‹ Precis d'une traite de poetique et de versification, contenan des considerations sur la poesie ... Par M. ViolletLeducChapitre 20 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Exposition des divers systèmes .

§ I er . Système d'Aristote.

, Aristote remarque que ce qui distingue ' l’homme des animaux est son penchant à l’imitation , et que les essais de cette faculté , faits dans l’origine par des hommes doués de dispositions particulières , donnèrent naissance à la poésie. Il ajoute que la poésie se partage en deux classes, selon le caractère des auteurs : ceux qui , se trouvant portés .vers les genres nobles , chantèrent les actions des héros j ceux qui, se sentant en-

traînés vers les genres bas, peignirent les hommes méchans et vicieux , et firent des satyres y comme les premiers des hymnes.

Aristote considère en conséquence l’épopée comme la création d’un génie élevé, et comme étant une imitation du beau. Il avance que l’épopée n’a point de durée déterminée , et il ne lui attribue d’autres règles que celles de la tragédie. Tout ce qui est dans l’épopée, dit-il, est dans la tragédie, mais tout ce qui est dans la tragédie n’est pas dans l’épopée. Il est donc nécessaire de faire connaître les règles qu’il impose à la tragédie, au moins en ce qui se rapporte à l’épopée.

Aristote considère la tragédie comme l’imitation d’une action grave , entière, étendue jusqu’à un certain point.

L’action que l’épopée ou la tragédie imitent, s’exécute par des personnages agissans, qui doivent être caractérisés par leurs mœurs et leurs pensées. Aristote appelle fable l’arrangement des parties dont se compose une action poétique; mœurs, ce qui caractérise celui qui agit, et pensée, l’idée ou le jugement qui se manifeste parla parole; ce

SYSTÈMES : ARISTOTE. Si

tjii’il prescrit comme la chose la plus importante dans la composition du poème, est la fable; car, ajoute-t-il, le poème est l’imitation , non de l’homme, mais de ses actions, de sa vie, de ce qui fait enfin son bonheur et son malheur. L’action ne doit donc pas être composée pour imiter les mœurs et le caractère, mais les mœurs doivent être imitées pour produire l’action : l’action est selon lui l’âme du poème, et les mœurs n’ont que le second rang : elles sont à l’action ce que les couleurs sont au dessin. Aristote fait tenir le troisième rang à la pensée. Elle consiste, selon la définition qu’il en donne, à faire dire ce qui est dans le sujet , ou ce qui convient au sujet.

Après avoir déterminé les différentes parties du poème , et prouvé que l’action est la principale de ces parties , il entre dans les détails de la composition de cette action.

Elle doit être entière et avoir une certaine étendue. Entier , est ce qui a un commencement, un milieu et une fin. Le commencement est ce qui ne suppose rien avant soi, mais qui attend quelque chose après ; la fin est au contraire ce qui ne demande rien ; poétique. 6

* *f après soi , mais qui, pourêtre compris, exige ’ u ^\ quelque chose avant soi. Le milieu est ce qui indique quelque chose avant soi et demande encore quelque chose après.

Quant à Y étendue, tout composé appelé beau, dit Aristote, doit non-seulement être ordonné dans toutes ses parties, mais encore avoir une certaine étendue. Car, qui dit beauté , dit grandeur et ordre. Un animal très -petit ne peut être beau, parce qu’il faut le voir de près, et que ses parties trop réunies se confondent. Un animal qui aurait mille stades de longueur ne pourrait être vu (pie par parties et on en perdrait l’ensem- * ble. De même donc que dans les animaux et les autres corps naturels on veut une certaine grandeur qui toutefois puisse être saisie d’un même coup d’œil , de même dans l’action d’un poème on veut une certaine étendue, mais qui puisse être embrassée tout à la fois et faire un seul tableau dans l’esprit.

L’action ou la fable doit encore être une :

non par l’unité de héros , ainsi que quelques-uns l’ont cru, a-t-il soin de remarquer ; car de même que de plusieurs choses qui

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