CH. IV, CO MP. ET DÉCOMP. SECT. I, JUGEMENT
Les objets qui sont adhérens les uns aux autres dans l’espace forment ce qu’on appelle un continu , tel, par exemple, que notre corps.
Les objets distincts, c’est-à-dire non continus, qui offrent un rapport de ressemblance, forment ce qu’on appelle une classe , exemple : les arbres.
Les objets qui existent au même point de l’espace et du temps, et qui sont impliques les uns dans les autres, forment ce qu'on appelle un complexe , comme, par exemple, les facultés de l ame , les qualités d’un même corps.
Les faits qui sont unis les uns aux autres par rapport de cause et d’effet forment aussi un composé qui n’a pas reçu de nom spécial , mais qu’on pourrait peut-être appeler également un complexe.
Nous ne connaissons pas primitivement toute l’étendue d’un corps, ni toutes les ressemblances des objets, ni tous les élémens d’un complexe ; nous aurons donc à composer davantage l’objet de notre connaissance, c’est-àdire à reconnaître des continus plus grands, des classes plus générales , des complexes plus abondans.
D’une autre part notre connaissance primitive ne se borne pas à une étendue indivisible, à une espèce indécomposable, à une seule qualité d’un concret. Nous aurons donc plus tard à décomposer l’objet de notre connaissance, c’est-à-dire à diviser des étendues, à distinguer des espèces , à abstraire des élémens.
D’une part union, classification, complication, et de l’autre division, distinction, abstraction, telles sont les compositions et décompositions qui nous resteront à faire.
Le produit de la complication a reçu le nom de notion complexe ou idée compréhensive ; le produit de la classification a été appelé notion générale expérimentale, ou idée extensive . Nous parlerons plus loin de deux autres genres
yo LIVRE I, DE LINTELLIGENCE,
d’idées générales. Le produit de l’union n’a pas reçu de nom particulier.
De même on donne le nom étirée abstraite au produit de l’abstraction , et le nom d’idée distincte au produit de la distinction ; mais on n’a pas donné de nom particulier au produit de la division.
Les plus importantes de ces notions ou idées sont l’idée complexe ou compréhensive, l’idée générale ou extensive et lidée abstraite. Nous nous en occuperons successivement.
§ III. — De la Notion complexe , et de la Notion générale collective, ou de la Compréhension et de l’Extension de l’idée.
La formation d’un complexe détermine ce que les logiciens appelaient la compréhension de Vidée . Selon qu'un objet a plus ou moins d’élémens impliqués les uns dans les autres, c’est-à-dire existant au même point de l’espace et du temps, l’idée est plus ou moins compréhensive.
La formation d’une classe détermine ce qu’on appelait l 'extension de Vidée. Plus le genre contient d’espèces , ou plus l’espèce contient d individus, plus l’idée est extensive.
A mesure qu’on augmente le nombre des individus entre lesquels on veut trouver une ressemblance, on doit diminuer de plus en plus le nombre des qualités sur lesquelles se fondera le rapport. En conséquence, plus l’extension de l idée s’accroît, plus décroît la compréhension, et réciproquement.
Les idées telles que César, Alexandre, etc., ont le moins d’extension possible, puisqu’elles ne s’étendent qu’à un seul individu; mais elles ont le plus haut degré de compréhension, parce qu elles expriment tous les élémens impliqués dans l’individu quelles représentent : on les nomme idées singulières.