‹ Précis d'un cours de psychologieChapitre 7 sur 72 · CH · texte numérisé non relu

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, DE LA CONNAISSANCE. SECT. I, CONSCIENCE. l 3

§ II. — Données de la conscience.

La conscience est donc la faculté qui m’apprend que je connais, que je crois, que je me souviens, que je raisonne ( intelligence ); que je jouis, que je souffre ( sensibilité’), que je veux et que je peux vouloir alors même qu e je ne veux pas ( volition et liberté ).

Nous examinerons plus tard en détail chacun de ces états et de ces actes ; car le cours tout entier n’est que le développement de ce que nous atteste la conscience.

Nous nous occupons seulement ici de ce qui estcommun à tous ces phénomènes. Lorsque la volonté n’intervient pas dans un fait d’intelligence ou de sensibilité, nous appelons le fait un état de l’âme ; lorsque la volonté intervient, nous appelons le fait une opération de l’âme. Un état quelconque de mon âme me manifeste en moi une force que les philosophes appellent capacité ; une opération me manifeste une force que les philosophes appellent faculté. On donne aux capacités le nom de passivité, et aux facultés le nom & activité.

Mais il faut remarquer qu’il n’y a point d’action sans réaction, et que pâtir c’est résister, c’est agir. Soit que la volonté intervienne, soit qu’elle n’intervienne pas, dans tout fait intellectuel ou sensible, je m’apparais à moi-même comme une force , un pouvoir en exercice; seulement, dans le premier cas, cette force se maintient d’elle-même, elle est la cause de son action; dans le second cas elle ne se maintient pas d’elle-même, et n’est point la cause de son action. Tel est donc le sens qu’il faut attacher d’une part aux mots état , capacité, passivité, et de l’autre aux mots opération, faculté , activité: les premiers expriment un e, force qui a en elle-même son principe d’action; les seconds expriment une force qui a son principe d’action hors d’elle-même.

Maintenant, dans tout fait d’intelligence, je m’apparais

à moi-même comme une force intellectuelle ; clans tout fait de sensibilité, je m'apparais comme une force sensible; mais quand le fait est passé j’ignore si j’ai encore cette force. Quand je ne souffre pas j’ignore si je suis encore une capacité de souffrir, La conscience ne m’atteste donc la force intellectuelle et la force sensible que quand ces forces sont en exercice.

Lorsque ma volonté intervient dans les mouvemens de mon corps ; lorsque je meus volontairement mon bras, j’ai conscience, non seulement que je veux remuer mon bras, mais encore que je le remue, c’est-à-dire que je suis une force motrice. Mais quand le mouvement est accompli, j’ignore si j’ai le pouvoir de le recommencer : ma conscience ne m’atteste donc aussi ma force motrice que quand cette force se déploie.

Il n’est qu’un seul pouvoir qui, dans l’inaction, soit encore saisi par la conscience, c’est le pouvoir de vouloir. Alors même que je ne veux pas, ma conscience me montre que je peux vouloir. Mon bras est immobile, j’ignore si je puis encore le mouvoir , mais je sais que je puis vouloir faire ce mouvement ; le pouvoir de vouloir est toujours présent à ma conscience ; je sais que cette force ne me manque jamais : c’est elle qui constitue ma liberté.

Ma conscience m’atteste qu’après avoir fait certains actes sans le vouloir, je les ai voulus et les ai déterminés par ma volition ; alors je me reconnais comme la cause de ces actes; c’est là l’occasion de la notion de cause nécessaire, dont nous nous occuperons plus tard.

La sphère de ma liberté s’est agrandie, car ma volition libre a entraîné d’autres actions. En d'autres circonstances, ma conscience me montre que je ne puis accomplir l’acte voulu : ma liberté se trouve restreinte; mais jamais ma conscience ne m’atteste que je ne puis vouloir; ma liberté est inattaquable dans cette limite : elle n’est donc jamais anéantie. Ainsi ma conscience me montre, en cer-

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tains cas, que je suis une force intelligente, sensible, motrice, et déterminant des actes par mes voûtions; mais elle me montre toujours que je suis une puissance de vouloir.

Puisque je me sais pensant, sentant et voulant, il est inutile d’ajouter que je me sais existant. La conscience ne me montre pas une connaissance , mais le moi connaissant; une souffrance, mais le moi souffrant. Nous avons dit, au commencement de ce paragraphe : je sais que je connais, que je crois, que je me souviens; d’où viendrait ce je si le moi ne s’apercevait pas lui-même , et ne connaissait que ses actes ?

Bien plus , tout état et toute opération de l’âme dure un certain temps; pendant cette durée le moi s’aperçoit identique ; il sait qu’il est le même maintenant que tout à l’heure ; comment le sait-il , s’il ne connaît pas son existence substantielle ? Nous n’avons point d’autre idée de substance que celle qui est exprimée par ce mot je ou moi que nous trouvons associé à toutes les modifications variables, telles que connaissant, croyant, souffrant jouissant, etc. Dans le même fait interne la substance et le mode nous sont donnés.

