‹ Précis d'un théorie des rhythmesChapitre 11 sur 28 · QUANTITÉ PROSODIQUE · texte numérisé non relu

QUANTITÉ PROSODIQUE

Signalons d'abord ce fait, que la quantité, à laquelle, dans la constitution du vers français, nous avons assigné la dernière place, à cause du rôle peu considérable qu'elle est appelée à y jouer, occupe ici le premier rang. La facture du vers latin se règle invariablement sur la durée des syllabes , et non sur leur force et leur éclat. Sans syllabes brèves et longues il ne saurait y avoir de poésie dans les langues anciennes. A cet égard le témoignage des anciens métriciens est unanime (1). On ne comprend pas l'étrange aberration de quelques philologues , qui, contrairement à toutes les autorités , contrairement au bon sens , ont voulu voir dans la prosodie des anciens l'œuvre factice des poètes , comme s'il était possible aux poètes de changer la langue , et, malgré ce changement, d'agir encore sur les masses ! comme s'il n'avait pas été

(f) Ariftoi., Hv. I, fr«g!n.J; )ir. Il, iO. Arittid., 1. 1, IS. Biechins, IS, etc.

infiiiiment plus facile pour eux de jse servir des mots tels qu'ils les trouvaient , que d'assigner à telle syllabe du mot la valeur imaginaire d'une longue, à telle Autre celle d'une brève, et de conserver cette valeur imaginaire aux syllabes du même mot, chaque fois qu'elles se présen-r talent. Mais, s*il est constant que les môme^ mots ont toujours la même quantité prosodique en poésie, et s'il faut admettre que la prononciation ordinaire du peuple a dû s'accorder, ou à peu près, avec la déclamation poétique, n'y auraitr-il pas au moins des mots d'un usage fréquent dans la conversation^ affaiblis, usés par cet usage même, qui tiendraient une place autre en poésie qa'Mi prose? Est-ce que les enclitiques, dont l'accent est si faible en grec, et qui n'en ont pas du tout en latin, conservent leur valeur pro^dique même dans la phrase de l'historien et la période de l'orateur? Nous savons de science <iertaine qu'elles tiennent dans le vers uneplftce aussi considérable que les mots les plus imposants, par exemple :

Soph.^ TrocA., V. 765 :

îbH., V. 1012 :

XftTtt 7 t S OCR.

Virg.,i£n.,IX^ V. 767:

Alcandrumque Haliumqtie Noenioàague Prytanimque.

Ajoutons, maintenant, que même en prose les enclitiques ont dû conserver longtemps intacte leur valeur prosodique , puisque Denys d'Halicarnasse , écrivain posté- Tieur à l'âge classique, en expliquant la quantité de cette proposition de Démosthène : TocaOt^îv uTuapÇai pt Tuap' iifAây e<; tovtovi toy àr/m» » déclare qu'elle commence par

Aanx palimbacchii suivis d'un crétique. Lô ôrétique eM évidemment formé des syllabes juioi ^ap' v. Après vient nn spondée^ixâv eî:^ etc. Les petits mots fcoc, 7rap% cf;» tov. Ont par conséquent la même quantité en prose et en })6é8ie. Enfin ^ pour que nous ne puissions douter que toutes le^ finesses , toutes les fluctuations dé la prosodie grecque, &0 reproduisent en prose, nous rencontrons quelques lignes plus haut, à roccasiôn de l'analyse d'unb autre phrase t Soyjv zSvotav êyc!) diarsXû, etc., cette assertion, que le premier pied métrique est un ptUimbaeehiMs (6(njy eu-) , mais que le second peut être considéré soit comme un bacchius - - u (-ySiâi/ e-), soit comme un dactyle • Mu(-^ôuy S-). On sait que la dernière de evvoiœ était jtroovée brève quelquefois même dans les poètes (l).

Les nombreuses observations que Quintilien fait au neuvième livre , sur la chute des périodes , prouvent encore une fois que la quantité était observée par les Romains, même en prose. Il nous apprend que le crétique fait bon effet au commencement (creticus est initiis optimus)^ et il cite à ce propos cette phrase empruntée au discours pro Murena: quôd prëcStti^ a diis iînmortalibus sutn. Donc quod passait pour long par position dans ce passage, à l'époque de Quintîlien. Il ne désapprouve pas deux crétiques se suivant à la fin dans la clausule^ et il choisit son exemple dans le discours pro Ligario 38 : Servàrë quâm plûrtmSê. Donc qudmf ainsi que ^t^pius haut^ était encore considéré comme long par position.

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