‹ Precis d'une traite de poetique et de versification, contenan des considerations sur la poesie ... Par M. ViolletLeducChapitre 10 sur 52 · EN GENERAL · texte numérisé non relu

EN GENERAL

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leurs découvertes, ils durent choisir la forme la plus propre à frapper vivement la mémoire, et de là naquit la poésie en langî mesuré.

Aussi l’antiquité de toutes les nations, au nord comme au midi, présente -t-elle des poèmes entre lesquels on reconnaît ce même trait de ressemblance. Bientôt, et suivant les progrès que fait chaque société, des changemens s’opèrent dans le cours de ses idées, les hommes apprennent à subjuguer ou à déguiser leurs passions; les mœurs modèlent les caractères presque uniformément; le langage change de nature, et la science empiète sur l’imagination, qui s’appauvrit à mesure que l’art s’enrichit. Alors la forme prend une importance qu’elle n’avait pas dans l’origine ; le but primitif de l’art disparaît, et l’on s’arrête au moyen : c’est-àdire qu’après avoir remarqué que les poètes, considérés comme modèles, avaient réussi à à l’aide de certaines formes, on s’est appliqué à reproduire ces formes sans remonter plus haut, et en pensant en obtenir les[mêmes résultats.

Mais l’espèce de perfection monotone

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OKIGIXE, MODIFICATIONS.

qu’acquièrent , par la suite des temps , auteurs attentifs à reproduire de la même manière la même espèce de beauté , amène la satiété. On s’en prend à l’observation des règles prescrites par l’antiquité ; on cesse d’étudier les modèles qui seuls pourraient remettre sur la voie des principes éternels, et l’on produit des monstruosités.

D’un autre côté, l’étude des sciences philosophiques et abstraites, plus répandue de nos jours, a habitué notre jeunesse à analyser la pensée, à en diviser les propriétés. Les termes techniques qui ont été adoptés pour développer ces opérations ardues de l’esprit, ne sont pas du domaine de la poésie qui les repousse , et cependant ils ont introduit l’usage d’une brièveté d’expression que l’on veut conserver même en vers ; de sorte que, sans ce secours auxiliaire on se trouve forcé de rendre des idées complexes par un langage concis , et l’on tombe dans l’obscurité et la barbarie.

Dans un siècle où les habitudes et usages amènent un tel résultat, il me semble plus ut le, que dans tout autre , de rappe 1er à l’observation

la nécessité d’étudier les modèles éternels du beau et du vrai, plutôt que de régulariser, que d’organiser la décadence, qu’on me passe l’expression , en conseillant l’observation du laid et du réel.

En vain, en s’appuyant sur cette opinion que les vérités scientifiques sont les mêmes pour toutes les nations , prétendrait-on que les lois , que les règles du goût sont incertaines et changeantes, de ce que les préceptes littéraires sont divers pour chacune d’elles. Il est vrai que les Allemands repoussent ce que les Italiens adoptent j que M les intrigues des pièces de Calderon n’en-

trent point dans les compositions de Shakspeare, et que le système de celui-ci offense l’unité du théâtre grec : mais il est facile de répondre «à cette objection. Si les règles adoptées par chaque pays dérivent des mœurs, des convenances, des caractères, elles seront fixes et positives, et ces nations font bien de s'y conformer. Cependant il est évident que les erreurs des peuples dont le goût n’est pas formé , ne peuvent faire autorité pour la nation dont le tact est plus délicat et le goût plus exercé.

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