‹ Précis d'une histoire générale des sciences physiques et naturelles (fragment)Chapitre 2 sur 3 · GUILLAUME II OM BERG · texte numérisé non relu

GUILLAUME II OM BERG

De même que, clans la littérature et les arts, comme on l’a judicieusement remarqué, les exemples ont toujours devancé les préceptes, dans les sciences, l’observation des phénomènes et la constatation des faits scientifiques auraient toujours dû précéder i’avénement des théories. Poussée par un génie instinctif, l’antiquité a parfois procédé dans un ordre contraire, mais dans les temps modernes, il devait en être autrement. Dès les premières années de la renaissance, ia plupart des hommes qui tournèrent leur esprit, vers l’étude de la nature, ne tardèrent pas en effet à reconnaître le peu de certitude des données jusque-là acquises à la science et la faiblesse de presque toutes les anciennes doctrines scientifiques. Bernard Paîissy, François Bacon, Galilée, Robert Boyle, loin d’adopter sans contrôle la parole des maîtres, comprirent la nécessité de soumettre l’investigation des faits à une méthode plus rigoureuse avant d’en tirer des inductions théoriques. Descartes, après avoir subordonné la recherche de la vérité à l’épreuve préalable du doute, avait assujetti toute étude des phénomènes au calcul et à la mesure. Tout cela pourtant ne suffisait pas encore pour constituer la science. La chimie entre autres était encore couverte d’une obscurité nécessitée par les préjugés de l’époque, comme par les dangers qui menaçaient ses adeptes.

Le petit nombre de faits qui composaient son domaine était la propriété de quelques hommes intéressés à plus d’un titre à s’en réserver le monopole. Les secrets qui formaient leur orgueil et soutenaient leur zèle par des espérances trop souvent illusoires étaient parfois Tunique fortune de ceux qui les avaient découverts, ou bien qui en avaient hérité, à la condition de ne les révéler à aucun profane.

Heureusement, dans le cours du seizième et du dix-septième siècle, il se rencontra quelques hommes de bonne foi, courageux et désintéressés qui se vouèrent à la recherche de tous ces arcanes et parvinrent à les recueillir pour en former la base d’une science plus rationnelle. Comme les alchimistes qui les avaient précédés, s’ils ne trouvèrent pas tout ce qu’ils cherchaient, ils rencontrèrent souvent ce qu’ils n’attendaient point, et ils eurent assez d’intelligence pour mettre en même temps à profit et les phénomènes positifs qu’ils réussirent à surprendre, et les erreurs qu’ils eurent plus d’une fois à constater.

Paracelse et quelques alchimistes de son école furent les premiers et les plus résolus de ces aventuriers savants, allant à la recherche de la science réelle, parlant toutes les langues, sachant tous les métiers, puisant à toutes les sources, s’adressant à toutes les classes : aux astrologues, aux charlatans, aux matrones, aux bohémiens errants, payant l’aveu cî’un tour de main par la révélation d’un fait sérieux, échangeant une confidence par une autre, ou bien Tachetant de leurs deniers, ne reculant devant aucun effort, aucun sacrifice pour accroître la masse des conquêtes scientifiques destinées au savoir général.

Parmi ces pourvoyeurs ardents et généreux de la science renouvelée se distingue un homme peu connu, parce qu’il n’a laissé aucun corps d’ouvrage, Guillaume IIombero, contemporain de

Geoffroy, de Glauber, (Se Leméry, de Gharas, chimiste laborieux et sagace, dont il nous semble juste et convenable de rappeler les travaux et de relever la mémoire. Né le 8 janvier 1652, à Batavia, capitale de file de Java, Ilomberg passa presque toute sa vie en Europe, et mourut à Paris en 1715, la même année que Louis XIV,

Malebranche et Lémery. Son père, gentilhomme saxon, originaire

de Quedlimbourg, ayant perdu sa fortune pendant la guerre de Suède, se mit au service de la compagnie hollandaise des Indes, devint commandant de l’arsenal de Batavia, où il épousa la 611e d’un officier. Guillaume était le second de ses quatre enfants.

