SYSTÈMES : HORACE
poétique d’Aristote ne nous étant parvenu qu’incomplet. Ainsi Horace conseille aux poètes de choisir un sujet proportionné au talent que l’on se reconnaît, et de ne point tomber dans un défaut en en évitant un autre. Plus poète que son modèle, Horace donne l’exemple en même temps que le précepte, et c’est le seul avantage qu’il ait sur Aristote, dont il reproduit toutes les règles générales : c’est ainsi qu’il peint les qualités et les défauts de chaque âge de l’homme , en invitant à se conformer à cette même, méthode dans la peinture des caractères que l’on met en jeu. Il fait en peu de mots l’histoire de l’art chez les Latins; il indique les formes métriques propres à chaque genre de poésie : ce qu’avait fait Aristote, mais avec moins de développemens ; il fait connaître les règles sommaires de la versification ; il donne aux poètes jusqu’à des leçons de savoir-vivre, et interdit l’exercice de la poésie à quiconque n’en fait pas son étude unique.
Enfin Horace invite les poètes à se méfier des flatteurs, et à profiter des critiques. C’est ainsi qu’il termine son épître où il s’est borné à tracer, presque au hasard, et avec l’élé-
gante facilité qui lui est propre, des conseils qui certes sont encore des meilleurs que puisse suivre la jeunesse studieuse. >
§ III. — Système de Vida.
Vida, né à Crémone, ville d’Italie, composa , vers le commencement du seizième siècle, et pour obéir au pape Léon X, une poétique en vers latins, que Jules Scaliger préférait à l’épître d’Horace aux Pisons. La méthode qui règne dans l’ouvrage de Vida peut expliquer jusqu’à un certain point la prédilection du célèbre critique. +
L’art poétique de Vida est divisé en trois chants : il débute par l’éducation du poète pris enfant; puis il traite de ses études, de ses lectures, de ses jeux. Le second chant donne les préceptes de la composition du poème. Le troisième chant donne les règles de l’élocution , et traite de l’harmonie imitative, dont Vida fournil de nombreux exemples.
Pour quiconque a lu Virgile et a étudié Horace, il y a peu à gagner à la lecture du poème de Vida, qui n’offre pas une idée
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neuve , dont le style est gracieux , correct , mais d’une abondance un peu prolixe. Virgile est son unique modèle; la conception, la conduite et la forme de l’Enéide, fournissent seules les exemples où Vida puise tous ses préceptes.
§ IV. — Système de Boileau Desprèaux .
Je ne Ferai point l’injure à des lecteurs français de leur répéter ici les préceptes que Boileau Despréaux a rassemblés dans son Art poétique : cet ouvrage est entre les mains, s’il n’est dans la mémoire de tous ceux qui se sont occupés de belles-lettres.
Boileau avait sous les yeux les ouvrages d’Aristote et d’Horace; riche des observations de vingt siècles écoulés depuis Aristote, profitant des études de Corneille, de Bacine , de La Fontaine , de Molière , ses amis, il choisit ses matériaux, les coordonna, les développa avec autant de clarté que de précision et de goût. Son poème peut remplacer tous les écrits de ses prédécesseurs? si l’on ne veut connaître que les principes et les règles de la poésie ; mais pour les
esprits studieux qui désirent en apprécier la justesse et la force , Aristote prenant pour base des règles la nature même des choses et celle de Pliomme, peut avoir une autorité encore moins contestable.
À ces ouvrages didactiques sur la poésie, consacrés par le respect des nations civilisées non moins que par le temps, nous * avons vu dans l’introduction historique que l’on pourrait joindre une multitude de poétiques dont la lecture seule consumerait un temps qu’il est facile de mieux employer.
Quel avantage en effet y aurait-il à retirer de la connaissance de systèmes particuliers à des hommes obscurs, se contredisant les uns les autres, ou basés sur des principes déjà connus?
§ V .' — Système de Voltaire.
« On a accablé presque tous les arts , dit Voltaire, Essai sur la poésie épique , d’un nombre prodigieux de règles dont la plupart sont inutiles ou fausses ; nous trouvons partout des leçons, mais bien peu d’exemples: il y a cent poétiques contre un poème.
» La plupart des rhéteurs, ajoute-t-il,
SYSTÈMES .* VOLTAIRE. gi
ont discouru avec pesanteur de ce qu’il fallait sentir avec transport; et quand même leurs règles seraient justes, combien peu seraientelles utiles? Homère, Le Tasse, Milton, n’ont guère obéi à d’autres leçons qu’à celles de leur génie. »
Voltaire avance plus loin que si l’un de ceux qu’on ,nomme savans ou qui prétendent l’étre , veulent donner les règles de l’épopée d’après un seul des poèmes des auteurs qu’il vient de citer, ces règles ne pourraient plus s’appliquer à un autre poème d’un de ces mêmes auteurs ; « qu’il faut donc dans tous les arts se donner bien de garde de ces définitions trompeuses, par lesquelles nous osons exclure toutes les beautés qui nous sont inconnues ou que la coutume ne nous a point encore rendues familières. Dans les arts qui dépendent de l’imagination , il y a autant de révolutions que dans les Etats:
ils changent en mille manières dans les temps même qu’on cherche à les fixer.
» Mais le point de la question et de la difficulté est de savoir sur quoi les nations polies se réunissent, et en quoi elles diffèrent. Un poème épique doit partout être
g* RÈGLES DÉ LA POÉSIE.
fondé sur le jugement et embelli par l'imagination : ce qui appartient au bon sens appartenant également à toutes les nations du monde. Toutes vous diront qu’une action , une et simple, qui se développe aisément et par degrés, et qui ne coûte point une attention fatigante, leur plaira davantage qu’un amas Confus d’aventures monstrueuses.
» Plus l’action sera grande, plus elle plaira à tous les hommes dont la faiblesse est d’être séduite par tout ce qui est au-delà de la vie commune. 11 faudra surtout que cette action soit intéressante, car tous les cœurs veulent être remués; et un poème, parfait d’ailleurs, s’il ne touchait point, serait insipide en tous pays. »
Après avoir rappelé quelques-uns des préceptes généraux d’Aristote, Vol taire continue ainsi: « Telles sont à peu près les principales règles que la nature dicte à toutes les nations qui cultivent les lettres ; mais la machine du merveilleux, l’intervention du pouvoir céleste, la nature des épisodes, tout ce qui dépend de la tyrannie de la coutume et de cet instinct qu’on nomme goût ; voilà
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