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CHAPITRE SECOND

PHILOSOPHIE ANTIQUE. DEPUIS THAI.ÈS JUSQu’a PROCLUS-

§ Ier. — École d’Ionie. Sensualisme.

S’élever à des synthèses où tout se confond, se plonger dans des analyses où tout se réduit en poussière, et entre ces deux extrêmes se placer à des échelons différens de la composition ou de la décomposition des objets de nos connaissances; de plus, dans notre soif d’explications, cest-à-dire de généralités, car une explication n’est qu’une énigme généralisée, imaginer des ressemblances là où la nature n’en offre pas, fermer les yeux sur des diversités manifestes , et proclamer comme réelle l’unité qu’on a rêvée, telles sont, avons -nous dit, les causes de dissentiment entre les physiciens, comme entre les psychologues. Nous allons appliquer ces réflexions à la marche des différentes écoles philosophiques, en les comparant par rapport à la question de nos sources de connaissances.

Les philosophes français de nos jours, malgré quelque différence de langage, sont unanimes à ce sujet. Ils reconnaissent et séparent profondément trois genres de certitude : la certitude de sens intime, la certitude des sens extérieurs physiques, et la certitude de raison intuitive. Autre chose est d’être certain qu’on veut ou ne veut pas, que l’on comprend ou qu’on ne peut comprendre ; autre chose est d’être certain qu’indépendamment de notre intelligence il existe telle plaine, telle forêt, telle montagne; autre chose encore est d’être certain que le temps et

l’espace ne peuvent avoir de commencement ni de lin. Dans le premier cas je ne sors point des actes de mon esprit, ou de moi ; dans le second je n’excède pas la portée de mes organes matériels; dans le troisième je dépasse la connaissance de moi-même et la connaissance par mes organes. A ces trois genres de certitude on assigne dans l’intelligence humaine trois facultés correspondantes ; comme à chaque phénomène physique on assigne dans les corps un pouvoir ou une force qui le produit. La première certitude est rapportée à une faculté nommée sens intime ou conscience ( sut conscientia) ; la seconde à une faculté qui porte le nom de perception extérieure matérielle, et la troisième à une faculté sur le titre de laquelle on varie, mais que nous demanderons la permission d’appeler raison immédiate ou intuitive , pour la distinguer du raisonnement, auquel on peut réserver le nom de raison médiate ou déductive. En effet, les principes rangés depuis long-temps sous le nom de principes d'évidence rationnelle ne sont pas des vérités de sens intime, ni des vérités de sens physiques, mais ce ne sont pas non plus des vérités de raisonnement. Essayez de prouver les axiomes de mathématiques, ou les axiomes de morale, vous n’y parviendrez pas : ils sont évidens d’eux-mêmes. En d’autres termes ils produisent directement la certitude, et ne peuvent s’appuyer sur des principes plus immédiats; ils ne se déduisent donc pas du raisonnement. Le syllogisme est un artifice qui compose et décompose nos connaissances, mais qui ne nous donne pas de principes. Tous nos principes doivent nous être fournis par des facultés immédiates ou intuitives : ainsi notre certitude touchant l’existence de nos pensées nous est donnée directement par la conscience , notre certitude à l’égard du monde matériel nous vient immédiatement de la perception extérieure; et quand la conscience et la perception se sont développées, une troisième faculté intervient, qui nous

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fait saisir des vérités dont l’évidence est tout-à-fait sui generis , telles que l’éternité du temps, l’infinité de l’espace, etc..., faculté qui n’a trouvé dans le développement de la conscience ou de la perception matérielle qu’une occasion d’agir, mais non pas un fondement logique, et que nous appelons pour ce motif raison intuitive , ou immédiate.

Avant queles philosophes fussent d’accord surl’existence des trois genres de certitude directe dont nous venons de parler, ils ont long- temps erré de l’un à l’autre, n’en admettant qu’un seul et rejetant le reste, par les raisons que nous avons exposées dans le chapitre précédent.

La plus ancienne des écoles grecques est celle qui se rattache à Thalès de Milet ( environ 600 avant J.-C:). Elle est connue sous le nom de secte ionienne .

