‹ Précis d'un théorie des rhythmesChapitre 27 sur 28 · EN QUOI DIFFÈRENT-ILS · texte numérisé non relu

EN QUOI DIFFÈRENT-ILS

Ils diffèrent :

1* Par l'emploi et la nature de la quantité prosodique. La quantité existe sans doute dans la langue française comme dans la langue latine : car quantité de syllabes veut dire leur durée, et dans aucune langue du monde on ne peut prononcer un mot , une syllabe , sans leur assigner une certaine durée. Mais chez les anciens cette durée avait une valeur nette, précise; elle était mathématiquement appréciable : c'est ainsi qu'elle pouvait être comme la matière ou le corps du vers , dont le rhythme était l'âme et la vie. C'est ce qui a fait dire, avec une certaine vérité , que la quantité était tout ou presque tout dans le vers ancien , et qu'elle n'était rien ou presque rien dans le vers français. Car, encore qu'elle y existe, il faut avouer qu'elle n'accuse plus que des différences imperceptibles de syllabe à syllabe , qu'elle est devenue <( incommensurable » • Elle peut encore modifier

quelquefois la rime leur échappe malgré elles ; d'autres fois elles s'en sont servies pour produire des effets d'harmonie imitative.

Résumons par une comparaison bien claire , bien palpable, ce résumé déjà trop long. Représentons-nous l'histoire des rhythmes sous la forme d'une ligne circulaire. Le diamètre qui partagera le cercle en deux par-ties égales figurera pour nous le moment de transition du système rhythmique des anciens au système moderne, et ce moment, c'est l'avènement du christianisme. Le centre du cercle autour duquel l'histoire des rhythmes pivote sera le temps fort, le frappé, la thésis. La moitié inférieure, réservée, je suppose, au système antique, renfermera les autres éléments du rhythme rangés de droite à gauche dans l'ordre de leur importance respective : 1" quantité, 2" accent, 3** nombre de syllabes, 4" rime.

Mais dans le mouvement rotatoire de droite à gauche que l'histoire imprime aux éléments constitutifs du

rhythme , la valeur respective de ces éléments change du tout au tout; leur ordre relatif reste le même.

La rime et le nombre des syllabes , atteignant d*abord les limites de la moitié supérieure du cercle , occupent désormais les places d'honneur ; l'accent les suit de près ; et la quantité, qui avait joué le premier rôle dans la poésie ancienne, se trouve reléguée à la queue du cortège.

Le rhythme moderne se trouve donc être pour ainsi dire aux antipodes du rhythme antique.

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