CH. IV, COMP. ET DÉCOMP. SECT. IIÏ, METHODE
Ainsi un traité d’histoire naturelle contient une analyse; un traité de géométrie contient une synthèse.
Mais il ne faut pas croire que chacune de ces méthodes marche seule de son côté, et ne s’appuie en rien sur l’autre. Les deux méthodes se prêtent un mutuel secours, et presque toujours s’unissent dans notre esprit.
§ III. — Point de méthode exclusive d’invention ou de découverte.
Pour former une classe d’histoire naturelle , on envisage à part une seule des qualités que présentent les objets. L’abstraction précède donc ici la classification ; il y a à la fois décomposition et composition, analyse et synthèse.
Après avoir rapproché certains objets par une qualité, ce qui les distingue d’abord des objets qui ne Font pas, et formé une composition et une décomposition tout ensemble , le naturaliste les distingue bientôt entre eux par une autre qualité qui ne leur est pas commune , ce qui fait succéder l’analyse à la synthèse.
Il établit ainsi une série de classes qui rentrent les unes dans les autres. Chaque classe est dite genre par rapport aux classes qu elle contient , et espèce par rapport à la classe dans laquelle elle est contenue. Elle est donc à la fois un degré de synthèse et d’analyse. De même , quand le géomètre a composé le triangle par la synthèse de trois droites , il s’arrête et distingue tous les genres de triangles , et il emploie ici l’analyse ; il ne passe qu’en suite à de plus hautes synthèses qui seront interrompues par des analyses nouvelles.
§ IV. — Point de méthode exclusive d’enseignement.
L’analyse et la synthèse se prêtent un mutuel appui pour construire une science, et leur concours est encore nécessaire pour l’enseigner.
Si le professeur de chimie décompose plusieurs corps
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connus de ses élèves , il en compose plusieurs qui sont nouveaux pour eux. Il emploie donc successivement l’analyse et la synthèse. Rien ne l’empêcherait même de montrer d’abord les élémens simples à ses spectateurs, et de recomposer ensuite à leurs yeux tous les corps de la nature. Il ne faut donc pas dire que l’analyse soit l’instrument exclusif de l’enseignement de la chimie.
On a dit aussi que la synthèse était l’instrument exclusif de l’enseignement de la géométrie. Nous avons vu que cette science présente dans sa constrution des momens d’analyse , elle doit donc les reproduire dans son enseignement. Mais de plus Pestalozzi a montré que le point de départ dans l’enseignement de la géométrie pouvait être moins simple qu’il ne l’est ordinairement. Pour se faire mieux comprendre des enfans,il partait par exemple de la pyramide et la décomposait en triangle, angle, plan, ligne et point. Il reprenait ensuite d'autres synthèses qu’il décomposait de nouveau.
Ce n’est donc qu’en considérant les deux extrêmes d’une science, savoir le point de départ et le point d’arrivée, qu’on peut l’appeler analytique ou synthétique. Si le connu d’où l’on est parti est plus composé que le connu auquel on arrive , comme en histoire naturelle , la science peut être dite analytique , bien quelle contienne des synthèses ; si c’est le contraire , comme en géométrie , la science peut être dite synthétique , bien qu elle contienne des analyses.
§ V. — Histoire des débats philosophiques sur l’analyse et la synthèse.
Au xvne siècle, l’enseignement se composait des langues anciennes et des mathématiques ; d’après ce que npus venons de dire, il était naturel que la synthèse fût proclamée la méthode d’enseignement.
Au xvme siècle , la physique prit un grand accroissement , l’histoire naturelle et la chimie furent créées.
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