Cette école devait naturellement n’appliquer son attention qu’à la certitude des sens. L’homme dans son enfance n’est occupé que des objets qui affectent ses organes; l’espèce humaine, dont le développement reproduit avec exactitude celui de l’individu , se montre , à la naissance des sociétés, absorbée presque entièrement par ses besoins physiques; de même la philosophie à son berceau ne devait diriger ses études que vers la perception matérielle. Pour l’école d’Ionie la certitude réside donc dans l’exercice de nos sens ; de là aussi le nom qu’on lui a donnée de première école sensualiste.

§ II. — École d’Italie et école d’Élée. Idéalisme.

Mais une fois le mouvement philosophique imprimé à la Grèce, on ne devait pas s’arrêter à ce premier début. L 'étude de l’esprit humain se fortifiant peu à peu , on s’aperçut qu’il possédait certaines connaissances qui ne tirent pas leur évidence du témoignage des organes extérieurs; telles sont les idées de temps , d'espace , de nécessité , de justice , etc. Il se fit alors une réaction contre la secte

parallèle des écoles philosophiques. iqq ionienne , et comme toute réaction est exagérée, on dépouilla le témoignage des sens de la certitude qui lui appartient, et on la transporta aux connaissances non sensibles, à la faculté que nous avons appelée raison intuitive ou immédiate mette révolution fut opérée par P ythagore, fondateur de la secte italique (55o avant J.-C.), et par l’école d’Ëlée. Xénophanes ( 5oo avant J.-C.) , le premier philosophe de l’école éléatique , ne regarda plus le monde matériel comme évident, mais seulement comme vraisemblable. Le dissentiment des hommes sur les qualités des objets sensibles, comme par exemple sur la température ou la pesanteur de tel ou tel corps, les changeinens de forme que subissent pour nous les étendues de couleur selon la distance qui nous en sépare , et en général tout ce qu’on appelle à tort les erreurs des sens , voilà sans doute ce qui occasiona,avec les autres causes que nous avons signalées, laréaction contre l’école lonienne.ZÉNON d’Elée(45o avant J.-C. ) alla plus loin que Xénophanes, car tout disciple est plus exclusif que son maître, et il nia tout-à-fait l’existence du monde des sens. Zénon réduisit même la certitude à une seule des notions non sensibles, à celle de l’unité , ou du point mathématique. Ses arguinens contre l étendue et le mouvement sont célèbres, et on peut les retrouver développés dans le dictionnaire critique de Bayle. La secte éléatique s’attachant exclusivement à quelques-uns de ces élémens nécessaires que nous rapportons aujourd’hui à la raison immédiate , et auxquels Platon assigna plus tard le nom d’ idées (ïiïecu) , les historiens de la philosophie ont donné à la secte d’Elée le nom de première école idéaliste.

§ III. — École des sophistes. Scepticisme.

L’école sensualiste repoussa les attaques de la philosophie nouvelle, et rétorqua contre l’évidence de raison , les argumens lancés contre l’évidence des sens; chaque parti fit ses efforts pour défendre le genre de certitude auquel

il s était voué. Mais comme ces deux évidences sont é^alement intuitives ou immédiates , chercher à les appuyer sur des raisonnemens, c’est les troubler plutôt que les éclaircir. Supposez que cette lutte se prolonge et attire l’attention des hommes, les deux écoles en se demandant réciproquement leurs preuves, et en se renvoyant tour-àtour une foule d’objections et de difficultés , devront nécessairement affaiblir plutôt que fortifier le témoignage naïf des sens et de la raison intuitive , et de ce débat il pourra très- bien naître une troisième secte philosophique qui déclare que l’évidence n’est pas plus d’un côté que de l’autre. Elle pourra prétendre que la seule chose dont on soit certain , c’est qu’on a idée d’un monde matériel et de certains élémens nécessaires, sans qu’on puisse affirmer que ces objets existent au-dehors de nous. C’est ce qui arriva en effet : du conflit de la secte d 'Ionie et de la secte d 'Elée naquit la secte sophistique , qui renferma la certitude dans le sens intime ou la conscience, Gorgias et Protagoras ( 44° avant J.-C.) sont les deux noms les plus célèbres de cette école. Pour ces deux philosophes tout est également vrai et faux, ou plutôt il n’y a rien de faux ni de vrai hors du moi. Ainsi les Ioniens proclament l’existence de l’étendue et du mouvement ; d’une autre part les Elèates trouvent que le mouvement et l’étendue contredisent la notion d’ unité. Eh bien, disent les sophistes , l’étendue n’est en contradiction avec le point mathématique de l’espace que si ces deux choses ont une existence indépendante de l’idée que nous en avons , mais elles ne se combattent pas si elles ne sont l’une et l’autre que des idées de notre esprit, sans qu’il y ait rien d’extérieur à quoi ces idées s’appliquent.

