I I II
Nondum quisquam sidéra norat ,
vous aurez un vers dactylique. Il n'y a pas de mesure sans rhythme, il n'y a pas de rhythme sans temps fort et temps faible.
Ces principes étaient connus des anciens; les noms différaient^ la chose était la même. Le mouvement des vers des anciens est en quelque sorte une danse; très souvent il en est accompagné. Ces vers s'avancent, pour ainsi dire, à pas cadencés , et ces pas s'appellent pied
(0 Ce principe souffre quelques exceptions dans les pièces lyriques qui étaient chtntéat. Nous en parlerons plus amplement dans la seconde partie de notre publication {Det Rhjftkm€$ grecê).
(gr« mùçf \Bt.pe$). Un pied n'est autre chose que la combinaison d'un levé (d^at^) et d'un frappé (d&jiq). XpoK yeut dire elevatio, et marque le temps pendant lequel le pied est levé; déai; le moment où il se pose à terre (1). Au premier cas il y avait repos (iQpepx)« au second on entendait du bruit (tpo^cç). En un mot, le temps fort se reconnaissait ches les anciens comme cbes nous à un eifort/à un coup de la voix. Seulement ce coup, cet ef« fort, coïncidait le plus souvent avec la longue :
O fortnnàtos nimium sua si bona norint -^
Il I I I , »
Fortunatus et ille Deos qui novit agrestes.
Les trois premières syllabes de fortunatos et fortunatus sont les mêmes, et cependant elles ne se prononcent pas tout à fait de la même façon. Dans le premier vers, un léger eifort jde la voix porte sur tu, dans le second sur^ et na. On voit par cet exemple que cet eflfort de la voix ne portait pas toujours sur les mêmes syllabes dans le même mot, et qu'il ne coïncidait pas avec Taccent tunique, qui dans la même forme doit toujours rester le même.
Il y avait cependant des cas où le temps fort pouvait
atteindre et relever une syllabe brève :
Omnia vincit amor — et nos cedamus amori.
C'est qu'ici la césure donne une force inusitée au temps fort.. II arrive aussi qu'un système d'anapestes est coupé par des dactyles qui conservent le rbytbme
anapestique, par exemple Sénèque, Cod., \,2:
I I lit
Fâtis âgimûr; eèiHtë ftltîs,
I ^ I ' * -« * Mûtâre râtî stâmïnâ fûsî, etc.
(t) Baediiu, p. t4; Mm. Planud., éd.Wals, p. 4ê4; Arittldf » p.Sf.
En effets le dactyle cedite (. il) est rbytlimé exacte^ ment comme l'anapeste o^mur (^ ^ l). Mais dansledactyle métrique (- ^ v) les deux brèves qui commencent Tana*peste métrique (^»-) sont réunies en une longue; la longue y est résolue en deux brèves » et chacune des deux iporte une partie du frappé ^cr^^^* Dans les mots agimur (« V ~) et cedite (- « «) Tordre des brèves et des longues seul diff&re; retendue et le rhythme y sont identiques.
C'est surtout lorsqu'on veut imprimer un mouvement très rapide au vers, qu'on résout toutes les longues ou temps forts en leurs éléments, comme dans ce vers tiré' de Pratinas (Athénée, XFV, p. 61 7) :
tiç 6 Bôprj^oç oSe ; riva ràSt rà ^optû/xara ;
On le voit : c'est tout simplement un senaire, qu'il est difficile de reconnaître tout d'abord sous ce déguisement.
