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TRACES DE LA DÉCADENCE DE LA QUANTITÉ DANS LA GRAMMAIRE LATINE

La langue latine se fait remarquer non-seulement par une grande répugnance pour des composés d'une certaine étendue (1), dont le nombre est si grand en grec et en sanscrit , mais encore par une tendance très mar^ quée à adopter des formes concentrées et contractées. C'est que ces formes ont un caractère d'unité plus prononcé ; et comme l'accent est le signe de l'unité du mot , on en peut conclure d'avance que l'accent latin aura plus d'énergie que l'accent grec et l'accent sanscrit. On en peut conclure pareillement que les valeurs prosodiques seront moins respectées. Vainement chercheraiton en grec des exemples de contraction comme : evasti^ dixti, revixtif scripstis, admisse, advexe^ fo\xr evasisti , dixisti, revixisti, scripsistis, admisisse, advexisse^ etc. (2). De la même nature sont : paulum z= pauxillum, ala^^ axilla, mala = maxilla, pilum :=pistilluin (3) ; seresco, salmentaf impomentaj pour serenesco, sakamenta, impth

(f) Les anciens' poStes ont inventé : trUeclisenex , incurvieervicem ; mais cet créations n*ont pas été consacrées par l*usage. (s) Théorie générale de Vaccentnation latine, p. !S5. (3) /Htf., p. 1S7, 1S8.

nimenta (1). Mais dans inquîno, dérivé de cœnuni; dans dejëro, pejëro, formes secondaires de dejûro, perjûro; dans cognitum et agnitum pour cognôtum, agnôtûm, qui n'existent pas ou n'existent plus, le génie de la langue parait s'être laissé aller à commettre de vrais solécismes (S).

Ces altérations de la quantité ne sont pas isolées. On les rencontre dans les préfixes ^ comme dans ômitto pour obmitto ou ômitto ^ ôperio pour ôperio, ôportet pour obportet (3). Dans Va de àperio il faut chercher aussi une préposition ; on ignore si c'est ad ou ab. La préposition prô se disait anciennement prod^ et il existe encore une série de mots et de formes où la longueur de Vo s'est conservée. Mais dans la plupart des cas c'est la brièveté qui l'a emporté, par exemple prô fanus, prô fecto, prôfugns^ prôpitiuSf prônepos , etc.

Le préfixe re se disait autrefois red. Aussi la longueur s'est-elle maintenue dans rëccido et rèduco. Mais le souvenir de la forme primitive s'est tellement oblitéré, qu'on a pu l'abréger même devant deux consonnes, comme dans récludo, rètrahOf etc.

C'est l'oubli de la quantité du radical qui a fait abréger aux Romains la première de màmilla (pour manh tailla f de mamma)^ de farina (de far, gen. farris)^ de ofella (dimin. de offa)^ de môlestus (subst. môles) ^ de nôtare (dérivé de nôtum), de natare (dérivé de nô, rULvi, nâtum), de pûsillus (dérivé de pûsa, pûsio). On pourrait allonger la liste de ces solécismes. Citons seulement mûtoniatuSf demûto, mûtinus^ et conscrïbillent (CatulL, S5, 10), descnbo.

(0 IMd\, p. 173.

(9) Pourtant il existe déjà en sanscrit une forme iumita, de la ^Inï, que Lassen traduit : insignitut , appeliatus, (S) Ibid.f p. 167.

Un fait remarquable de la grammaire latine^ quoiqu'il ne concerne pas directement la quantité» est la force avec laquelle l'accent de Tantépénultiëme semble peser nonseulement sur la dernière syllabe dumot, mais surtout sur un a pénultième (1). Que l'on compare caméra, phalerœ^ tesseraj siserumy aux mots grecs Y.(i(jLxç(x, (f aXapa, xéoaapsç^ (jt(7(xpov , et l'on reconnaîtra que la langue latine a voulu alléger le mot , en échangeant le son large de l'a contre le son étroit et étriqué de Ve. Quelquefois ce ne sera pas e, ce sera i, qu'elle choisira, dans catina, machina, partina, buccinaf pour yuhavx^ /ixa^ova, Trarava, etc. L'affaiblissement le plus connu est celui de l'ancien u en i. Optumus, maxumm, manuhus^ se sont transformés en aptimus, maxmusj etc. Enfin, dans une infinité de cas la pénultième a été entièrement supprimée , par exemple dans valde, audacter, impostor^ pour valide, audaciter, etc.; dans tmm pour infimus^ et exceptionnellement dans bignœ,jugra, ipouvbigenœ, jugera, etc.; même dans cante, cette^ pour canite, cedite, dans Lucmo pour Lur cumo (3). Une pénultième longue ne pouvait être supprimée, parce qu'elle réunissait en elle la force de la quantité et la force de l'accent ; les cognîtum et pejëro font seuls une exception.

Un grand nombre de désinences se sont affaiblies dans le cours des siècles; cela devait arriver d'autant plus aisément, que ces désinences n'étaient jamais relevées par l'accent, et se prononçaient en général plus sourdement qu'en grec. Dans cette langue, une longue * finale, lorsqu'elle n'avait pas l'accent elle-même, le fixait au moins tout près d'elle sur la pénultième ; une longue

(f) Théorie de Vaccentualion latine, p. t77« («) Ibid., p. 180.

finale en latin ne pouvait empêcher l'accent de remonter à Tantépénultième (faciles).

Pareille accentuation n'a d'analogue en grec que dans le cas où un mot à sens plein est suivi d'une enclitique, par exemple $6ri roa. En général toutes les consonnes finales, à l'exception de 1*5, abrègent la voyelle précédente (par exemple amëm, amat, tegôr). Toutefois cette règle n'est pas primitive ; elle ne s'est établie définitivement que vers les temps de César et d'Auguste. Plante a plus d'un passage où les amâtf timëU ont conservé l'ancienne longueur de leur désinence , car ces formes sont originairement contractes. L'o de la première personne (amo, àmabo) et celui des substantifs de la troisième déclinaison (sermô, puïmô) commencent à s'abréger aussi yen la même époque. Il en est de même de l'a dans trigintày quadragintày etc. Mais nous rentrons ici dans un ordre de faits qui appartient de droit au paragraphe suivant. ViAemïhi, tibi, sibi, a été considéré comme douteux déjà du temps des poètes anciens. Ve de béni et malë est bref, bien que les autres adverbes en e l'aient long. Hôdiêf quàsïf nîsîf sont évidemment des formes affaiblies de hôc dièf qmm si , m si. Les particules , comme tous les mots faibles en latin, ont une tendance singulière à perdre de leur poids et de leur valeur prosodique.

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