Mais si je suis sûr d’avoir le souvenir de tel arbre, je ne suis pas moins certain qu’en d’autres cas j’en ai la perception ; je ne suis pas moins certain que l’espace qu’il occupe, et qui ne tombe pas sous mes sens, a une

existence indépendante et de l’arbre et de ma pensée. Si, au contraire, je suis capable de rejeter la certitude des sens et la certitude de la raison intuitive , je pourrai parvenir un jour à rejeter la certitude du sens intime luimême, et à douter de l’existence des propres actes démon esprit.Lorsqu’onabandonneun premier principe, pour peu qu’on soit conséquent, on abandonnera tous les autres, car leur évidence est la même ; ainsi que l’a dit M. Royer Collard : « on ne fait pas au scepticisme sa part, dès qu’il « pénètre dans l’entendement, il l’envahit tout entier. « C’est à ce terme qu’arriva Métrodore d eChios : il prétendait douter de son doute. A ce point la sophistique se réfute par elle-même, et si elle est conséquente, il faut quelle y parvienne.

§ IY. — Avènement de Socrate. Sens commun.

Athènes était en proie aux sophistes lors de l’avènement de Socrate dans le monde philosophique (43o avant J.C,). Ce grand homme prit en pitié les arguties des écoles. Observant d’une part que l’espèce humaine se gouverne par des principes, à la fois spéculatifs et pratiques, dont elle ne songe pas à douter, et que de l’autre les philosophes, dont le rôle devrait se borner à éclaircir ce qu’il peut y avoir d’obscur dans notre esprit, épaississaient les ténèbres sur ce qu’il y a de plus clair , il forma le projet d’opposer à la subtilité sophistique le sens naturel de l’humanité , qui ne va pas fort loin dans la décomposition des objets de nos connaissances , mais qui du moins n’est jamais exclusif. Feignant d’être tout-à-fait étranger aux matières philosophiques, il adressait aux sophistes des questions captieuses qui les entraînaient dans des contradictions. La feinte s’exprime en grec par le mot s’pam'a, et c’est là ce qu’on appelle Y ironie de Socrate. Pour instruire ses élèves il ne renonçait pas à sa méthode d’interrogation : il n avait pour but que de leur faire décomposer par la ré”

flexion les actes complexes qu’ils accomplissaient par instinct. Au moyen de demandes habilement ménagées, il les amenait peu à peu à ces analyses, et il s’appelait modestement X accoucheur des esprits. C’était la morale qu’il importait le plus de soustraire au doute et aux sophismes; ce fut donc surtout vers la philosophie pratique, c’est-àdire vers l’examen des principes moraux, qu’il tourna l’attention de ses élèves, et c’est à lui qu’appartient la célèbre division de nos vertus ou de nos devoirs, en sagesse , tempérance , courage , justice et piété.

§ V. — -Ecole cynique.

Il devait s’élever après Socrate des écoles exclusivement consacrées à la philosophie morale. L’amour de l’unité fit chercher un principe commun aux devoirs reconnus par le maître. Antistiiènes (38o avant J.-C.) crut pouvoir leur donner pour base X obéissance aux ifistigations de la nature , et son contemporain Aristippe les fit reposer sur X intérêt bien entendu.

