amortissements ont été faits d'une façon régulière et portés en compte chaque mois ou à la fin de chaque année.
Deux procédés sont employés pour comptabiliser les amortissements.
Dans le premier, on débite le compte Pertes et Profits par le crédit du compte sujet à amortissement : Matériel, Mobilier, etc. Celui-ci diminue chaque année d'une certaine valeur jusqu'au moment où il disparaît complètement.
Dans le second cas, on débite toujours le compte Pertes et Profits, par le crédit d'un compte : Amortissements. Ce compte figure au passif du bilan et s'augmente chaque annép du montant de l'amortissement nouveau. Lorsque la valeur est complètement amortie, les deux comptes : Valeurs immobilisées et Amortissements figurent pour la même somme. Pour faire disparaître ces deux comptes, on les solde l'un par l'autre, au moyen de l'écriture :
Amortissements
à Valeurs immobilisées.
Ce deuxième procédé est préférable au premier, parce que, pendant tout le temps que le Compte de valeur figure au bilan, on connaît son prix d'achat ou prix initial. Sa valeur à une époque déterminée est donc égale à cette valeur initiale, diminuée du montant de l'amortissement.
Valeurs disponibles. -- Il y aurait lieu de déterminer tout au moins pour certaines d'entre elles, quelles peuvent être leur véritable importance. Les sommes en caisse et en banque sont faciles à évaluer, mais il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de connaître la valeur du Portefeuille effets ou du Portefeuille titres, lorsqu'il en existe. Les effets de commerce seront-ils tous payés à leur échéance? Les titres, représentés par des valeurs mobilières : actions ou obligations, auront-ils une valeur plus grande ou plus petite par suite des fluctuations du marché? Il faut se rendre compte des différences de cours qui peuvent exister si l'on veut avoir des renseignements précis.
Valeurs engagées. — Ce groupe de compte est principalement représenté par les marchandises. Dans l'état actuel de la comptabilité, nous savons que le compte de Marchandises, étant débité au prix d'achat et crédité au prix de vente, ne peut donner aucun renseignement précis sans l'établissement d'un inventaire des marchandises. Or, à quel prix sont inventoriées ces marchandises? Est-ce au prix d'achat, au prix de vente, au cours du jour, à un prix moyen ou à un prix arbitraire quelconque? Suivant la manière d'opérer, il peut en résulter des écarts considérables; on fait ainsi apparaître des bénéfices ou des pertes à volonté et qui n'ont d'autre résultat que de fausser les bilans. Pour cette raison encore, il serait nécessaire d'or^ ganiser toujours les comptabilités de manière à établir, dans toutes les circonstances, la permanence de l'inventaire. C'est le seul procédé permettant de se rendre compte des opérations faites et donnant des renseignements précis.
Il serait facile, en cas de hausse ou de baisse des marchandises, de les laisser figurer toujours pour leur prix réel d'achat, mais en même temps, on pourrait créer des comptes de réserve à l'actif et au passif et indiquer les différences qui existent entre le prix d'achat et le cours. On pourrait se rendre compte facilement du résultat qui en découlerait dans l'avenir et, par conséquent, ne pas rester à la merci d'événements que l'on n'a pas su prévoir.
Compte des tiers. — Il faudrait également connaître la composition des comptes particuliers, déterminer* si les créances que l'on possède sont sûres et si elles ne sont pas formées, pour une partie plus ou moins importante, par des sommes irrécouvrables.
Situation financière
^ Pour apprécier la situation financière d'une entreprise à l'aide de son bilan, il faut déterminer, d'une part, quelles sont les ressources que cette entreprise possède à son actif, et, d'autre part, quelles sont ses dettes, ensuite, rechercher si ses disponibilités sont suffisantes et dans quelles proportions.
Le bilan établi précédemment, nous permet de faire les constatations suivantes :
Nos dettes s'élèvent, au passif, à un total de 9.118 fr. 50 et peuvent s'échelonner sur une période de trois mois, les
fournisseurs vendant généralement leurs marchandises payables à 90 jours. Pour faire face à ces dettes, nous trouvons, à l'actif, les valeurs suivantes :
Caisse et banque 81.728
somme suffisante dans ce cas.
Si les dettes étaient supérieures, nous aurions encore pour y faire face, les sommes dues par les clients et payables dans un délai maximum de trois mois 8.848
Enfin, nous pourrions encore avoir à notre disposition la valeur des marchandises 12.795
Ce qui formerait un total de 98.371
Si le montant de nos dettes était inférieur à cette somme, notre situation financière serait bonne car nous pourrions faire face à toutes les demandes de nos créanciers. Si nos dettes se rapprochaient de 98.371, notre situation pourrait être mauvaise, car il suffirait parfois du non paiement d'un client, à une échéance, pour nous mettre dans une situation difficile. Enfin, si nos dettes étaient supérieures à cette somme, la situation pourrait être mauvaise. Elle pourrait même se terminer par la cessation des paiements, c'est-à-dire par la mise en faillite ou en liquidation, de l'entreprise.
Les bilans des Sociétés se liront de la même façon et n'offriront pas de plus grandes difficultés. Il y aurait toutefois à se demander quelles pourraient être les dettes à longue ou courte échéance. Il y aurait lieu ensuite de déterminer la valeur d'une action : action financière ou action de liquidation. La valeur financière d'une action est égale à la différence entre l'actif réel total et le passif réel total divisée par le nombre des actions.
Dans l'exemple indiqué précédemment, l'actif réel est
de 107.171 »
le passif réel de 9.118 50
la différence de 98,052 50
représenterait la valeur totale de toutes les actions.
Si l'on possédait 100 titres de 1.000 fr. chacun, en divisant par 100 la somme de 98.052 fr. 50, la valeur d'un titre serait de 980 fr. 525, somme inférieure à 1.000 fr. et qui s'explique facilement puisque nous avons constaté une perte de 1.947 fr. 50 pour 100 titres, soit 19 fr. 475 par titre,
Or, la valeur d'une action de 1,€00
diminuée de la perte subie 19 475
laisse bien une somme de 930 525
par action.
La valeur de liquidation d'une action se déterminerait de la même façon, après avoir fait un inventaire complet de toutes les immobilisations et avoir ramené celles-ci à leur véritable valeur.