Tout est précoce dans ce pays. Ilomberg, que l’on destinait à

l’état militaire, fut nommé caporal à l’âge de 4 ans. Une de scs soeurs se maria à 8 ans, et elle était mère dès l’année suivante.

Le père de Ilomberg quitta le service et vint avec sa famille se fixer pendant plusieurs années à Amsterdam. Guillaume entra au collège et fit de rapides progrès dans ses études. Vers 1670, il alla à-Leipsig pour apprendre le droit, et fut reçu avocat à Magdebourg, à l’âge de 22 ans, ce qui ne l’empêcha pas dès lors de manifester un goût très-vif pour les sciences, et surtout pour l’étude de l’histoire naturelle. Il était curieux, avide d’apprendre, d’une humeur très-mobile, et grand amateur de voyages. Il parcourait les montagnes, s'enfoncait dans les cavernes, visitait les mines, interrogeait les cultivateurs et les ouvriers, herborisait le jour, quelquefois la nuit, et en même temps il s’ocupait d’astronomie. Habile en mécanique, doué d’une remarquable adresse de mains, il construisit une sphère qui, tout en lui servant à étudier le firmament, représentait la position et la marche de la plupart des corps célestes. Il était déjà bien loin de la carrière du barreau.

C’est à la même époque que Otto de Guéricke, alors bourgmes-

tro de Magdebourg, vilie où Homberg s'était établi momentanément, se livrait à scs savantes recherches de physique. Otto venait d’inventer la machine pneumatique avec laquelle i! faisait ses célèbres expériences sur le vide; Homberg se mit en rapport avec lui, l’aida à perfectionner ses appareils, et obtint de lui par échange la communication de quelques procédés, entre autres le secret, aujourd’hui si vulgaire, du petit homme qui se cache dans un tube par un temps humide et en sort quand le temps devient sec et serein.

Les amis de Homberg, espérant le retenir à Magdebourg, essayèrent de le marier, mais il résista, et, pour échapper à leurs instances, il en t repi t aussitôt un voyage en Italie. Il alla d’abord à Padoue, où il s’occupa de médecine, et surtout de botanique. A Bologne, il tourna ses études du côté de la chimie. On s’y était beaucoup préoccupé, à la fin du siècle précédent, des propriétés phosphorescentes d’une pierre fort commune aux environs de cette ville, la pierre de Bologne , qui n’est autre chose que du sulfate de baryte. En 4G02, un alchimiste, Cascieroîo, après avoir pulvérisé cette pierre et l’avoir mêlée avec du blanc d’œuf et du charbon, avait obtenu une matière (sulfate de barium) qui, lorsqu’on l’avait exposée aux rayons du soleil, luisait encore quelque temps dans l’obscurité- C’est ce que Lésnery avait appelé éponge de lumière.

Les substances phosphorescentes, que l’on nommait des pgrophores (porte-feux), intéressaient aiors tous les hommes de science. Balduinus (Beaudouin) et Kunckcl, le premier, bailli de Grossenhayn, et le second, chimiste de l’électeur de Saxe, avaient trouvé, chacun de son côté, un pyrophore nouveau. Celui de Balduinus était un nitrate de chaux calciné auquel il donna le nom de phosphore (porte-lumière). Presque au même moment

un alchimiste de Hambourg, Brand, avait découvert et retiré de l’urine le véritable phosphore animal. Il avait tenu secrète celte découverte, qu’il refusa de révéler à Kunckel, mais qui lui fut dérobée par Krafft, autre alchimiste de Dresde. Celui-ci en emporta le secret à Londres, où il lui servit à faire une sorte de fortune. Kunckel, qui connaissait le sujet des recherches de Brand se mit à l’œuvre sur la même matière et découvrit à son tour le phosphore nouveau. Robert Boyle, en suivant la même voie, y réussit également Ç1),

A Rome, Homberg travailla avec un gentilhomme nommé Célio, qui s’occupait de mathématiques, de mécanique et d’astronomie. Il ne négligea pas, durant son séjour en Italie, d’y cultiver la peinture, la sculpture et même la musique. On assure qu’il devint assez habile dans chacun de ces arts pour qu’il eût pu s’y distinguer, à défaut de tout autre mérite.