Résumons les observations précédentes. Dans l'hexamètre ^ la longue qui commence chaque dactyle en forme le temps fort » les deux brèves en constituent le temps Sûbleé C'est ainsi que le trochée a aussi pour temps fort la longue par laquelle il commence. Le temps fort de l'iambe et de l'anapeste est formé par la longue qui se trouve à la fin de ces pieds. Cependant l'effort de la voix et la durée des syllabes sont des choses entièrement distinctes, et dans les vers anciens les temps forts ne coïn-* cident pas toujours avec les syllabes longues, ni lés temps faibles toujours avec les syllabes brèves. S'il y a dans un hexamètre plusieurs longues qui se suivent, si l'iambe est remplacé par un tribraque (v ÙJi) ou par un dactyle (^), c'est le mouvement général des temps qui seul peut indiquer les temps forts. D'ordinaire leçon-
traste des longues et des brèves rend plus sensible lé contraste des temps forts et des temps faibles ; mais, comme lious venons de voir, il arrive assez souvent que le premier est ef&cé» et que le second seul subsisté (1). A toutprendre, le temps fort semble avoir plus d'action dans les vers modernes que dans les vers des anciens. Car, quoiqu'il puisse imprimer au dactyle un mouvement anapestique ( i !,), il ne peut imprimer un mouvement iambique au trochée, ni un mouvement trochaïque àl'iambe. C'est là pourtant ce qui arrive fréquemment en français, et à peu prés dans toutes les langues modernes. C'est
ainsi que ce vers de Pope :
.1 I . I I I Die of a rose m aromatic pain
est composé de cinq iambes. Mais le premier de ces cinq iambes figure un trochée, die (mourir) étant une syllabe forte^ of (coefficient du génitif) étant une syllabe faible.'
(1) On n*ignore pas que le spondée peut remplacer Tiambe dans les pieds impairs du senaire (y ^ i v - w - v - w -) ®* ^® trochée dans les pieds pairs de Toctonàire (l y. ^ [. ^ y i „ y î- u -)• ^®* spondées, par la résolution de la première ou de la seconde longue , peuyent former des anapestes ou des dactyles. Mais ces anapestes » ces dactyles, et même ces spondées, n'ont pas toute rétendue des anapestes , des dactyles et des spondées réels , rationnels. Aussi les â-tr-on appelés irrationnels {ôiXoyot) , parce que le principe que la longue équivaut à deux brèYOs ne peut pas leur être appliqué. Nous reyiendrons à ces pieds irrationnels dans notre traité de la rhy tbmique grecque. Ici nous nous bornerons k dire que les senaires et les octouaires sont mesurés par dipodies. Chaque dipodie n*a qu*itn ictus énergique; dans le senaire, cet ictus porte sur la longue du second pied (v l\, 11) ; dans Toetonaire, sur la longue du premier pied (" ^ 1 y). La longue qui relèYO le frappé principal pèse de tout son poids sur la brève qui suit, et rempèehé ainsi de prendre de retendue. La longue, au contraire, qui ne reçoit que rictus faible (c*est celle du premier pied dans le senaire, celle du second dans Toctonaire] , a moins d'action sur la brève qui coïncide avec le temps faible. Le temps faible peut ainsi prendre plus d*étendue , et se faire représenter par une longue irrationnelle.
C'est le temps fort qui transforme ce trochée métrique (- v) en iambe rhythmique (- i), en appuyant sur la dernière et en glissant sur le mot die. En grec et en latin cette licence n'est pas permise; elle serait contraire au principe formulé nettement par Hermogène (ntpt cdcûv, I, c. 12) : ô tzfiSoç dynnodèeï Tcj> rpo)(jxi(ù* Il n'y a pas d'Ïambe métrique (v-) pouvant figurer un trochée rhythmique (J, «), ni de trochée métrique (- «) pouvant figurer un iambe rhythmique (^ l)^ parce que chez les anciens la longue équivaut à deux brèves, et qu'il faut que la syllabe atteinte par le temps fort puisse faire équilibre aux syllabes coïncidant avec le temps faible. En un mot, chez les anciens le temps fort dépend bien plus de la quantité prosodique qu'il ne dépend de l'accent chez les modernes. C'est pourquoi, dans un anapeste rhythmique rendu par un dactyle métrique (j-3 ij,), le temps fort ne tombe pas sur l'une des brèves seulement, maià sur toutes les deux ; et comme l'iambe et le trochée ne peuvent opposer à leur syllabe longue qu'une seule brève, cette brève, quand même elle serait soutenue du temps fort, ne pourrait jamais contrebalancer la longue, quoiqu'elle renfermât le temps faible. Il n'en est pas de même en français. La syllabe forte y a sans doute plus d'énergie que la syllabe faible , mais elle n'équivaut pas k deux syllabes faibles, sans quoi on ne compterait pas les syllabes; on les mesurerait, comme on fait en grec et en latin.