‹ Precis d'une traite de poetique et de versification, contenan des considerations sur la poesie ... Par M. ViolletLeducChapitre 21 sur 52 · SYSTÈMES : ARISTOTE · texte numérisé non relu

SYSTÈMES : ARISTOTE

arrivent à un seul homme , on ne peut faire * * un seul événement , de même aussi de plu- , * sieurs actions que fait un seul homme, on ne peut en faire une seule action. Ainsi Homère, dans son Odyssée, n’a rapporté de toutes les v actions connues d’Ulysse, que celles qui tenaient à une seule et môme action, son retour dans sa patrie. Aristote pose donc en principe que toutes les parties d’une môme action doivent être tellement liées entre elles, qu’une seule transposée ou retranchée rende l’action incomplète; car tout ce qui peut être dans un tout , ou n’y être pas sans qu’il y paraisse , n’est point partie de ce tout.

L’objet du poète est, suivant Aristote, de p traiter le 'vrai , non comme il est arrivé, mais ^ comme il a dû arriver, et de traiter le possible selon le vraisemblable : le poète et l’historien diffèrent en ce que le dernier dit ce qui a été fait, et le premier ce qui a pu ou dû être fait. C’est en cela que la poésie est plus philosophique et plus instructive que *

l’histoire, le poète peignant les choses en général, et ne décrivant point un homme ou nu fait particulier.

8 J BÈGUES DE LA. VüÉsiB.

Ces définitions données, Aristote indique au poète ce qu’il doit rechercher ou éviter dans la composition de sa fable.

Il prétend que les personnages principaux ne doivent point être des hommes vertueux , qui , d’heureux, deviendraient malheureux; ce qui ne serait pas seulement digne de pitié, ni même terrible, mais odieux : ni des personnages médians, qui, de malheureux, deviendraient heureux; car il n’y aurait ni pitié, ni terreur, ni exemple pour l’humanité : ce ne devra pas être non plus un méchant, qui, d’heureux , deviendra malheureux; il y aurait exemple, mais le malheur du méchant n’a rien d’intéressant ni de terrible pour nous. Il Qe reste donc qu’à rendre le personnage ni trop vertueux ni trop coupable , et de le faire agir de sorte qu’il éprouve le malheur, non par suite d’un crime atroce , mais par quelque faute ou erreur humaine.

Le poète ne doit jamais oublier dans la composition de sa fable , le nécessaire et le vraisemblable, et se demander à tout moment : Est-il nécessaire et vraisemblable que tel personnage agisse ou parie ainsi? est-il

SYSTÈMES ; A.EISTOTE.

nécessaire et vraisemblable que telle chose arrive avant ou après telle autre?

La poésie étant Y imitation du meilleur, les poètes doivent suivre la pratique des bons . peintres qui font des portraits ressemblans, et toutefois plus beaux que leurs modèles.

Le poète, étant imitateur, doit parler et se montrer lui-même le moins qu’il est possible; car aussitôt qu’il se montre, il cesse détre imitateur. Aristote cite Homère pour exemple, en ce que ce sont presque toujours les personnages qui parlent dans ses ouvrages.

Telles sont les principales règles communes à toute espèce de poésie, qui ont été prescrites par cet éternel législateur du goût ; on ne peut qu’admirer la force de logique avec laquelle il soutient chacune de ses propositions, qu’il n’est possible de combattre qu en niant le premier principe poétique qu’il émet, l’imitation de la beauté; tant en découlent nécessairement, comme conséquences rigoureuses, tous les autres principes !

La gloire d’Aristote, dit M. N.-L. Lemercier, n’a pas même succombé sous le poids

du ridicule qu’avait attaché à son souvenir les argumentations et les fausses subtilités de la scolastique ; son antiquité, qui imprime une affectation pédantesque à prononcer son nom, n’empêche pas de le citer, en se mettant au-dessus des railleries , par le respect qu’inspirent ses lumières universelles.

D’où tient-il un si grand privilège? de sa raison, de sa dialectique pressante, de son goût pour le vrai, de son soin scrupuleux à écarter le faux, de son ardeur à envahir les domaines de l’esprit humain : histoire naturelle , politique , économie , logique , rhétorique , il a tout saisi par l’intelligence , comme son disciple par les armes ; tellement qu’on ne sent pas mieux la présence d’un conquérant dans toutes les provinces de son empire , que l’esprit de ce héros des sciences dans toutes les parties de chacune d’elles.

§ II. — Système d’Horace.

Horace, à l’exemple d’Aristote, exige que le sujet soit simple et un; mais il entre plus que le rhéteur grec dans les détails que celui-ci a négligés, ou qui ont été perdus, l’art

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