CHAPITRE QUATRIÈME
COMPOSITION ET DECOMPOSITION DES OBJETS DE NOS CONNAISSANCES ET DE NOS CROYANCES.
SECTION PREMIÈRE
Du Jugement.
§ Ier. — Des Notions premières ou des jugemens primitifs.
Toute notion contient un jugement.
Chacune des facultés dont nous nous sommes occupés jusqu’ici nous fait saisir plusieurs objets à la fois , et la plupart du temps toutes ces facultés s’exercent ensemble. JNcius ne connaissons donc pas les objets l’un après l’autre, ayant plus tard à découvrir s’ils se ressemblent ou s’ils diffèrent; mais nous en connaissons plusieurs en même temps , nous les voyons sur - le - champ distincts l’un de l’autre, et ayant des rapports de ressemblance ou de différence, de temps et de lieu, de cause et d’effet. Saisir des rapports est ce qu’on appelle juger ; il y a donc jugement dès le premier pas de l’intelligence. Quand il n’y aurait dans un acte de connaissance que la distinction du moi et du non -moi, il y aurait déjà jugement. Le jugement rapproche ou sépare les objets ; c’est ce qu’on appelle composer ou décomposer les connaissances , ou plutôt les objets des connaissances. Il y a donc composition ou décomposition dans tout acte intellectuel.
Comme tout jugement contient au moins deux élémens, on peut, par la pensée, considérer ces deux élémens à part et les distinguer du jugement sous le nom d'idée
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ou (le notion simple ; mais il faut bien remarquer que ces deux éléinens sont inséparables dans l'acte intellectuel, et ne pas croire qu’il y ait une faculté qui donne d’abord les notions ou les idées, et une autre faculté qui ensuite les juge ou en saisit les rapports.
L’ancienne philosophie regardait l’acquisition de l’idée simple comme un acte antérieur au jugement ; mais il serait impossible de citer une idée qui n’impliquât pas un rapport, et qui ne fût, par conséquent, le produit d’un jugement.
La logique ancienne se contredisait elle-même sur ce point, puisqu’elle distinguait des idées singulières, particulières, générales, compréhensives et collectives. Si une idée possède ainsi des degrés divers de composition , que reste-t-il à faire au jugement ?
Aussi la philosophie ancienne n’a- 1- elle jamais pu donner une définition du jugement qui ne convint en même temps à Y idée.
§ II. — Des Notions secondes ou des jugemens ultéx’ieurs.
Cependant si nos premières connaissances contiennent déjà des jugemens, elles n’embrassent pas tousceux qu’il est possible de faire.Les objets de nos premières connaissances n’étant ni simples ni complets, il no u s restera à les décomposer et à les composer encore, c’est-à-dire à faire de nouveaux jugemens; mais ces jugemens nouveaux n’auront rien qui les distingue des premiers, si ce n’est qu’ils seront postérieurs. Du reste, ce seront toujours des actes de conscience, de perception matérielle, de raison intuitive, d’induction et de foi. Si les notions premières sont déjà des jugemens, les seconds jugemens ne seront que des notions postérieures. Il est inutile de faire remarquer que l’intervention delà mémoireest nécessaire pour l’existence de ces seconds jugemens.
Nous avons plusieurs manières de composer et de décomposer les objets de notre connaissance.