CHAP. II, DE LA CROYANCE. SECT. I, INDUCTION
mais une simple croyance. Je sais que le soleil brille en ce moment; je sais queje l’ai vu accomplir une révolution à laquelle a succédé la révolution présente. J’appelle celle-ci aujourd’hui ; je donne à la précédente le nom (Chier; j’en attends une autre queje nomme demain. Je crois qu’elle se fera , mais je ne le sais pas. Le présen t et le passé dont j’ai été témoin sont seuls un objet de science , de connaissance , en prenant ces mots dans leur rigoureuse acception;le futur et le passé qui n’ont pas été soumis à mon observation ne sont que des objets de croyance . Croire n’est pas connaître ou savoir.
Avant d’insister davantage sur les différences de 1 induction et des facultés précédentes, nous allons éclaircir ce fait nouveau par quelques exemples.
§ II. — Données de l’indue lion.
i°. Croyance à la stabilité.
Qu’un très - jeune enfant se soit brûle le doigt à une lumière, il refusera d’y porter la main de nouveau. Il croit que cette lumière brûle encore, et cependant il ne perçoit pas présentement la chaleur ; sa croyance va plus loin que sa perception.
Qu’il dépose ses jouets et les quitte de vue , il ne les croit pas anéantis, et pense qu’il les retrouvera au retour.
C’est en vertu de X induction , qu’à l’aspect des étendues de couleur nous jugeons si rapidement qu’il y a devant nous des étendues tangibles que nous y avons trouvées associées. Nous ne touchons point tous les passans , ni toutes les maisons d’une ville , et cependant nous croyons qu’il y a là autre chose que des illusions d’optique.
Si cette croyance nous manquait, nous n’oserions marcher sur le plancher que nous avons foulé hier, ni prendre les alimens et les breuvages dont nous nous sommes déjà nourris.
Cette croyance enfin est celle qui préside aux plus
y O LIVRE I, DE LINTELLIGENCE.
minces trafics, comme aux plus vastes entreprises de l’industrie.
Elle s’applique aux données de l’expérience interne comme à celles de la perception matérielle. Ainsi nous avons éprouvé que l’attention aide et fortifie la mémoire, nous croyons que demain nous aurons encore de la mémoire et de l’attention , et que leur alliance subsistera.
Tous les exemples que nous avons donnés jusqu’ici peuvent se résumer en ces mots : Ce qui est sera , et a été. C’est une croyance à la stabilité des phénomènes que nous atteste la conscience ou la perception matérielle , mais ce n’est point une certitude.
2°. Croyance à la généralité.
Nous ne nous bornons pas seulement à croire à la stabilité des phénomènes , nous croyons encore à leur généralité. Nous avons trouvé le bois compressible ; nous croyons que demain il le sera encore; mais nous croyons de plus que l’eau pourrait bien l’être aussi. L’électricité donne des étincelles : Franklin croit quelle en donnera à la seconde expérience comme à la première ; mais il croit de plus que les étincelles des nuages pourraient bien provenir de l’électricité. Nous croyons donc , d’une part , qu’une qualité trouvée dans un objet y persistera, de l’autre, que cette qualité se retrouvera dans les objets qui ont avec le premier quelque autre ressemblance. Dans le premier cas, il y a croyance à la stabilité, dans le second , croyance à la généralité du phénomène.
On dit aussi qu’il y a d’un côté jugement par induction proprement dite, de l’autre jugement par analogie. Plus l’objet nouveau offre de rapports avec celui qu’on a exploré , plus le jugement par analogie se rapproche de l’induction proprement dite.
Le jugement par analogie ou la croyance à la généralité des phénomènes nous égare souvent , mais il est aussi