Après plusieurs années de séjour en Italie, il vint en France, où il se lia avec plusieurs savants, mais surtout avec Nicolas Lémery; puis il passa en Angleterre, où il travailla dans le laboratoire de Robert Boyle. Enfin, il visita la Hollande, séjourna quel-

que temps à Leyde, pour s’y occuper de nouveau d’anatomie sous les yeux de Régnier de Graff, et alla prendre à Wittemberg le grade de docteur en médecine.

Sa famille habitait alors Quedlembourg, où ses parents l’avaient, attiré. On le pressait de s’y fixer et d’y exercer la médecine pratique; mais il ne put s’y décider. Emporté par son goût pour la science et pour les voyages, il voulut poursuivre sa carrière et

(1) Rob. Boyle avait déjà trouvé un nouveau pyrophore : c’était l’hydrogène carboné, obtenu en traitant l’alcool pur par l’esprit de nitre. Il l’avait nommé aerial noctiluca , ou cirtifîcial phosphori.

connaître les universités savantes, ainsi que les curiosités naturelles du nord de l’Europe. Il visita d’abord les mines de Saxe, de Bohême et de Hongrie. Il alla ensuite à Stockholm, ou le roi de Suède venait d’établir un laboratoire de chimie, dirigé par Hierna, son premier médecin. Homberg travailla quelque temps avec ce chimiste, enlevé bien jeune encore à la science, et publia même avec lui, en langue allemande, plusieurs mémoires scientifiques. Mais, dès ce moment, il ne songeait déjà plus qu’à utiliser son savoir si étendu et si varié pour accroître le domaine de la science, en arrachant leurs secrets à tous les hommes instruits des diverses contrées qu’il allait de nouveau parcourir.

Vers 1680 il revint en France. I! se lia d’une amitié encore plus étroite avec Lémery, dont les vues s’accordaient si bien avec les siennes. Ils parcoururent ensemble les ateliers, les usines, les laboratoires, et recueillirent une multitude de faits qui se rapportaient à la physique, à la chimie et aux professions industrielles ; ce que Fontenelle appelle « les anecdotes de la nature et de l’art. » Homberg se lia également avec le baron de Tschirnausen, qui lui apprit les moyens de fabriquer de la porcelaine toute semblable à celle de la Chine, comme à Hambourg ii avait obtenu de Kunckel le secret de la préparation du phosphore.

C’est à cette époque que. Colbert lui fit des offres très-avantageuses afin de le retenir en France, propositions qu’il finit par accepter, malgré les instances de sa famille pour le rappeler en Allemagne. Mais, en 1685, Colbert mourut, et la position de Homberg devint d’autant plus difficile que son père venait de le déshériter pour le punir d’avoir changé de religion. Heureusement, ii se lia alors avec l’abbé Chatucet, depuis évêque de Toulon, qui avait un goût prononcé pour la chimie. Homberg avait peu de foi dans la transmutation ; un alchimiste qu'il rencontra

chez Chatucet, voulant triompher de son incrédulité, lui fit présent d’un lingot de métal philosophique, dont il lira en effet pour 400 fr. de très-bon or : supercherie heureuse, dit-il, qui lui vint alors fort à propos, car il se préparait à retourner en Italie.

