CHAPITRE IL
Des changemens introduits dans les compositions poétiques y par les mœurs, les croyances , etc.
Avant qu’on eût écrit des poétiques, il existait déjà des poèmes ; et les rhéteurs n’ont fait que constater les beautés des grands poètes pour les offrir comme modèles à suivre par les écrivains : il est donc probable que, s’il y avait eu d’autres mo-
dèles poétiques qu’Homère, à l’epoque ou les premiers ouvrages didactiques ont été composés, on eût prescrit d’autres règles.
Cependant la raison, le goût poétique devaient exister avant même qu’il y eût des ouvrages écrits; car, ainsi qu’on l’a déjà dit, quand on jugea le premier poème, futil bon parce qu’il plut, ou plul-il parce qu’il, était bon ? et dans l’un de ces deux cas, il fallait bien qu’il existât déjà un moyen pour juger ce qui était bon , ou un moyen de plaire : or c’est à trouver l’un de ces deux, moyens que d oit se borner toute la poétique.
Jusqu’à présent les critiques ont bien pu errer dans la recherche de ce moyen ; ils se tromperont peut-être encore longtemps. 11 n’en est pas moins constant, dit Corneille, qu’il y a des préceptes, puisqu'il y a un art, mais il n’est pas constant quels ils sont.
§ I er . — Latitude accordée par les poétiques dans le choix des moyens.
Nous voyons que nonobstant les interprétations diverses données, dans tous les temps , à la pensée que l’on a supposée aux