Occupons-nous d’abord de la maxime d’ANTiSTHÈNEs. Elle est le fruit d’une de ces synthèses dont nous avons parlé, et qui sont si générales qu’elles deviennent vagues et peu instructives. Sans doute tous les devoirs sont dans la nature; mais si vous ne prenez pas le soin de les énumérer et de les ranger dans des classes moins générales, de telle sorte que j’en puisse saisir les rapports, et que je sache lesquels devront passer les premiers en cas de conflit entre plusieurs motifs obligatoires; vous me laissez dans l’incertitude , et votre science qui confond tout est comme l’ignorance qui ne distingue rien. De plus, vos disciples peuvent ne pas interpréter votre précepte dans un sens aussi élevé que vous-même , et ne suivre que les inspirations de la nature physique, en oubliant la voix de la. nature intellectuelle. C’est ce qui arriva en effet. Bien qu’il soit conforme aux lois de la nature de remplir les

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devoirs de société, puisque la société est naturelle, bien que notre nature se perfectionne à mesure que la société s’améliore, et qu’on puisse ainsi faire rentrer dans les inspirations naturelles jusqu’à la politesse elle-même , les successeurs d ' Antis thènes ne donnèrent pas à son précepte un sens aussi général, et quelques-uns ne comprirent dans une vie conforme aux lois de la nature que la satisfaction des besoins physiques, au mépris même de la pudeur, qui cependant aussi est naturelle. De là le nom de chiens (cyniques) que méritèrent les sectateurs d’ANTi-

STHÈNES.

§ YI. — École stoïque.

Mais cet abus n’était sans doute pas dans la pensée de ce philosophe. Malgré le vague de sa maxime , il pratiqua la morale de Socrate, et fit passer le devoir avant l’intérêt. Aussi le cynisme alia-t-il bientôt se perdre et s’épurer dans le stoïcisme . Zenon de Cittium , fondateur de l’école du portique (gtocl) professa la maxime des cyniques ; mais il lintérpréta différemment, et comme Antisthènes il fit céder l’intérêt au devoir. Plus tard Epictète résuma la morale stoïque par ces deux mots : supporte et abstiens-toi ( oMiyou xa) cl 5 mais ce précepte n’embrasse que la morale négative, et mérite encore le reproche d’être exclusif et incomplet.

§ VII. — École cyrénaïque.

Revenons à la maxime d’AmSTippE. Aristippe était un jeune débauché de Gyrène, dont Socrate ne put déraciner le penchant au plaisir. Porté cependant par son esprit vers les spéculations philosophiques, il voulut sè rendre compte de la loi des actions humaines; mais ses passions ne pouvaient lui laisser comprendre qu’une morale intéressée. Il chercha donc à subordonner au plaisir la classification des devoirs proposés par Socrate , et il ne vit dans la tempérance , le courage , la justice , etc., que des moyens

Il»

2ü4 parallèle des écoles philosophiques.

de mieux assurer nos jouisssances, et déménager la volupté pour en prolonger l’usage et en raffiner les charmes. Tels furent les principes de l’école appelée Cyrénaïque.

% VIII. — École épicurienne.

L’école Cyrénaïque ne s’éleva pas beaucoup au-dessus des plaisirs des sens. Aussi fut-elle bientôt renversée par Epicure, qui dans la morale du bonheur substitua aux jouissances du corps les jouissances de l’esprit. Il fit voir avec une habileté merveilleuse que ces dernières étant plus à notre disposition et plus indépendantes de la for tune, sont aussi de moins courte durée, et sans aucun mélange de repentir. Le cyrénaïsme vint donc s’améliorer dans X épicuréisme, comme le cynisme dans le stoïcisme , et ces deux progrès s’accomplirent à peu près dans le même temps. (Vers 3oo avant J. -G.).

§ IX. — Écoles de l’Académie et du Lycée.

L’enseignement de Socrate n’eut pas seulement pour résultat de mettre au monde les écoles morales. Il engendra aussi des écoles spéculatives , c’est-à-dire livrées à la recherche des principes de la connaissance humaine en général. Les disciples de ce grand homme devaient être moins exclusifs que les philosophes qui l’avaient précédé. Ramenés par lui au respect pour le sens commun de l'humanité, ils durent professer des doctrines plus raisonnables et plus complètes. Platon ( 4°° avant J. -G.) s’appli qua surtout à la certitude de raison intuitive , mais sans rejeter le témoignage des organes extérieurs. Aristote , son élève ( 35o avant J.-C.), porta plus d’attention à l’évidence des objets matériels , mais sans nier l’existence des vérités de raison intuitive. On put espérer de les concilier l’un avec l’autre; et c’est ce qui fut tenté plus tard, comme nous le verrons.