A Rome, il se livra quelque temps à l’exercice de la médecine et il y obtint de notables succès, en rejetant toute pratique de charlatanisme et n’admettant que les moyens judicieux et rationnels. Il avait beaucoup de sagacité, le coup d’œil juste, il était de bonne foi, consciencieux et désintéressé : il avait en un mot tout ce qu’il fallait pour réussir, si ce n’est le pouvoir de se fixer quelque part. Il revint donc à Paris, où son vaste savoir, son habileté dans les expériences, la multiplicité des choses curieuses et nouvelles qu’il avait recueillies dans sa vie aventureuse, mais surtout l’amabilité de son humeur, lui avaient fait beaucoup d’amis, et où sa place était marquée parmi les savants les plus distingués. L’abbé Bignon, qui, en 169!, avait été chargé de réorganiser l’Académie des sciences, s’empressa d’y admettre à la fois Tournefort, qu’il mit à la tête de l'enseignement de la botanique, et Homberg à qui il confia le laboratoire de l’Académie.

Le duc d’Orléans, depuis régent, ayant pris goût à l’étude des sciences et surtout à celle de la chimie, l’abbé Dubois lui présenta Homberg. Le prince le prit chez lui, pour recevoir ses leçons ; il lui donna un laboratoire magnifique et fit venir pour lui d’Allemagne un grand miroir parabolique. Homberg s’en servit pour une suite d’expériences sur la lumière et la chaleur dont il entretint plusieurs fois l’Académie (*). Lui-même imagina et construisit de ses mains un microscope d’un système nouveau, ainsi

(1) Ces miroirs ardents provenaient d’une fabrique devenue célèbre que le baron de Tschirnausen avait fondée en Saxe.

qu’une machine pneumatique toute différente de celle de Boyle et d’Otto de Guéricke. En 1704, le duc d’Orléans le nomma son premier médecin, et l’enleva ainsi aux instances de l’électeur palatin qui lui avait offert des avantages supérieurs. Cet acte de désintéressement et de fidélité fut néanmoins la source des soupçons qui s’élevèrent contre Homberg, en 1712, à l’occasion des événements funestes dont la famille royale fut frappée dans un court espace de temps. On sait que, dans la même année, plusieurs princes périrent d’une manière rapide, ce qui fit supposer qu’ils avaient été empoisonnés. Les intrigues de cour ayant fait tomber ces soupçons sur le duc d’Orléans, Homberg, son chimiste, se vit également compromis. On trouve à ce sujet dans les mémoires de Saint-Simon quelques détails qu’ont négligés ses biographes et que nous rappellerons en peu de mots.

Le marquis d’Effîat ayant appris au Duc les rumeurs qui couraient contre lui à ce sujet, l’engagea à aller s’en expliquer directement avec le roi. Celui-ci accueillit le duc avec froideur et sécheresse. Le prince offrit au souverain de se rendre à la Bastille, ainsi que Homberg (]) et demanda que l’on fît une enquête. Le roi refusa la proposition en ce qui regardait personnellement le duc d’Orléans; quant à Homberg, il dit qu’il ne le ferait pas arrêter, mais que s’il se présentait à la Bastille, il donnerait l’ordre de le recevoir. Homberg s’y présenta en effet, mais il ne fut point reçu. Le roi avait changé d’avis sur ce point, à l’instigation de Maréchal, son premier chirurgien, homme intègre et fort estimé du monarque, cà qui il fit comprendre toutes les conséquences fâcheuses qu’un pareil acte pouvait entraîner. Cet incident n’eut donc pas d’autre suite.

(1) Que Saint-Simon écrit Humbert (t. Il, édit. Chérucl),

La tendresse que Homberg avait conçue depuis longtemps pour la tille du médecin Dodart, aussi membre de l’Académie des sciences, le détermina à l’épouser, quoiqu’il fût déjà âgé de 54 ans. Cette union devait être heureuse, car madame Homberg partageait les goûts de son mari et le secondait dans la plupart de ses recherches; mais elle ne fut pas de’ longue durée, car Ilornberg, sujet depuis quelques années à une maladie d’intestins, qu’il réussissait à pallier, sans la guérir, mourut en 1715, au moment même où le duc d’Orléans, son illustre élève, allait, pendant la minorité de Louis XV, succéder à Louis XIV, sous le titre de régent.

