‹ Précis d'un cours de psychologieChapitre 13 sur 72 · CH. II, DE LA CROYANCE. SECT. II, FOI · texte numérisé non relu

CH. II, DE LA CROYANCE. SECT. II, FOI

SECTION II

De la Foi.

§ Ier. — Explication du mot foi.

On comprend ordinairement sous le mot foi deux phénomènes différens.

i°. Croire qu’un autre est notre semblable, et qu’il voit les- choses comme nous les aurions vues à sa place, et | comme il dit les avoir vues.

2°. Croire qu’il nous est supérieur, et qu’il voit mieux ! les choses que nous ne les voyons.

Nous appellerons le premier phénomène foi au témoignage, et le second foi à V autorité. La simple foi au témoignage nous paraît rentrer dans l’ induction ; la foi à la supériorité d’autrui, ou la foi à V autorité, nous paraît seule un élément distinct. Les exemples que nous donnerons dans le paragraphe suivant feront mieux comprendre notre pensée.

§ II. — De la Foi à l'autorité dans les différens âges de l’individu.

Dans X enfance, il n’y a pas à proprement parler foi au témoignage , mais foi a V autorité, c’est-à-dire à la supériorité d’autrui. Et cette foi est un élément spécial sui generis , qui ne s’explique pas autrement que par lui-même.

Nous allons montrer une partie des raisonnemens d’induction qui constituent la foi au témoignage et à l’autorité chez Xhomme fait ; on reconnaîtra qu’ils ne sont pas à la portée de l’enfance.

C’est par des jugemens d’analogie que l’homme attribue à des corps semblables aux siens urne intelligence semblable à la sienne. Il sait que quand aucun intérêt ne le pousse au mensonge il est naturellement porté à dire la vérité; c est ce que le docteur Ileid a désigné sous le nom dé ins*

y 4 LIVRE I, DE L’iNTELLIGENCE.

tinctde véracité , instinct sans lequel la foi au témoignage serait impossible, car 1* induction manquerait de base. Mais l’homme sait aussi que souvent il apprécie ou décrit mal les objets. L’ind uction lui fait transporter à ses semblables son instinct de véracité, mais aussi ses fraudes et ses erreurs.

Il examine, toujours par des analogies, si le témoin qui lui parle peut être trompeur ou trompé, et c’est en vertu de cet examen qu’il accorde ou refuse sa foi.

Telles sont les règles qui composent même l’examen du témoignage en justice , et ce qu’on appelle la critique historique; et, comme on voit, elles ne dépassent en rien Y induction.

Lorsqu’au lieu d’admettre sur parole l’existence d’un fait contingent, nous admettons une proposition scientifique, que nous ne voulons ou ne pouvons nous-mêmes vérifier, nous nous appuyons encore dans l’âge mûr sur l’induction. Nous pensons que ceux qui ont fait d’un sujet la méditation de toute leur vie doivent mieux le connaître que nous- mêmes, et nous recevons leur autorité si d’ailleurs nous ne voyons chez eux aucune cause de mensonge ou d’erreur.G’est en vertu d’une semblable induction que, dans le cas où nous examinons une question par nos propres lumières, nous aimons encore à nous appuyer sur l’autorité des grands noms.

La foi a V autorité , ou à la supériorité d’autrui en matière scientifique, est donc encore fondée sur 1 induction dans 1 âge mûr .

Or, peut-on supposer que tous ces raisonnemens soient à l’usage de X enfance? C’est l’âge où I on admet le plus de faits et de vérités sur la parole d’autrui, et c’est l’âge où le raisonnement est le plus faible, et où l’expérience sur laquelle s’appuie l’induction a reçu le moins de développement.

La foi est donc instinctive et non raisonnée chez l’en-

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fànt, elle est un fait intellectuel d’une nature toute spéciale.

, Il n’est pas une proposition dont on ne puisse faire admettre la vérité par un enfant, quand on lui parle d’un air sérieux. Il n’est pas une de ses croyances ni même une de ses connaissances qu’il ne soit prêt à regarder comme fausse sur X autorité d’autrui.

C’est qu’en effet pour l’enfant toute parole est autorité , et non simple témoignage. Il croit naturellement à la supériorité de ce qui l’entoure.

Il n’admet pas le témoignage de celui qui lui parle comme le témoignage de son semblable, et pour les raisons que nous avons analysées chez l’homme fait, mais comme le témoignage cVun supérieur. Il n’y a pour lui que foi à ï autorité.

C’est cette foi qui rend l’éducation possible. Oportet discentem credere. L’enfance manque de tous les moyens qui nous servent plus tard à rejeter le témoignage; elle manque aussi de toutes les raisons d’analogie qui nous le font admettre dans l’âge mur; elle serait donc incapable de se décider entre la croyance et l’incrédulité si elle n’était portée naturellement à la première, c’est-à-dire si la première n’était pas chez elle un principe naturel , existant par lui-même, ne s’appuyant sur aucun autre.

Dans la jeunesse la foi cl V autorité est encore bien puissante. Tel croit conquérir son indépendance, qui ne fait que changer de maître. Cependant l’expérience commence à s’étendre, et X induction avec elle. On s’est aperçu que l’homme est souvent ou trompeur ou trompé. Il y a combat entre l’instinct de foi et les raisonnemens d’analogie.

Dans l’âge mur, comme nous l’avons dit, la foi au témoignage et à l 'autorité est le plus souvent le fruit de X induction ; cependant elle se montre encore de temps en temps instinctive et non raisonnée. N’est-ce pas en vertu de cette croyance instinctive a la supériorité cV autrui que tout

y a LIVRE I, DE LINTELLIGENCE.

homme inconnu nous impose, quand son infériorité à notre égard ne nous est pas indiquée par quelque marque extérieure? N’est-ce pas encore en vertu d’une foi non raisonnée que l’opinion de l’immense majorité des hommes nous paraît supérieure à nos propres lumières, et nous semble contenir vérité ? Ceux qui ne voient pas comme la masse sont appelés fous ou infirmes , et les grands hommes qui la devancent ne reçoivent d’elle le titre de sages ou de forts que quand elle a pu les rejoindre.

De la vient le prosélytisme ; chaque homme est bien aise que la majorité pense comme lui : on ne se repose en paix dans son opinion que quand on la voit partagée par le grand nombre. Aussi remarquons-nous que chacun prétend avoir la majorité de son côté. La foi à la providence peut confirmer la foi au témoignage général; mais elle ne la fait pas naître, et nous pensons que l’homme même qui nie toute liberté et toute vue providentielle dans la cause NON-Moi, est ébranlé comme les autres par par X autorité du témoignage général. Les hommes qui sont arrivés à se former les opinions les plus extraordinaires se flattent qu’en secret l’espèce humaine pense comme eux, ou que c’est l’inattention seule qui l’empêche d’adopter leur avis ; mais nul ne songe à regarder l'intelligence de la masse comme infectée d’un vice originel qui l’empêche de saisir la vérité. Nous pensons qu’on ne peut donner de ce fait d’autre explication que luimême.

La foi est , comme X induction , un fait instantané dans l’esprit : la volonté n’a pas le temps d’y intervenir.

Deux remarques importantes nous restent à faire, e est i° que cette croyance à la vérité du témoignage générai n’est pas une certitude.

2°. Qu’elle est instinctive, non raisonnée, et ne peut se rétablir par le raisonnement dans l’esprit qui la re jette.

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