Le moi se connaît aussi comme un , non multiple; il suffit d’énoncer cette proposition pour la prouver. Le mot je j expression de la force intelligente se connaissant ellemême n’est pas synonyme de nous.

La conscience me fait donc saisir le moi substantiel, identique et w/z, en même temps qu’elle me montre ses états et ses opérations diverses et multiples. Elle est aidée de la mémoire dans la notion d’idendité.

A l’aide encore de la mémoire la conscience saisit, entre les phénomènes intimes, des rapports de durée. Elle s’aperçoit que celui-ci dure plus ou moins de temps , ou que tel et tel durent un temps égal. Elle leur reconnaît encore des rapports de succession, et sait que l’un a eu

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li eu. avant , pendant ou après l’autre : c’est là le point de départ de la notion de temps absolu qui nous occupera plus tard.

Nous apprécions directement la durée des faits internes, et, par cet intermédiaire, la durée des faits externes. C’est à tort qu’on a regardé le mouvement comme la mesure de la durée ; car il faut que nous mesurions la durée du mouvement lui-même, pour qu’il nous serve à mesu rer celle dés autres phénomènes.

Locke n’est pas mieux fondé à dire que nous mesurons 3a durée par le nombre de nos idées ; il affirme qu’elles ont une durée égale ; si ce fait était vrai , cela prouverait seu lement que le philosophe anglais aurait mesuré directement la durée des idées avant de les donner pour mesure. Il faut donc reconnaître que nous sommes doués du pou voir d’apprécier directement des durées égales ou différentes, entre les phénomènes subjectifs , et que nous ap pliquons ensuite ces durées aux phénomènes extérieurs.

En résumé, le moi substantiel, identique et un, sa puissance permanente de vouloir , ses états et ses opéra tions, cest-à-dire ses actes d’intelligence, de sensibilité, de volonté, et la durée de ces phénomènes, telles sont les données de la conscience.

§ III, — Intervention de la volonté dans la conscience.

Il est défait que tantôt nous connaissons involontairement nos joies, nos souffrances , nos souvenirs, etc., et saisissons entre eux des rapports que nous n’avons pas cherchés, et que d’autres fois nous les connaissons vo lontairement , et que nous cherchons leurs rapports.

Quand nous connaissons involontairement, la connaissance est obscure, confuse, multiple ; quand nous connaissons volontairement, elle devient claire, distincte, singulière.

La conscience involontaire s’exerce continuellement; la conscience volontaire ne s’exerce que de temps a

autre. Celle-ci ne vient qu’après la première. Pour vouloir recommencer une connaissance , il faut d’abord l’avoir formée involontairement. La conscience involontaire est donc primitive , la conscience volontaire est ultérieure.

En réservant à la première le nom de conscience , la langue donne ordinairement à la seconde le nom d 'attention , ou de réflexion . De même l’action de saisir un rapport s’appelle jugement , l’action de le chercher s’appelle comparaison.

§ IY. — Certitude de la conscience.

La conscience s’exerce chez l’artisan comme chez le philosophe; mais le premier fait plus rarement usage de la réflexion, et il laisse échapper les détails du phénomène intime.

Le second a quelquefois beaucoup de peine à le» constater, malgré ses efforts . Le docteur Reid dit : « Nous « connaissons très - bien l’externe matériel , mais très- « mal comment nous le connaissons ; nous connaissons « mieux nos devoirs que la manière dont ils viennent à « notre connaissance. »

Cette difficulté tient , i° à la préoccupation que nous causent les objets matériels; 2° à la simultanéité des états et opérations de lame; 3° à la rapidité de ces phénomènes.

Cependant pour les résultats généraux et pour les détails que la réflexion a pu saisir, le sens intime engendre la certitude , c’est-à-dire une connaissance qui n’admet pas le doute , une conviction dont nous ne pouvons nous séparer, et qui se décèle dans toutes nos actions. Son au torité a été respectée des sceptiques eux -mêmes , excepté Métrodore de Chios, dont les paroles contenaient, du reste , leur propre réfutation.

C’est par la conscience que nous connaissons les actes

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des autres facultés ; pour croire au témoignage de la per- je< ception matérielle, par exemple, il faut que nous croyions pt au témoignage du sens intime. Aussi a-t-il été appelé la certitude dernière , l’autorité des autorités.

Le sens intime est le fondement de la psychologie; nous avons dû commencer notre cours par l’exposé de cette faculté.

( Voyez, pour plus de détails, le traité suivant ayant pour titre : Déjense de la psychologie , etc. )

SECTION II

Connaissance du non-moi matériel. Perception externe matérielle,

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