C’est Homberg qui fit le premier connaître en France le phosphore découvert par Kunckel, découverte qui est incontestablement le fait capital de la chimie du dix-septième siècle. Il en décrivit le procédé dans un mémoire qu’il présenta, en i(>92, à l’Académie des sciences, et il en exécuta la préparation la même année dans le laboratoire de l’Académie. Kunckel avait obtenu le phosphore d’une manière presque fortuite, en s’occupant de ses recherches sur le spiritus miindi , et l’avait d’abord retiré seulement de l’urine. Homberg, poursuivant cette idée, se livra à des expériences pénibles et rebutantes sur toutes les autres excrétions, ainsi que sur les différents tissus et organes du corps humain : recherches courageuses, reprises plus récemment par Lavoisier et dont on peut lire certains détails difficiles à reproduire dans l’ouvrage de M. Figuier, intitulé : les Alchimistes (*).

(1) 5e édition, iu-12, 18(30, p„ 04-05.

On a vu plus haut que Homberg a laissé son nom à une autre sorte de phosphore, ou plutôt de sel pyrophorique, qui n’est autre chose que du chlorure de calcium soumis à la calcination avec du carbone, ou plutôt fondu et exposé quelque temps aux rayons du soleil.

On lui doit un grand nombre de communications scientifiques faites à l’Académie des sciences et insérées dans les mémoires de cette compagnie, de 1692 à 1714. Ces communications, qui sont au nombre de quarante-huit, et dont nous donnons plus loin la liste complète, sont surtout relatives à la physique, à la chimie, à la végétation des plantes, à l’anatomie et à l’entomologie. On peut, parmi ces nombreux travaux, distinguer les suivants: Réflexions sur différentes végétations métalliques. L’auteur y donne un procédé assez simple pour la préparation de V arbre de Diane: on appelait ainsi le mélange d’une solution d’argent dans l’eauforte avec une solution de mercure dans le même acide, sorte d’amalgame qui, placé sur un bain de sable dans un bocal de verre, donnait lieu à une cristallisation dendroïde qui s’élevait contre les parois du vase et à des ramifications très-curieuses. On en attribuait la première idée à un alchimiste du XVe siècle, Eck de Sulzbach.

En 1792, Homberg publia ses Expériences sur la formation de la glace dans le vide , et quelques mois plus tard, une Note sur l’évaporation de l’eau dans le vide , recherches qu’il avait faites avec la machine pneumatique de son invention. Homberg, comme Lémery, a beaucoup avancé la théorie des sels, ou du moins celle de la saturation réciproque des acides et des alcalis. C’est évidemment à ces deux chimistes que remonte le point de départ des données ultérieures acquises à l’halotechnie et même a la loi des proportions définies, car il montra, dès l’année 1700,

que le même acide se combine avec des proportions diverses d'acides différents. Il dressa, plusieurs années avant Geoffroy, une table des proportions d’acides qui se combinent avec la même quantité d’alcali; il en tira celle conclusion « que la dose d’acide que prend un alcali est la mesure réelle de la force passive de ce dernier. » Il fondait en partie cette’ proposition sur ce que la chaux éteinte ou earbonatée neutralisait la même quantité d’acide que la chaux vive.

Homberg s’occupa avec succès de la préparation des huiles essentielles ou volatiles et montra l’imperfection des procédés ordinairement employés pour les obtenir. Les siens furent aussitôtadoptés par l'industrie et apportèrent une amélioration notable dans la fabrication de ces produits.