PARALLÈLE DES ÉCOLES PHILOSOPHIQUES. 2o5 § X. — École pyrrhonienne.

Cependant ii n est pas possible d’absoudre Platon de quelque partialité pour l’évidence de raison , ni Aristote de quelque faveur pour l’évidence des sens , et le dissentiment entre X académie et le lycée frappa d’abord beaucoup plus que leur accord secret. Il devait s’élever de là un nouveau scepticisme : ce fut celui de Pyrrhon. Mais le doute de ce philosophe eut un autre caractère que le doute des sophistes. Pour ces derniers les objets matériels | et les vérités de raison n’existaient pas ; aux yeux de Pyrrhon le monde extérieur n’était pas zéro , mais x Xinconnue. Il excepte même de l’ignorance invincible qu’il \ attribue à l’esprit humain les préceptes de la morale que les sophistes n’épargnaient pas; de sorte que l’influence de Socrate se fait encore sentir ici; et même on pourrait croire que le scepticisme de Pyrrhon ne fut conçu que pour faire briller l’évidence de la morale, par le contraste de l’obscurité qu’il laissait planer sur tout le reste. La science, disait Pyrrhon, est inutile et impossible; les contradictions de la raison et de l’expérience nous démontrent que les choses sont incompréhensibles en ellesmêmes. Le sage doit donc retenir son jugement ( )

sur la nature des choses, et ne s’attacher qu’à la pratique de la vertu.

Ainsi nous retrouvons en apparence après Socrate les mêmes sectes philosophiques qu’avant son avènement, idéalisme , sensualisme et scepticisme. Mais chacune de ces écoles est beaucoup moins exclusive, beaucoup plus rapprochée du bon sens, et en somme la philosophie a fait d’immenses progrès.

§ XI.— Écoles romaines.

Ces trois écoles, spéculatives ainsi que les deux sectes morales issues commeelles de Socrate, eurent leur principal

siège au sein d’Athènes, et elles continuèrent d’y trouver des organes même après la conquête de la Grèce parles Romains (146 avant J.-C. ). Rome n’eut point de philosophie originale : elle envoyait sa jeunesse se former dans l’auditoire des philosophes grecs; c’est ce que nous voyons par l’exemple de Cicéron. Cet orateur ( 70 avant J.-C.) fut dans sa patrie le représentant de l’académie, comme Lucrèce (60 avant J.-C.) fut l interprète de l’école épicurienne, et Sénèque ( 5o après J.-C.) l’organe du portique.

§ XII. — Ecoles d’Alexandrie. Éclectisme.

Alexandrie répéta à son tour les mouvemens philosophiques de la Grèce, mais en les agrandissant. Les premiers philosophes grecs étaient venus prendre en Asie et en Egypte les idées qui avaient servi de germe à leurs systèmes ; lorsque ces doctrines furent apportées à Alexandrie, il fut aisé de leur trouver des rapports avec les traditions égyptiennes. On éclaira les unes par les autres ; le génie grec fit alliance avec le génie de l’Orient; et l’on vit se former des systèmes qui reproduisirént 1 q scepticisme , X Aristotélisme et le platonisme , mais sur une échelle beaucoup plus vaste. Le platonisme finit bientôt par l’emporter; mais de plus, par un perfectionnement qui commença dans Alexandrie avec Ammonius Saccas (190 après J.-C.) et alla s’achever dans Athènes avec Prochus ( 43o après J.-C.), le nouveau platonisme tenta de concilier les principaux philosophes de l’antiquité. Il choisit ce qu’il y avait d’excellent dans chaque doctrine. Ce choix, qu’on appela V éclectisme, mot que M. Cousin a rendu depuis si célèbre, cette reconnaissance de tous les genres de certitude ou d’évidence était digne de couronner les travaux de la Grèce, et marqua l’époque que cet illustre professeur appelle dans sa préface de Proglus l’âge de maturité de la philosophie antique.

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