‹ Precis d'une traite de poetique et de versification, contenan des considerations sur la poesie ... Par M. ViolletLeducChapitre 28 sur 52 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Du style propre à la poésie.

Pascal avance, dans ses Pensées, que, « faute de connaître en quoi consiste l’agrément qui fait l’objet de la poésie, on a inventé certains termes bizarres, siècle d’or , bel astre , et on a appelé ce jargon Beauté poétique, » La gravité des études et des occupations habituelles de Pascal , en le détournant de la lecture des poètes, peut seule expliquer ce que ce jugement a de sévère et même d’injuste chez un homme qui a écrit les Lettres provinciales, et qui certes se connaissait en style. Du moins ce jugement, porté par un esprit si exact, peut-il nous être utile pour nous prouver que le style poétique, dont on ne peut nier l’existence, est

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autre chose que ce que Pascal nomme à juste titre un jargon.

Si cependant l’autorité de Pascal nous portait à douter de la réalité du style poétique , nous pourrions la combattre par une autorité non moins puissante. Bossuet, dans ses Réflexions sur V Histoire universelle , dit, en parlant de la poésie des Hébreux : « Son style hardi, extraordinaire, naturel toutefois en ce qui est propre à représenter la nature dans ses transports, qui marche par celte raison par de vives et impétueuses saillies, affranchi des liaisons ordinaires que recherche le discours uni , renfermé d’ailleurs dans des cadences nombreuses qui en augmentent la force, surprend l’oreille, saisit l’imagination , émeut le cœur et s’imprime plus aisément dans la mémoire. * Voici donc un style poétique reconnu, qui est autre en effet que le jargon de siècle d’or et de bel astre.

§ I er . • — Du style poétique.

Nous ne nous dissimulons point cependant combien il est difficile de définir ce qu’on entend par style poétique . Que i’éru-

dit, dans l’exposition de la science, soit clair et précis ; que l’historien nous retrace avec ordre la vérité des faits, l’utilité que l’on retire de la lecture de leurs ouvrages peut faire excuser la faiblesse de leur style; l’élégance n’ajoute à leur mérite que d’une manière secondaire. Mais le poète , dont le but est seulement de plaire, n’a guère d’autre moyen de captiver le lecteur, que le style qui, en le séduisant, laisse le temps de naître à l’émotion.

Aussi est-il facile de remarquer que le succès des ouvrages poétiques dépend en général beaucoup plus de l’expression que de la conception. Le travail, la réflexion, un heureux hasard , peuvent influer sur le choix d’un sujet, sur sa composition même; mais le génie seul apprend à revêtir de l’expression et du style qui lui sont convenables , les pensées que fait naître le sujet.

Il faut éviter de confondre la diction avec le style. La diction se rapporte seulement aux qualités grammaticales, à la correction ; la propriété des termes, leur harmonie forment une partie des qualités du style.

Ainsi, quoique la correction soit une qua-

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