On donnait depuis longtemps le nom d e sel sédatif à l’acide concret obtenu du borax ou tinkal par sa sublimation. Homberg montra que l’on pouvait préparer cet acide assez peu soluble en traitant la solution chaude de borax (borate basique de soude), par un acide énergique qui, en s’unissant avec l’alcali, laissait précipiter l’acide du borax (acide borique) sous la forme de belles aiguilles nacrées. Il mit à la mode cette préparation qui porta dès lors le nom de sel sédatif de Homberg , et qu’il employait dans sa pratique, à la dose de 10 à 40 grains (5 décigrammes à 2 grammes) comme tempérant, anodin, calmant, dans les maladies nerveuses, les lièvres ardentes et le délire. Aujourd’hui ce sel est presque sans emploi dans la thérapeutique, mais on s’en sert encore dans les laboratoires pour la préparation de la crème de tartre soluble.

Homberg n’a laissé aucun corps' d’ouvrage, si ce n’est des Essais de chimie publiés en 1702 et dont la suite parut en 1709; mais il rendit de nombreux services aux sciences physiques et

naturelles en popularisant les faits inconnus ou cachés de la science et (le l’industrie. Poussé par une curiosité insatiable, entraîné par le goût que I on pourrait nommer la passion de l’ubiquité, dévoué à l’avancement de la chimie, il recueillit et vulgarisa une multitude de matériaux qui devinrent les premiers éléments d’une science dont l’essor ne s’arrêta plus: il rassembla de toutes parts des données précieuses pour l’histoire naturelle, la pharmacie et la thérapeutique. Quand il ne pouvait acheter de ses deniers ces révélations, il livrait généreusement ses propres connaissances, sorte de libre échange qui contribua puissamment à l’accroissement et à la diffusion des lumières générales. Privées du secours des publications périodiques, les communications entre les savants ne pouvaient à cette époque s’établir qu’à l’aide de la correspondance et des voyages. A la vérité, on professait en langue latine dans toutes les universités de l’Europe, mais pour pénétrer dans les ateliers et laboratoires, il fallait connaître les langues locales, et heureusement, celte clef précieuse, Homberg la possédait.

Quoiqu’il fût d’une complexion délicate, il était, dit le P. Niceron, fort laborieux et doué d’un courage qui lui tenait lieu de foi 5ce. Profondément instruit sur une foule de matières diverses, il était très-versé dans l’histoire, connaissait la plupart des langues anciennes et même l’hébreu. Il était naturellement observateur, ingénieux dans ses recherches, plein d’imagination et fort adroit dans ses expériences. Le principal caractère de son esprit était, ajoute un biographe, une aptitude spéciale à faire des remarques sur les sujets où d’autres ne voyaient rien et une habileté singulière à discerner les routes qui conduisent aux découvertes. 11 parlait lentement et avec quelque difficulté, mais avec simplicité et méthode, aussi faisait-il de fréquentes communica-

lions à l’Académie, dont ii était, avec Cassini, l'un des membres les plus actifs. L’abondance de son savoir animait et souvent remplissait les séances. Homberg, dit encore Fontenelle, était fort éloigné de l’ostentation; jamais on n’eut des mœurs plus douces et plus sociables ; il était meme homme de plaisir. 11 avait une philosophie saine, paisible, et cette tranquillité d’âme à laquelle se rattachent nécessairement la probité et la droiture. Voltaire le caractérise en deux mots, en l’appelant « un vertueux philosophe. »

Outre le rappel des travaux dont la science est redevable à Homberg, on comprend que l’objet de celte notice n’est guère qu’une protestation contre l’ingratitude des savants de nos jours, trop oublieux des efforts tentés par leurs prédécesseurs pour rassembler les matériaux sur lesquels se fonde la science contemporaine : oubli doublement coupable quand il a pour sujet des hommes recommandables à la fois par leur zèle, leur courage, leur désintéressement, comme par la noblesse et la parfaite honorabilité de leur caractère.

Travaux de Guill. Homberg insérés dans les Mémoires de

l’Académie des Sciences.

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